La révolte contre la junte des colonels est toujours actuelle ,par Nestor Nestoridis

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« 40 ans de luttes en Grèce et au Chili »

Intervention au meeting tenu à l’Usine le 17 novembre 2013, organisé par le Front de gauche Latino et Syriza Paris

Nestor Nestoridis

Aujourd’hui, 40 ans se complètent depuis la répression de la Révolte de l’Ecole polytechnique par la Dictature militaire de colonels. Nous entreprendrons un retour historique en vous présentant brièvement quelques événements de l’époque afin de voir les raisons pour lesquelles la Révolte de l’Ecole polytechnique peut être considérée comme une lutte actuelle.

Premièrement, on doit noter que l’histoire politique récente de la Grèce était toujours traversée par des graves conflits, des révoltes, des dictatures, etc. (avec l’exception de la période du changement du régime, c’est-à-dire de la période après la chute du régime des colonels, en 1974, jusqu’à entrée aux mémorandums en 2010). Ceci fut le résultat et d’une « contribution », d’une dépendance profonde et diachronique du pays aux forces impérialistes occidentales. Pour comprendre la prise du pouvoir par la Dictature, nous devons examiner la période historique qui suit l’Occupation Allemande (1941-1944).

Pendant l’Occupation Allemande, l’EAM était le 2ème, après les partisans yougoslaves, plus massif et efficace front antifasciste de l’Europe occupée. Il a réussi à regrouper des millions de personnes et à libérer les 2/3 du territoire grec avant la défaite définitive et finale du régime nazi. Initiateur du mouvement de EAM, en cette période là, était le Parti communiste grec (PCG). Ainsi, le PCG s’est révélé une force hégémonique dans la société grecque. Ceci, cependant, n’était pas toléré par les Américains et par les Anglais, qui ont décidé de se tourner contre les communistes, provoquant une guerre civile sanglante. La victoire définitive de la droite a eu lieu à l’aide des bombes napalm américaines.

Bien que jusqu’en 1974 le PCG fût illégal, il a pu conserver sa place sociale et son ancrage dans les masses populaires car il était considéré comme l’interprète principal de la volonté du peuple grec pour la démocratie et l’indépendance nationale. Ces 2 demandes sont restées inachevées même après la guerre civile. L’impérialisme américain était à cette époque souverain et chaque fois où la bourgeoisie politique grecque osait formuler des objections, il la menaçait d’interrompre l’aide américaine, le plan Marshall. On n’exagérait pas en disant que la Grèce, le lendemain de la guerre civile, constituait un Etat-protectorat américain. Ainsi, la question de l’indépendance nationale, déjà soulevée par le PCG de l’époque, était simplement un désir populaire inaccompli.

En ce qui concerne la question de la démocratie, les circonstances n’étaient pas du tout agréables. L’Etat était composé d’un grand nombre de collaborateurs des Allemands, à la consternation des communistes et des militants de EAM. Un parti massif comme le PCG était illégal, et nombreux de ses militants se trouvaient en exil. Pour acquérir une place dans la fonction publique ou simplement pour obtenir son permis de conduire, un certificat d’opinions sociales, attribué par la police, était demandé.

Dans ce cadre, l’instabilité de l’Etat grec est facilement comprise. L’EDA (la gauche unie) regroupait une grande partie du peuple et avait réussi à révéler le caractère autoritaire de l’Etat.

La veille de la Dictature, la démocratie se trouvait en crise profonde. L’Union du Centre avait gagné triomphalement les élections de 1964, mais ce gouvernement fut renversé en 1965, suite à la corruption et à l’apostasie de ses députés, et fut remplacé par un gouvernement de droite et des apostats. Naturellement, ce nouveau gouvernement fut également instable ; les partis qui le composaient ne s’appuyaient pas sur la volonté populaire et craignaient perdre le pouvoir aux élections annoncées pour 1967. Les Américains et le roi grec ne voulaient pas une  telle évolution. C’était la raison pour laquelle une dictature fut installée. Il est particulièrement important  de souligner que les dictateurs étaient des organes de l’impérialisme américain. La même période, un autre projet de dictature était aussi préparé par le roi.

