Discours de A.TSIPRAS devant le Parlement Grec à l’occasion du dépôt de la motion de censure

Mesdames et Messieurs les Députés
Sur le fondement de l’article 142 du Règlement du Parlement, nous vous appelons aujourd’hui, nous appelons l’Assemblée Nationale à retirer sa confiance au gouvernement.
En deux mots nous appelons le Parlement à s’harmoniser avec la réalité du pays, à s’accorder avec le peuple.
A prêter l’oreille à la voix de la société.
A humer l’air oppressant de la société.
A scruter le drame de la société.
Et à arrêter son hypocrisie.
Depuis deux jours vous nous demandez quels sont nos motifs de défiance.
Par lequel faut-il commencer, chers collègues?
Les mots manquent pour décrire la tragédie nationale que subit notre peuple.
L’holocauste social qu’entraîne, depuis trois ans, la stricte application des mesures catastrophiques du mémorandum.
Même à l’échelle internationale, rares sont les cas de comparaison.
Ni aux États Unis lors du grand Krach de 1929, ni dans l’Allemagne à terre de l’entre-deux-guerres après la grande défaite du chancelier Brüning, ni dans les pays du Tiers-Monde, nous n’avons vu une telle ampleur de dégâts catastrophiques, condensée en si peu de temps. Votre politique a conduit le pays à une situation catastrophique.
Chaque jour le nombre de personnes qui souffrent, qui désespèrent, s’accroît.
Et vous nous demandez pourquoi nous déposons une motion de censure?
Parce que vous avez échoué dans tout ce que vous aviez promis avant les élections et dans tout ce que vous avez annoncé après les élections, en tant que gouvernement mandaté par le peuple pour renégocier le mémorandum, il y a 15 mois.
Vous avez échoué à freiner l’effondrement économique.
Vous avez échoué à formuler auprès de vos partenaires et des créanciers, un projet concret alternatif au mémorandum.
Vous avez échoué à affronter même de façon élémentaire la crise humanitaire qui frappe à la porte de millions de nos citoyens.
Et comme si ne vous suffisait pas un échec si retentissant, vous entreprenez aujourd’hui de le faire passer pour le châtiment sévère de notre peuple.
Mais c’est ici que vos mensonges prennent fin.
Car aujourd’hui où nous parlons où nous sommes entendus sans l’entremise de vos médias favoris, vos protégés qui en bons perroquets se bornent à répéter votre discours, tout le monde prend conscience de ce que ce n’est pas SYRIZA qui exprime sa défiance envers le gouvernement. Cette défiance exprimée, c’est celle du peuple envers le gouvernement.
C’est la défiance et la suspicion qui prédominent hors de ces murs.
Car au dehors, mesdames et messieurs les députés, et en ce moment même, des milliers de
personnes sont traitées comme des ordures.
Des milliers de personnes cherchent dans les poubelles les subsides nécessaires à leur survie. Des milliers de personnes s’entassent dans des hôpitaux qui n’ont plus les moyens nécessaires pour assurer la protection de leur santé, la protection de leur vie.
Et ils restent sans secours, sans traitement médical, car ils sont sans sécurité sociale.
Des milliers de personnes, de jeunes diplômés quittent leur pays pour aller chercher du travail ailleurs. Des milliers de personnes sont humiliées tous les jours.
Des milliers de personnes voient mettre aux enchères les biens nécessaires à leur survie.
Des milliers de personnes sont terrassées par votre fiscalité dévastatrice.
Ils voient leur vie suspendue au crochet de la braderie générale, ils voient disparaître leur
commerce, leur entreprise, leur travail, les efforts de toute leur vie.
Aussi ne nous demandez pas, hypocrites à l’extrême, les motifs de notre défiance.
Parce que vous avez échoué. Parce que vous avez dissous la société et qu’elle vous retire la légitimité à continuer votre oeuvre. Parce que vous n’avez aucun projet de sortie.
