Que devrions -nous faire pour vaincre le fascisme aujourd’hui ?

Que devrions -nous faire pour vaincre le fascisme aujourd’hui ?

Que devrions -nous faire pour vaincre le fascisme aujourd'hui *¹?

 par Nestor Nestoridis

Les pires craintes, de ceux qui s’inquiétaient de l’ impact de l’activité d’Aube Dorée [AD] sur la scène politique, se trouvent confirmées de la manière la plus cauchemardesque. Beaucoup d’entre nous craignent que nous n’en vivions, aujourd’hui, que les prémisses. Tous les grecs soucieux de démocratie ont conscience de la nécessité immédiate de construire un pôle antifasciste, solide et efficace, pour contenir et neutraliser le AD, dès que possible. Mais, la lutte contre le fascisme à notre époque est liée à la lutte contre le régime autoritaire qui a été imposé à notre pays.

 

Aube Dorée n’est pas seulement un nouvel acteur politique en Grèce . Il est le bras long et armé de l’État qui prend des mesures d’exception, dans une situation périlleuse pour lui. C’est dans ce contexte, qu’il faut replacer les événements de ces derniers temps. Après une période de calme social apparent, il éclatait enfin une fièvre massive de grèves ; portées autant par l’ensemble des enseignants, que par le personnel administratif de l’Éducation Nationale Grecque ; portées par l’ensemble du personnel hospitalier ; portées par le Collectif des délégués du personnel des employés des communes et régions de Grèce (POE-OTA),jugeant que face au gouffre, il était inévitable de se lancer dans des grèves et des mobilisations combatives.

Il n’est donc pas fortuit que, dans cette conjoncture, AD ait décidé d’intensifier son action meurtrière. L’attaque de membres du Parti Communiste Grec à Perama a précédé le meurtre odieux de P. Fyssa. Nous pouvons facilement en déduire que l’ Aube Dorée a voulu bousculer l’ordre du jour politique, en envoyant un message clair, pour signifier, qu’en dépit des protestations fortes contre le mémorandum, Aube Dorée demeure une force, qui appuiera coûte que coûte le gouvernement et accompagnera sa fermeté par tous les moyens.

 

Il n’est pas nécessaire que nous remontions au passé éloigné pour comprendre qu’ Aube Dorée constitue le long bras armé de l’État. Son attitude, lors de la fermeture de l’ERT [télévision et radio grecques], lorsque tout le monde démocratique s’était soulevé, est révélatrice. Son soutien au gouvernement, face à la grève des professeurs (tant en mai qu’à l’heure actuelle) montre qu’Aube Dorée ne se soucie nullement des licenciements, nullement si les gens mangent et survivent, si l’éducation publique fonctionne ou pas. En plus, il est remarquable que l’ AD n’ a pas réagit contre la privatisation de la Banque Agriculture , en soutenant le gouvernement de ND-PASOK-DIMAR dans le parlement, afin de construire des alliances avec les grands monopoles grecs. L’ AD est contre l’ imposition des armateurs, la partie la plus dynamique parmi les capitalistes grecs, ce qui explique l’ attaque contre les militants du PCG à Perama, qui luttent contre l’ abaissement des salaires dans le bateaux.

 

Il est patent qu’Aube Dorée ne souffrait pas de voir la mobilisation massive et croissante, parce que elle serait obligée de réléver sa fonction réelle, c’est-à-dire qu’ il s’ agit d’ une force qui protège les intérêts de la classe dominante et pas d’ une force ‘populaire’.

 

Ses chefs ont réalisé pour la première fois depuis les élections, que de nombreux secteurs étaient en train de se coordonner contre la politique gouvernementale.

Un mouvement de diversion était nécessaire. Qui d’autres que les petits groupes de voyous au ordre d’Aube Dorée pouvaient mettre en œuvre une telle diversion ?

Après le meurtre de Pavlos Fyssas, on ne parle que d’Aube Dorée et du fascisme et on occulte les grèves et de luttes contre la politique du gouvernement.

Quant au gouvernement, il se pose en garant de l’ordre face à l’iniquité « d’où qu’elle provienne » et continue de rabâcher la fable des deux extrêmes qui se touchent, même si il est devenu clair que la gauche n’a rien à voir avec les néo-nazis. Malgré tout, c’est une bonne occasion de discuter comment nous ferons face au carcinome fasciste qui de manière menaçante s’est infiltré dans la société grecque.

 

Comme nous l’avons vu plus haut, en combattant Aube Dorée, nous combattons l’ auxiliaire précieux de l’État.

Aube Dorée n’est pas phénomène politique, qui a émergé spontanément, mais s’est construite après des décennies d’action paraétatique, après une crise sans précédent en Grèce et a été façonnée pour servir les plus obscurs intérêts.