La dictature en Grèce n’était pas un événement isolé et unique au monde. Il s’intégrait à une vaste stratégie des USA, qui voulaient assurer leurs zones d’influence face à l’Union Soviétique. De la même manière ils ont réagi contre le gouvernement de Salvador Alliente au Chili, ils ont mené la guerre au Viêtnam, etc. Il est révélateur que le gouvernement de la Dictature ont a passé accords très importants avec des détenteurs des capitaux d’investissement des USA mais aussi avec l’Etat américain à niveau interétatique.

Comme nous pouvons le constater, l’enveloppe démocratique du régime fut tombée violemment. Une censure préventive était imposée tandis que la mise en exil, les tortures et la répression proliféraient.

Il faut que nous comprenions que la résistance pendant la durée de la dictature n’avait pas les mêmes caractéristiques avec la résistance face à une démocratie bourgeoise–autoritaire. Pour cette raison, pendant la dictature, de nombreuses organisations de résistance ont été fondées. Leur action consistait, en général, au placement de bombes soit contre des cadres du Régime soit contre des dirigeants Américains. Les luttes pendant la durée de la Dictature avaient comme objet dans en premier temps, des revendications isolées, comme les combats contre l’expropriation de champs ruraux par les grands monopoles grecs. A cause de la peur, la rage se tournait ouvertement contre la dictature dans très peu de cas, comme pendant les funérailles de G. Papandréou. En réalité, le premier grand acte de résistance contre la Dictature était la Révolte de l’Ecole polytechnique en 1973. Un combat mené par la jeunesse de l’époque, mais soutenu par la grande majorité des grecs.

Avant cette Révolte, les étudiants revendiquaient un cadre démocratique pour les associations étudiantes, en tenant compte du fait que les dirigeants de ces associations étaient nommés par la dictature. En 1971 un combat permanent a commencé sous la forme d’occupations, d’abstentions aux cours, de manifestations, de conflits avec la police etc., revendiquant un syndicalisme libre dans les universités ainsi que des élections libres. Comble de ces combats était l’occupation de l’Ecole polytechnique le 14 novembre 1973. En comprenant que les demandes fragmentaires ne regroupaient pas le monde, ils ont adopté des slogans contre la dictature et l’impérialisme, comme le slogan « Dictature dégage ! ». Le slogan principal était : « pain, éducation, liberté ». A cause de la répression incroyable et de l’absence de liberté, le peuple révolté a étreint immédiatement l’occupation de l’Ecole polytechnique. Des centaines de milliers des manifestants renforçaient les occupants et ont uni leur voix. Les slogans étaient démocratiques et anti-impérialistes : « Dehors les USA, dehors l’OTAN » fut écrit aux colonnes de l’Ecole polytechnique. Devant la dynamique et le caractère massif et radical de la mobilisation, le 4ème jour de l’occupation le gouvernement a envoyé les chars contre l’Ecole polytechnique, située au centre d’Athènes, faisant beaucoup de morts.

La Révolte de l’Ecole polytechnique n’a pas renversé la Dictature seule. Les dictateurs et leurs supporteurs étrangers ont pourtant compris que le régime ne serait pas pour longtemps tolérable en Grèce. Nous pouvons dire que l’Ecole polytechnique a fortement contribué à la chute de la dictature.