Parce que vous n’en êtes plus capable. Ce n’est pas seulement le consentement des gouvernés qui vous fait défaut. C’est aussi le fait de votre propre incapacité.
Et plus vous prenez conscience de vos failles, plus vous devenez dangereux pour le pays et la démocratie. Vous avez avili l’image publique de notre pays en imposant l’écran noir à la télévision publique. Vous avez soulevé le tollé international de tous les défenseurs de la démocratie. Vous vous êtes lancés dans des mesures que même les régimes les plus totalitaires ont des scrupules à établir.
Vous avez muselé la voix par laquelle notre pays s’adressait à l’opinion internationale.
Vous avez gaspillé de centaines de millions d’euros de l’argent public pour cet acte arbitraire. Pourquoi?
Pour rendre service aux chaînes privées, pour rendre service à l’imbrication des intérêts particuliers tout en éliminant toute source d’information relativement objective.
Parce que vous mesurez bien le danger que feraient courir à vos choix politiques la démocratie et le pluralisme de l’information.
Votre conception du gouvernement consiste à légiférer par ordonnances, et à les faire appliquer par les forces policières antiémeute.
Et par les réquisitions des personnels en grève.
Vous imposez un état d’urgence permanent à la société.
Vous ne reculez à rien, pas même à porter atteinte à la Constitution pour peu qu’il s’agisse de mettre en application la barbarie du mémorandum.
Car vous n’ignorez pas qu’une politique barbare exige le recours à des moyens barbares pour sa mise en oeuvre. Et dans une telle situation, la démocratie est non seulement superflue, mais constitue même un obstacle à ce que vous faites et à ce que vous projetez de faire, en parfait unisson avec la Troïka.
Vous avez qualifié cette motion de censure de «couteau sur la gorge à notre pays». Est-ce vraiment mettre le couteau sur la gorge à notre pays que de parler de cette situation? Ou est-ce cette situation qui se dresse sur notre pays comme une guillotine?
Le Premier Ministre a déclaré avant hier que la démocratie ne craignait pas la vérité.
Et de fait, c’est lui et son gouvernement qui craignent et la démocratie et la vérité.
Et nous observons que l’augmentation du «bonheur» promis dans le cadre de la propagande gouvernementale augmente proportionnellement au malheur subi par le peuple. Le mensonge et l’hypocrisie du gouvernement suivent la même courbe que les impasses de sa politique.
Vous parlez, sans rougir, de «success story» pour qualifier votre oeuvre de démolition de la société. Et vous parlez toujours de «success story» quand même nos créanciers parlent des erreurs d’estimation des multiplicateurs de la récession, quand eux mêmes parlent de l’impossibilité de viabilité de la dette et de la nécessité de sa réduction, quand le Conseil Européen lui-même demande la création d’une commission d’enquête afin de déterminer les responsables de l’échec du programme imposé.
Vous qualifiez d’irresponsable le parti de SYRIZA qui ose parler d’échec, soit, mais que dites vous des institutions précédemment citées?
Appartiennent-elles à SYRIZA? Car sur ce point vous ne pouvez vous dérober.
Dans le même moment où vous soutenez publiquement le succès du mémorandum appliqué en Grèce, en écartant par là même toute possibilité de renégociation – car pourquoi faudrait il changer un programme qui fonctionne? – , le Parlement Européen est en train de créer une Commissiond’enquêtes.
Je vous rappelle que M.Samaras, le pénitent, l’absout, a non seulement oublié ses propos d’avant les élections sur la nécessité de créer une commission d’enquête sur le mémorandum, mais a aussi résolument rejeté notre proposition d’enquêter sur ce qui nous a conduit à cette situation.
Mais aujourd’hui cette Commission dont vous avez refusé la création est en train de se constituer sur l’initiative du Parlement Européen. Qu’allez vous faire?
Nous attendons la réponse du gouvernement à la question suivante:
Approuve-t- il la création de cette Commission? Ou bien la perçoit-il comme un couteau sous la gorge de Grèce?
Et si il l’approuve, comment va-t-il employer ce nouveau moyen?
