L’arrestation du Président d’Aube Dorée ne contribuera que peu à contrer le racisme institutionnel

L’arrestation du Président d’Aube Dorée ne contribuera que peu à contrer le racisme institutionnel

http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/sep/29/arrest-golden-dawn-racism-greece

Auteurs : C. Douzinas, H. Kouki et A.Vradis

« Imaginez un Athénien qui, après une absence de deux semaines à l’étranger, rentre chez lui le 28 septembre. Notre voyageur est parti avant le meurtre de Pavlos Fyssas et le réveil des autorités grecques contre la menace des néonazis, qui a conduit à l’arrestation du leader d’Aube dorée, N. Michaloliakos.

Dans un premier temps, l’enthousiasme et la surprise saisiront notre voyageur : après le meurtre de Fyssas, la position des autorités a changé de façon radicale. Et pourtant, ces mêmes autorités disposaient depuis longtemps des informations sur les activités criminelles de l’organisation. La violence raciste était devenue le lot quasi quotidien du pays, et avait été largement dénoncée par les médias, par les organisations non gouvernementales à l’échelle nationale et internationale, et par la Direction de la Commission européenne des droits de l’Homme. En effet, cette violence raciste s’était normalisée aux yeux de la plupart des grecs. Les autorités judiciaires et politiques ne paraissaient pas très zélés à la combattre. La loi antiraciste n’avait jamais été appliquée (un projet visant à renforcer cette loi avait été récemment rejeté par le Parlement). Les auteurs des attaques racistes bénéficiaient d’une étrange immunité.

Moins d’un an auparavant, le ministre de l’ordre public, N. Dendias, affirmait qu’il n’y avait aucun lien entre la police et Aube dorée, et menaçait le Guardian de porter plainte contre le journal après la publication d’un article sur les violences policières perpétrées à l’encontre des antifascistes. Cependant, après le meurtre de Fyssas, M. Dendias a été obligé d’ordonner une enquête sur les relations entre la police et l’Aube dorée. Quelques généraux de la police ont été limogés, d’autres ont démissionné. Un jour après le meurtre, 32 dossiers d’affaires criminelles impliquant l’Aube dorée ont été envoyés au Parquet général, concernant des faits de violences et même de violences ayant entraîné la mort.

Notre athénien pourrait s’étonner : pourquoi les autorités n’ont-elles pas réagi plus tôt ? Pourquoi réagissent-elles soudain ? Serait-ce que la victime était de nationalité grecque ?

 

Il y a longtemps que l’Aube dorée aurait dû être qualifiée d’organisation criminelle et sanctionnée par les autorités judiciaires. Une telle procédure aurait été automatique dans la plupart des pays européens. Après le meurtre, plusieurs personnalités politiques européennes ont exprimé leur mécontentement, allant même jusqu’à contester le fait que le gouvernement grec puisse assumer la présidence tournante de l’Union européenne à partir du mois de janvier, s’il ne condamnait pas fermement les néo-nazis.

 

Mais la cause principale du changement d’attitude du gouvernement grec est probablement un simple calcul électoral : jusqu’à une date récente, un certain nombre de conseillers politiques de la droite estimaient que le parti de la Nouvelle Démocratie devait envisager la possibilité d’une coalition gouvernementale avec les néonazis, pour peu que ces derniers « modèrent » leurs discours. Le gouvernement grec présentait la gauche et le mouvement antifasciste comme l’un des deux pendants des mouvements extrémistes et violents, alors même que la gauche était depuis tout ce temps le seul adversaire du nazisme.

 

Cette rhétorique de la « théorie des deux extrêmes », perverse et sans aucun fondement historique, visait à insuffler la peur et la méfiance envers les organisations de gauche et les mouvements de résistance aux néonazis et de solidarité à leurs victimes. La coalition gouvernementale du PASOK et de la Nouvelle démocratie espère désormais qu’en révélant l’action criminelle de l’Aube dorée, ses électeurs retourneront apporter leurs votes à leurs partis d’origine.

 

Aussi notre ressenti est mitigé : malgré les retards, l’arrestation hautement médiatisée des dirigeants de l’Aube dorée sera un soulagement pour bien des gens. Pour les immigrés tout d’abord qui pourront enfin circuler avec moins de difficultés dans les rues d’Athènes. Mais aussi pour les homosexuels, les gauchistes, les antifascistes et pour tous ceux qui souffraient de l’ingérence honteuse de ce parti dans la vie quotidienne et dans la politique du pays.

 

A Athènes toute personne de couleur devait prendre garde, mais le mal tenait le haut du pavé.

 

Toutefois, au niveau des institutions il n’y a eu aucun changement majeur. La pénalisation des voyous d’Aube dorée n’affectera pas le racisme institutionnel de l’alliance gouvernementale PASOK/Nouvelle démocratie. C’était A. Loverdos, alors personnalité influente du PASOK, qui qualifiait l’Aube Dorée de « hezbollah grec » pour sa « réactivité sur les vrais problèmes » et la « confiance » qu’elle inspirait.

 

C’était l’ancien ministre de la Nouvelle démocratie, V. Polydoras, qui pressait son parti de collaborer avec Aube dorée. Et c’était le premier ministre grec en personne, M. Samaras, qui au mois de mars 2012, déclarait : « nos villes sont aux mains d’immigrés illégaux ; nous les reprendrons» ! Prenant ces déclarations à la lettre, le gouvernement a déployé l’opération « Xenios Zeus [Zeus hospitalier]» (sic), raflant toute personne de couleur, et incarcérant les sans papiers dans des camps baptisés par euphémisme « centres d’hospitalité fermée ».

 

Le même gouvernement a abrogé la réforme de la loi sur la nationalité qui offrait aux immigrés de deuxième génération la possibilité d’acquérir la nationalité grecque ; il a conduit devant les Tribunaux les séropositifs, et les toxicomanes. Il s’est montré aussi efficace à la traque et à la rétention abusive des anarchistes et des antifascistes, à l’anéantissement des salaires et des pensions tout en réussissant à faire grimper le taux de chômage des jeunes à 60%. Il a fermé des hôpitaux, et entraîné la ruine des universités. Car tel est le paradoxe de la dissolution d’Aube dorée : ce même gouvernement qui menace la démocratie et cultive insidieusement le fascisme, se targue de vertus démocratiques en « combattant l’extrémisme ».

 

L’Aube dorée est une organisation criminelle et un parti politique. Mettre un parti hors la loi se révèle souvent aussi problématique qu’inefficace. La loi peut interdire l’idéologie fasciste, mais ne peut pas la supprimer. Le fascisme doit être combattu politiquement. Pour les gens ordinaires, la lutte contre l’Aube dorée ne peut pas se limiter à l’arrestation bienvenue, quoiqu’un peu théâtrale, de ses dirigeants.

L’antifascisme est principalement une lutte qui se définit par des choix de vie. C’est la lutte quotidienne de citoyens, d’activistes, des défenseurs des droits politiques, des communautés minoritaires. C’est la lutte pour la démocratie, la solidarité, la justice sociale. Et on ne pourra en sortir vainqueur que quand seront défaites l’injustice institutionnelle et la politique d’austérité. »

 

(Traduction : Vassiliki Papadaki)

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