De la tragédie grecque au théâtre de l’absurde, par Vassiliki Papadaki

De la tragédie grecque au théâtre de l’absurde

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Né au VIe sicle av J­C, le théâtre grec atteint son apogée au Ve siècle. C’était l’époque de la démocratie. Toute décision était soumise au peuple, le pouvoir était surveillé, et la règle était le strict respect des lois.

Le mot tragédie exprime bien la situation vécue actuellement par le peuple grec, mais à l’inverse d’aujourd’hui, les héros d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide soutenaient, eux, des causes, des opinions et suscitaient terreur et pitié.

Le théâtre antique grec est lié au siècle de Périclès, et au “miracle grec”. La tragédie quotidienne que les grecs vivent actuellement, elle, est liée à la faillite de l’Etat, et aux mémorandums imposés par la troïka et exécutés par le gouvernement de coalition de la Nouvelle Démocratie et du Pasok.

Le premier ministre, M.Samaras et son coéquipier, M. Vénizélos évoquent plus les personnages grotesques d’Ubu Roi, que des héros tragiques. Et le théâtre de l’absurde exprime mieux le coup d’Etat permanent imposé par les créanciers du pays, que le théâtre du siècle de Périclès.

En écoutant les redondances du gouvernement grec sur sa “success story” – oui, M. Samaraspréfère parler en anglais quand il se réfère à sa politique – , et les sevères remontrances adressées par la troïka au peuple grec, on pense plus à Beckett et sa Fin de Partie, qu’aux héros tragiques et à la justice du théâtre antique.

— « A quoi est-ce que je sers? » demande Clov, qu’on pourrait identifier à M. Samaras.

— “A me donner la réplique” répond Hamm, comme le ferait la troïka, si jamais le premier ministre grec osait lui poser la question.

Et tous les jours on attend . « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas.»

L’impossible tas, c’est le nombre de chômeurs, 30% de la population et plus de 60% chez les jeunes. L’impossible tas c’est les 25% qui se trouvent dans l’incapacité de payer l’électricité et l’eau, les 12% qui ne peuvent pas payer leur loyer. Et le nombre des familles monoparentales incapables de subvenir aux mêmes besoins, lui, dépasse le double: 42% pour l’éléctricité et 35% pour les loyers.

L’impossible tas, c’est le nombre de suicides qui a augmenté de 43% depuis 2007.

L’impossible tas, c’est le nombre d’enfants grecs affamés. Une recherche de la Fondation Stavros Niarchos a révélé que sur un échantillon de 16000 ménages, 60% des familles font face à l’insécurité alimentaire, tandis que 23% connaissent non seulement l’insécurité, mais également la faim.

« La fin est dans le commencement et cependant on continue» disait Hamm. Le 4 décembre, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, après sa rencontre à Bruxelles avec le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a déclaré: « Nous savons que la situation économique est encore très fragile et il ne faut pas cesser de mettre en œuvre des réformes » en ajoutant, pour nous donner du courage : « Nous sommes dans les derniers kilomètres du marathon ». Et le brave M. Samaras, tel un nouveau Clov, de s’empresser de répondre: « Les athlètes grecs ne montrent pas de signes de fatigue mais font preuve de résilience ».

Trois jours avant, une adolescente de 13 ans avait trouvé la mort à Salonique par les émanations toxiques d’un brasero allumé par sa mère, chômeuse, pour chauffer leur domicile, privé d’électricité en raison de factures impayées.

La mère, d’origine serbe et âgée de 54 ans, après avoir perdu temporairement elle-même connaissance, a prévenu les secours qui sont arrivés trop tard, pour constater la mort de l’enfant.

Comble de délicatesse, la mère accusée de meurtre a été arrêtée, mais face à la stupeur de l’opinion publique, elle a finalement été laissée libre. Et même, le gouvernement grec dans sa grande miséricorde lui a accordé une autorisation de séjour pour les 6 prochains mois!

La nuit du 4 décembre, une autre famille de Salonique composée de quatre personnes, a échappé à l’incendie qui a ravagé leur maison, provoqué par des bougies qui devaient remplacer l’électricité coupée depuis déjà deux ans, selon les médias grecs.

Sacrée success story! Le nombre d’abonnés privés de courant en raison d’impayés atteint 350 000 par an paraît-il.

« Si je ne tue pas ce rat il va mourir» disait M. Samaras. Eh pardon ! Clov je voulais dire.

Clov disait aussi : « Quand je tomberai, je pleurerai de bonheur ».

Si M. Samaras, cette fois se différencie de Clov, si M. Samaras cette fois ne le pense pas, alors ça

sera nous, lorsqu’il tombera, ça sera à notre tour de pleurer de bonheur!

Vassiliki Papadaki