Le Premier Ministre demandera-t-il à être entendu comme témoin?
Ou craindra-t-il la colère de M.Thomsen?
En deux mots: Vous vous rendez compte que vous ne pouvez continuer de naviguer entre deux eaux? Soit vous vous obstinerez à soutenir que nous connaissons une véritable «success story», et dans ce cas vous dénoncerez le Parlement Européen qui veut faire une enquête sur les raisons de l’échec, soit vous collaborerez avec lui et cesserez de nous en conter avec ce fameux succès. Il n’y a pas d’autre voie sinon celle de l’auto critique et de l’auto dérision.
Mesdames et Messieurs les Députés
Malgré sa gravité, la situation est simple.
La société grecque est à bout.
C’est un constat auquel se livrent même certains membres du gouvernement.
Mais le gouvernement aussi a atteint ses limites.
Vous ne pouvez plus continuer dans cette voie, et vous allez l’éprouver les semaines prochaines quand vous chercherez à appliquer les nouvelles mesures que vous êtes en train de préparer avec la Troïka.
Et nous voulons prévenir le peuple mais également remettre au clair les idées des députés qui font semblant de ne pas comprendre.
Le gouvernement et la Troïka se prêtent à des simagrées de négociations quand ils s’apprêtent à porter un nouveau coup à la plaie déjà béante.
Vous mentiez, M. Samaras, quand vous assuriez qu’il n’y aurait plus d’autres mesures. Et je vous somme de les répéter, ces affirmations, pour que s’en souviennent vos députés qui vont rejeter aujourd’hui notre motion de censure tout en déclarant, à gauche comme à droite, qu’ils ne toléreront
plus de mesures supplémentaires. Et je dis mensongères vos affirmations, parce que le gouvernement a déjà approuvé l’objectif d’un
excédent primaire de 2,8% en 2014 et de 4,1% en 2015.
Quand vous acceptez l’obligation de présenter un tel taux d’excédent budgétaire en pleine récession, vous n’allez pas seulement vous contenter de mesures qui touchent les salaires et les retraites. Vos mesures fiscales ne viseront pas seulement les friches et les étables, non, vous fermerez aussi les hôpitaux et les universités, et vous ferez saisir les habitations principales.
Voilà la vérité.
Et je vous prie, M. Samaras, de l’avouer.
Vous dites que vous négociez.
Dites-nous donc ce que vous négociez au juste.
Quelles sont vos lignes rouges?
A quoi ressemblent vos négociations?
A ce que décrit M. Thomsen, lui qui vous a averti publiquement: «Ne dites pas que vous n’allez pas prendre de nouvelles mesures, parce que vous en prendrez, et vous mettrez en cause votre crédibilité». Tout d’abord, le simple fait d’accepter de discuter avec des employés insolents qui sont en train de
rater leur carrière alors que leurs supérieurs hiérarchiques avouent publiquement l’échec du programme appliqué en Grèce, est révélateur de votre stratégie de soumission absolue.
En deux mots encore, Monsieur le Premier Ministre, je vous le répète: l’heure de la vérité a sonné.Ne faites pas semblant de ne pas comprendre.
Vous, quand vous vous teniez à ma place, vous dénonciez le mémorandum comme une erreur. Vous avez réussi le plus spectaculaire des revirements politiques depuis la fin de la dictature, afin
d’accéder au poste du premier ministre. M.Venizelos a dit que vous avez adhéré aux positions du parti socialiste de PASOK.
Bravo! Voilà un exploit de plus que vous portez sur vos épaules. Et c’est une charge très lourde, en vérité. Mais c’était le prix à payer pour devenir premier ministre.
Parfait! Vous y êtes parvenu. Vous êtes devenu premier ministre.
Mais éprouvez-vous aujourd’hui un sentiment de réussite?
Je me pose la question: Dormez vous bien la nuit?
Quand vous gouvernez un pays dont le peuple est martyrisé?
Pouvez-vous dormir tranquille quand des enfants s’évanouissent de faim dans les écoles?