Pouvons-nous dire aujourd’hui que les messages de l’Ecole polytechnique sont actuels ? Pour répondre à cette question il faut voir si en Grèce aujourd’hui existe réellement un régime démocratique. Malheureusement, il n’est pas excessif de dire que la démocratie conquise par le peuple en 1974 fut brisée en 2010 par l’intégration du pays au régime du mémorandum. Le gouvernement impose des mesures sans aucun accord social. Le droit au travail est désormais aboli en Grèce. Le salaire de base a atteint les 568 Euros pour 40 heures de travail par semaine. L’éducation et la santé sont totalement abandonnées. Le gouvernement a mis au collimateur tout l’Etat-social. Il ferme des universités, des écoles et des hôpitaux. Déjà hier le gouvernement a annoncé des milliers de licenciements de médecins mais aussi d’autres travailleurs de la santé. Un billet de 25 Euros fut introduit pour visiter l’hôpital, pendant une période où les ménages grecs sont désespérés à cause de la chute terrible du revenu et de l’énorme chômage. Le gouvernement utilise les médias afin de pousser les groupes sociaux l’un contre l’autre. Avec une action incroyablement autoritaire, il a décidé la fermeture de l’ERT – la radiotélévision publique. Tout était noir aux écrans télévisés du peuple grec. La répression des mouvements sociaux a pris des dimensions totalitaires. Depuis plusieurs décennies, on n’avait pas eu des opérations militaires de l’Etat contre des communes entières. C’est le cas dans la Grèce des mémorandums. Le gouvernement a utilisé des forces de police de façon militaire dans le cas de Skouries, où les citoyens se sont soulevés contre la destruction environnementale en train de se produire par un investisseur exploitant les mines d’or de la région. Il est important de noter que les citoyens de Skouries ne peuvent plus utiliser l’eau locale, parce qu’elle contient de l’arsenic.

Il ne faut pas oublier aussi qu’en Grèce il y a beaucoup de centres de concentrations pour les immigrés, où ils sont enfermés dans des conditions terribles.

Le plus important élément qui nous montre la détérioration de la Démocratie que nous devions souligner c’est que, désormais, en Grèce, les décisions ne sont pas prises par le peuple grec. Le peuple grec n’est plus souverain. La troïka avec les banquiers prennent toutes les décisions.

Il est important à dire que le gouvernement, afin de passer toutes ces politiques, a choisi de bouleverser les attributs de base de l’Etat occidental moderne. Le cadre juridique a changé complètement, vers l’autoritarisme. En même temps, chaque citoyen grec se sent tout à fait humilié, voyant les délégués de la troïka superviser les ministères, le responsable de la task force, Horst Reichenbach faire (certaines fois même en public) des indications aux hommes politiques grecs, des politiciens Allemands comme M. Fouchtel visiter les municipalités grecques afin de faire du business avec les maires au bénéfice des sociétés allemandes. Comme une cerise sur le gâteau, on peut mentionner les conventions de prêt signées, qui stipulent que la Grèce démissionne, DE MANIÈRE INCONDITIONNELLE ET IRRÉVOCABLE de chaque immunité, actuelle et future, qu’elle soumet sa dette au droit anglais, et qu’en cas de non-remboursement, les différences se dénoueront aux tribunaux du Luxembourg !

Comme nous le voyons donc, nous sommes entrés dans une phase néocolonialiste. Le néolibéralisme européen est désormais incompatible avec la démocratie. C’est pour ca que SYRIZA, en tant que parti démocratique, recherche la reconstruction d’une nouvelle Europe démocratique à orientation socialiste.

Le peuple grec s’est constant déclaré contre  les politiques d’austérité en Grèce. Les trois années précédentes, les rues en Grèce ont été plusieurs fois inondées par des mobilisations populaires exigeant l’arrêt immédiat de ces politiques et la démission du gouvernement. Cette réaction orageuse a obligé le gouvernement d’appeler aux urnes en 2012. Le résultat des élections ? Un petit parti de 4,5% comme SYRIZA, parvenu à s’élever en force hégémonique (27%), n’a pas gagné les élections tout simplement à cause de l’entreprise de peur qui a été exercée par le gouvernement, des dignitaires européens, mais aussi par des hommes politiques comme le président de la France F. Hollande, qui est intervenue pendant la période électorale aux medias grecs pour empêcher les grecs à voter pour SYRIZA.

En bref, on peut facilement comprendre que, surtout dans le cas des pays dépendants, le capitalisme n’est pas du tout compatible avec la démocratie. Et c’est pour ça qu’on dit que le capitalisme de notre époque est dépassé et qu’on doit le surmonter. Les cas de la Grèce et du Chili dans le passé et du Sud de l’Europe aujourd’hui nous montrent que la classe dominante n’a aucune hésitation à écraser le caractère démocratique du régime pour défendre et protéger ses propres intérêts. Il dépend de nous de mobiliser les peuples à agir contre ses politiques désastreuses et autoritaires. C’est à nous de défendre aujourd’hui la démocratie et ses principales composantes : la souveraineté populaire et l’indépendance nationale.