Ainsi, un front anti- fasciste ne peut être que radical , clairement anti- mémorandum et de caractère foncièrement démocratique. Ce serait une aubaine pour ne rien changer et une façon d’épargner Aube Dorée, que d’appeler à un large front démocratique et anti- fasciste qui inclurait la gauche, la DIMAR [parti de centre-gauche, arrivé derrière Aube Dorée avec 6 % de voix et qui a néanmoins participé à la coalision gouvernementale en 2012. À la suite de la fermeture d’ERT s’est senti obligé de quitter cet été la coalition], le PASOK [Le PS grec] et « la partie saine » de la Nouvelle Démocratie [La droite grecque décomplexée].Ce qui signifierait battre en retraite sur la question du mémorandum, or ce combat anti-mémorandum est au cœur de nos préoccupations démocratiques. Ce front distendue renforcerait non seulement l’opinion comme quoi « ils sont tous pareils »mais également crédibiliserait la posture faussement « anti-système » d’Aube Dorée. Un frontvoulant regrouper les forces pragmatiques et démocratiques opérant dans tout le paysne peut donc pas contenir, en son sein, les intérêts et les acteurs qui ont conduit à l’actuelle pente antidémocratique.

Cela ne signifie pas que nous ne devrions pas chercher le ralliement populaire maximum autour de ce front. Il est très important de comprendre que, dans la société grecque, les citoyens de gauche conscients sont une minorité, d’ailleurs les résultats électoraux de la gauche sont très faibles. Or la lutte contre le fascisme nécessite de mobiliser la majorité des forces sociales. Ce qui signifie aussi que cette bataille, contre l’ Aube Dorée et le reste, ne sera ni simple ni facile.

Il ne s’agit pas de s’en prendre seulement au Parti Aube Dorée, il faut neutraliser le dispositif para-gouvernemental en entier. Des exemples nous parviennent chaque jour à propos de l’organisation militaire-para-gouvernementale de l’ombre et en armes ; sur les phalanges, les groupes de travail et de propagande ; sur la formation encadrée par des membres des forces armées. Par conséquent, afin d’être victorieux, dans ce combat anti-fasciste, il est nécessaire d’acquérir l’avantage du nombre.

Ce qui implique, qu’ il ne devrait pas exister de conditions préalable à l’adhésion à un front anti- fasciste, tel que il serait impossible d’y participer selon ses positions sur l’échiquier politique (gauche-droite). L’expérience du plus grand front antifasciste jamais développée dans notre pays – EAM [ Front de libération nationale contre les envahisseurs et contre les fascistes locaux pendant la 2ème Guerre mondiale mis en place par le parti communiste et d’ autres forces patriotiques de cette époque en Grèce]– montre que la contribution des personnes, qui ne sont pas ‘auto- placés’ sur la gauche en entrant dans la lutte anti- fasciste, a été décisive dans la grande lutte de notre peuple contre l’occupant étranger et contre les fascistes locaux collaborationnistes. Quelle grave erreur il aurait été commis, si alors il avait été demandé des « certificats d’opinions de gauche » pour sélectionner ceux qui devaient combatte le fascisme. C’est ainsi, qu’aujourd’hui, les personnes, qui sont réellement démocrates et qui voudront combattre tant le fascisme d’HA que l’autre face de la même monnaie, c’est-à-dire le mémorandum qui permet le pillage de notre pays, sont non seulement bienvenues pour partager le combat antifasciste, mais sont indispensables pour la victoire finale. Grâce à cette osmose, va même renforcer de manière décisive la lutte anti- mémorandum.

 

Afin que soit obtenue cette vaste et forte alliance contre la menace fasciste, nous devrions enfin comprendre la différence entre le nazisme et le patriotisme et que cette lutte contre le fascisme n’a rien à voir avec la négation de la patrie. Comme l’a correctement analysé G. Rakkas, dans un de ses articles, le combat face à AD sera patriotique ou n’existera tout simplement pas. Les trois dernières années ont accrédité une très grave et pitoyable fiction, qui a entraîné une confusion sans précédent dans la société. Des acquis et bon nombre de certitudes ont été renversés. Dans un tel contexte, la meilleure façon de s’isoler, de se rétrécir, d’être vaincus, c’est-à-dire de nous tirer une balle dans le pied, ce serait de tomber dans le piège du déclinisme nationale. Abandonner au profit d’ Aube Dorée et des supporters du mémorandum l’élan de l’amour pour la patrie serait catastrophique non seulement pour le front anti- fasciste, mais également pour la lutte en faveur de la démocratie et contre le mémorandum.

En conclusion, comme l’a extrêmement bien expliqué N. Bogiopoulos, le fascisme ne se dénoue pas à travers des lois. Les différentes lois, qui sont parfois proposées, peuvent créer de nouveaux problèmes sans forcément traiter ceux qui existent déjà, comme l’a justement analysé par D. Kaltsonis.

Que devrions -nous faire pour vaincre le fascisme aujourd'hui *¹?

 

Le phénomène du fascisme est éminemment politique et sociale, et c’est en tant que tel qu’il doit être traité. Aube Dorée avec ses structures para- militaires et sa connexion avec les organisations para-gouvernementales ne va pas rester inerte. Comment tout cela pourrait-il se dénouer simplement par la voie parlementaire, seulement grâce à une majorité de gauche à la Chambre et un gouvernement correspondant ? Pour écraser le fascisme, l’alliance antifasciste doit être construite directement en prise avec le social. Pour ce faire, nous devons revenir à un passé lointain, pour examiner comment les communistes avaient construit l’ EAM (évoqué plus haut), comme un large front contre le fascisme, ce serait hautement instructif.

 

* Nestor Nestoridis – membre de SYRIZA Paris

Traduction :Théo DUCHON