Quand des personnes atteintes de cancers n’ont plus accès à leurs médicaments?
Quand les ressources potentielles les plus dynamiques de la société sont en train de quitter le pays? Quand la classe moyenne vit au seuil de la pauvreté?
Et jusqu’à quand encore nous conterez-vous des fables?
Avec quoi allez-vous gouverner?
Avec les cadeaux distribués à certains groupes d’intérêts?
Certes en muselant l’audiovisuel public, vous avez offert à titre gratuit les fréquences aux dirigeants des chaînes privées! Mais qui va donner du pain aux affamés?
Et un toit aux sans-abris? Qui redonnera l’espoir et qui restituera la dignité à la jeune génération? Qui? Les chefs des chaînes privées ou les forces antiémeute de la police?
C’est pour toutes ces raisons que je vous demande de considérer notre motion de censure comme une occasion pour changer de ritournelle.
Arrêtez de parler des histoires de succès! C’est honteux.
Acceptez l’évidence: vous ne pouvez pas continuer en vous soumettant aux verdicts de la troïka. La première tentative de collaboration peut être considérée comme une erreur.
La deuxième comme une bêtise.La troisième est un crime.
Persévérer dans la même voie signifie l’élaboration consciente d’une atteinte criminelle contre notre pays et notre peuple.
Et les limites de votre pouvoir, vous les avez dépassées depuis longtemps déjà.
Que tout le monde réfléchisse bien! Que chacun mesure sa part de responsabilité.
Face au drame du peuple grec, personne n’a le droit de répondre par une comédie faite de
mensonges, de calomnies, de demi-mots, de calculs électoraux, et de mythes de succès et
d’excédents budgétaires.
Le moment est historique. Et personne n’échappe à l’histoire.
Parce que l’historien de l’avenir écrira les actes de chacune et chacun d’entre nous.
C’est l’heure de la vérité.
Et la vérité en dehors de ces murs, est désormais connue de tous, de chaque foyer, de chaque victime, de chaque personne qui craint pour son avenir.
Mais vous nous demandez quelle est la solution.
La solution est simple.
Elle est difficile pour vous, mais elle est simple.
Commençons par mettre fin au crime.
Arrêtez d’imprégner de poison l’économie et le peuple.
Vous nous demandez: Mais comment peut-on annuler le mémorandum.
Et j’avoue que c’est précisément là tout le drame pour vous.
Vous, vous ne pouvez pas le faire. Pour être plus exact: un gouvernement seul ne peut pas procéder à l’annulation du mémorandum.
Car seul le peuple peut l’annuler avec son vote. Seul le peuple peut le faire.
C’est pour cela que je vais vous expliquer encore une fois que peu nous importent vos scénarios cauchemardesques sur les combinaisons possibles des forces parlementaires pour la création d’un nouveau gouvernement.
Ce qui nous préoccupe et ce que nous revendiquons, c’est le verdict populaire.
La solution est le verdict populaire. La solution sera offerte par les élections qui donneront un mandat puissant d’indépendance à un gouvernement de salut social, un mandat puissant d’annulation du mémorandum, de restitution du pouvoir étatique et de la dignité du peuple et de notre pays. Un mandat démocratique confié à un gouvernement de salut social et de cohésion nationale avec pour objectif de rétablir à l’échelle internationale l’image dégradée de notre pays, un gouvernement qui en tirant les conclusions de l’échec du mémorandum pourra revendiquer une solution viable
pour la dette. Et il n’y aura pas de solution viable sans réduction d’une grande partie de la dette. Quand cette réalité est en train d’être admis par le F.M.I., que le gouvernement n’établisse pas une stratégie de revendications qui aillent dans ce sens paraît pour le moins absurde. Il nous faut un gouvernement qui commencera par demander à ses partenaires d’admettre l’évidence.
Tant que le pays se trouve en situation de récession économique, tant que ses taux de croissance ne montrent pas de signes de viabilité, l’économie grecque ne pourra pas fournir la moindre somme pour le remboursement des taux d’intérêts et pour l’amortissement de la dette. Car quand un pays se trouve en pleine crise humanitaire, le premier devoir des gouvernants est d’empêcher le peuple mourir de faim et d’assurer les soins médicaux indispensables à la santé des enfants.Dans une telle situation la priorité ne peut pas être donnée au remboursement des taux et des intérêts d’usure.
Enfin il faut un gouvernement qui imposera la seule solution possible.
Il annulera, fondé sur la légitimité du mandat accordé par le peuple, les lois imposées par le
mémorandum, qu’elle remplacera par des lois nouvelles qui donneront un vrai élan à la croissance et au redressement productif de notre économie.
Et ne venez pas me dire qu’il s’agirait dans ce cas d’un acte unilatéral, car ce serait comme
reconnaître que vous êtes ministre sous tutelle étrangère.
Vous n’avez pas été capables de fixer seuls, même le taux de la TVA appliqué dans la restauration.Vous n’avez pas même retiré la loi sur la taxation du pétrole de chauffage, mesure inacceptable,inefficace, criminelle pour la population la plus démunie.
Ces premières mesures seront prises par un gouvernement qui négociera l’annulation du
mémorandum avec la force du mandat confié par le vote du peuple.
Le nouveau gouvernement négociera la convention du prêt et aura pour objectif principal la lutte contre la crise humanitaire.Mais vous me demandez de vous préciser avec quel argent?
Considérez-vous la couverture des besoins basiques de la population comme du gaspillage?
Alors à mon tour de vous poser une question. Avez-vous entendu parler du rapport du Secrétariat Général de la Transparence et des Droits de l’Homme, d’où il ressort que la contrebande des matières énergétiques provoque une perte de 2
milliards par an pour le Trésor Public? Vous devez en avoir entendu parler.
Qu’avez-vous fait pour lutter contre ces fraudes, depuis un an et demi?
Le rapport parle aussi des factures frauduleuses.
Et il cite aussi la perte de 800 millions par la contrebande du tabac.
Toutes ces fraudes nous ramènent à une perte annuelle de 4,8 milliards pour les caisses étatiques.Mais alors, M. Samaras, pourquoi ne pas chercher l’augmentation des ressources là où il faut, et au lieu de cela attaquer les salaires, les retraites, l’habitation principale, les friches et les étables? La seule fermeture de l’audiovisuel public, a fait perdre à l’État 300 millions d’euros. Pourquoi, M. Samaras, le peuple devrait-il payer pour vos lubies?
Vous auriez pu avoir des recettes de 300 millions d’euro par la concession des permis d’utilisation des fréquences numériques.
C’était un des engagement prévus pour le gouvernement par le premier mémorandum.
Eh bien! Il a été l’unique engagement non respecté par le gouvernement.
Vous ne l’avez pas fait. Mais pourquoi donc?
Vous concédez des permis à titre gratuit et vous procédez à des licenciements massifs.
Quelle est votre motivation?
Mais moi je la connais votre motivation!
C’est parce que vous préférez soutenir les intérêts d’une petite minorité, et bien sûr pouvoir compter en échange sur la manipulation de la vérité dans leurs médias, et sur leur soutien à votre gouvernement.
Parce que le pays n’a pas été amené au naufrage uniquement par les gouvernements successifs mais aussi par ceux qui gouvernent depuis longtemps dans l’opacité.
Le triangle du diable.Pourquoi vous n’avez-vous pas pu obtenir un seul euro de tous ces fraudeurs de la liste Lagarde?
Pour les 25.000 affaires concernant des mandats bancaires à l’étranger, pourquoi n’y a-t-il eu que deux contrôles qui ont été effectués?
Cela fait-il partie des accords visant à établir une coalition avec le PASOK de M. Venizelos, ou dans le cadre d’une pratique bien établie de dissimulation commune à vos deux partis ?
Pourquoi sur 6.575 offshore recensés seuls 34 ont fait l’objet d’une enquête?
Et le scandale des sous-marins! En avez-vous déjà entendu parler de ce scandale, M. Samaras? Vous souvenez-vous de ce que disaient les membres de la N. Démocratie, il n’y a pas si longtemps, il y a deux ans exactement?
Vous souvenez vous des paroles de M. Michelakis, votre porte-parole, à l’époque?
A l’époque, 360 millions d’euros sont sortis des caisses étatiques pour arriver dans la poche du pseudo investisseur, M. Safa.
Au même moment, le gouvernement était en train de piller les salaires et les retraites.
Et nous avons lu aussi, M. Samaras, que M. Safa qui n’a pas posé le moindre boulon sur les sousmarins, prétend se faire accorder un prêt qui sera en fait payé par le peuple.
Cela est-il vrai, M. Samaras? Je vous demande de démentir, sinon ce scandale portera cette fois votre signature.De plus, pourquoi venir nous parler, M. Samaras, des privatisations et nous accuser de chasser sans cesse les investisseurs?
Qui les chasse? Mais c’est vous, c’est sous votre exercice que des milliers de petites et moyennes entreprises ont fermé. Et qu’ont également quitté notre pays des colosses, comme: COCA COLA, 3E, FAGE,VIOCHALCO. L’ensemble de ces gains perdus, correspond à 4% du PIB. Et vous nous accusez d’éloigner, nous, les investisseurs?
C’est vous, le premier ministre de la récession et des désinvestissements.
Expliquez moi encore ce point: Pourquoi, avez-vous vendu, par l’intermédiaire de TAIDEP, 28 immeubles publics pour la somme de 260 millions qui ont aussitôt été utilisés pour le remboursement de la dette, et avez-vous signé
l’accord qui prévoit que nous allons payer 30 millions annuellement pendant 20 ans en frais de location? En faisant l’addition on arrive à la somme de 600 millions d’euros.
Nous parlons donc d’un dommage de 340 millions d’euros.
Pourquoi?
Dites moi, M. Samaras, pourquoi le propriétaire du navire E. Venizelos, a-t-il été dispensé du
versement de la TVA d’un montant d’environ de 700.000.000 €? Et ce alors que pour une dette de 10.000 €, un petit entrepreneur serait mis en prison.
Pourquoi pas eux?
Pourquoi ne revendiquons-nous pas cette somme?
C’est superflu ?
Je vais répondre à votre place.
C’est parce que vous êtes le gouvernement au service des intérêts d’une petite minorité.
C’est parce que les conflit d’intérêts, les magouilles souterraines ou sous-marines, les fraudes fiscales, les niches fiscales toujours liées aux grands intérêts privés, même s’ils constituaient un problème pour les finances grecques dès avant le mémorandum, sont devenus un problème dix fois plus grave à partir du mémorandum.
C’est pour cela que votre base électorale, les électeurs traditionnels des partis conservateurs, se tournent vers d’autres formations.
C’est pour cela que les centristes tournent le dos à votre politique qui emprunte de plus en plus à l’extrême droite.
Monsieur le Premier Ministre
Il n’y a pas de degré plus bas, sur l’échelle du mal, où pourrait encore descendre votre
gouvernement, parce que vous avez déjà poussé à la dernière extrémité le pays, la société et le peuple. Face à la tragédie humaine dont vous êtes les complices, vous et votre gouvernement, nous n’avons plus malheureusement l’espoir de vous voir vous redresser à la hauteur de vos responsabilités.Mais parce qu’aucune société n’accepte d’être sacrifiée sur l’autel des intérêts étrangers, parce que le peuple grec a déjà prouvé qu’il sait défendre la liberté, la démocratie, ses droits, la dignité humaine, le pouvoir étatique, permettez moi de finir mon intervention en déclarant:

Nous, nous faisons confiance aux grecs, au peuple, au pays!

Et vous?
Si oui, voilà la solution:
Voilà les élections.
Voilà la démocratie.
Traduction :V. Papadaki