KKE et SYRIZA (PC Grec et SYRIZA) ,par Christos Laskos

Les références à la «géographie» de la scène politique grecque sont souvent arbitraires. Des commentateurs politiques placent souvent le parti communiste grec (KKE) à la gauche de SYRIZA.  Ainsi, quelques uns parlent des pressions ou attaques exercées à SYRIZA par la «gauche» ou de son   éventuelle alliance politique avec «la gauche». Des phrases qui se répètent afin de décrire les oppositions, les affinités et les relations du parti de la gauche radicale avec le parti communiste.

Auteur: Christos Laskos  20 Décembre 2013

Cependant, si on se base sur les déclarations de la direction du KKE, on déduit que le parti communiste grec ne revendique pas sa place au sein de la gauche.

«Qu’est ce que la gauche? Nous, nous sommes des communistes» a déclaré A. Papariga, responsable du parti communiste. Ce qui veut dire, que la topographie politique du monde capitaliste de deux derniers siècles, n’englobe pas le KKE. Une phrase du type «plus à gauche de SYRIZA» est du même acabit que les apophtegmes «au sud de l’avenir» ou «à droite de l’amour». Il  s’agit des représentations figuratives.

Toutefois, une remarque s’impose. Le KKE par sa participation à la lutte politique et à la contestation sociale, ne peut pas revendiquer une place «hors de ce monde». La lutte anticapitaliste ne peut pas se situer à l’ au-delà. C’est une position immanente qui ne renvoie pas pour sa valeur à aucun principe transcendant. C’est ce qui oppose d’ailleurs le marxisme aux théories utopiques, transcendantales.

Selon Marx, «le communisme est le mouvement qui renverse l’ordre existant». Ici et maintenant. D’ores et déjà. L’action de la gauche est immédiate. Ou elle est vide de sens.

Le KKE existe parce que ses membres –  à leur façon – participent  et visent des objectifs politiques. Et ils parviennent quelquefois à obtenir des résultats politiques. Du fait de leur action, ils s’insèrent dans la carte politique, indépendamment de leurs aspirations. D’ailleurs, malgré les déclarations publiques de ses dirigeants, la détermination révolutionnaire par son caractère implique    son positionnement à gauche.

Mais des contestations surgissent de toutes parts sur la cartographie politique. Selon une enquête réalisée lors du congrès de SYRIZA (juillet 2013), ses membres se considèrent beaucoup plus à gauche que le KKE. Ainsi, sur  une échelle de 1 à 10 ( 1 étant la gauche et 10 la droite) les membres de SYRIZA notent leur parti de 1,9 –  près de l’extrême gauche –  et le KKE de 3,5 – plus près du centre.

Peut-on tirer une conclusion? S’agit il d’une logique stupide, fondée sur des notations purement fantaisistes? Je prétends que cette discussion mérite qu’on y attache une importance particulière.

Les notations des interrogés ne sont ni fantaisistes ni inconséquentes. Il faudrait d’ailleurs souligner l’aversion d’une grande majorité des membres de SYRIZA contre le sectarisme, faisant  preuve d’auto-dérision plutôt que d’arrogance. Leur ouverture politique s’avère même parfois auto – dévastatrice.

Compte tenu de ces éléments, leur auto-positionnement à l’extrême gauche est un bon signe. Car il démontre que leur objectif – un gouvernement de gauche – sous entend la volonté de livrer un grand combat  politique et social à l’échelle internationale.

Ils mesurent  les difficultés liées à leur mission. Leur positionnement traduit de leur part un sentiment de force et de combativité face aux difficultés.

Difficultés accrues notamment par la position du KKE.

Depuis le début de la crise, plusieurs sont les exemples du rôle néfaste du KKE à des moments cruciaux du mouvement de résistance, en optant délibérément pour l’antagonisme au sein de la gauche.

Et d’une manière paradoxale à l’heure qu’il est,  le KKE agit comme si son ennemi principal était le SYRIZA. «Certains disent qu’il serait  plus judicieux de confier à la Nouvelle Démocratie – enfant du système –  les négociations politiques, plutôt qu’à quelqu’un qui manque d’expérience et qui est en pleine évolution»  a déclaré Mme Papariga, lors de sa dernière intervention au Parlement. L’ensemble de son discours était consacré à une critique violente et obstinée du parti de la gauche radicale. Son énoncé, «Certains disent», est éloquent… Puisque «certains disent», ils doivent savoir qu’il vaut mieux élire la Nouvelle Démocratie plutôt que le SYRIZA.

L’attitude du KKE n’est pas une simple manifestation d’un sentiment de malveillance ou d’une intolérance sectaire. Elle démontre également l’incohérence de ses dirigeants qui dénoncent le virage actuel de SYRIZA à la social-démocratie en oubliant qu’ils propagent ce reproche de façon constante et depuis toujours. Qu’ils réfléchissent! Depuis quand a été opéré ce virage? Et avant ce prétendu virage, SYRIZA était il plus radical? Ou peut être demi-communiste? Ah! Qu’il est difficile de suivre le mouvement dialectique de la pensée!

Et je vais conclure en évoquant un dernier paradoxe.

Face à la crise capitaliste actuelle, le KKE porte le même regard analytique que la grande majorité des membres de SYRIZA. L’accumulation du capital étant dénoncéepar les deux partis comme facteur générateur de la crise actuelle devrait les rapprocher et les inciter à l’adoption de réponses communes qui émanent de la conscience des classes sociales. Normalement donc, ils devraient se rapprocher. Mais la normalité est aussi un concept… Allez savoir!

http://www.rednotebook.gr/details.php?id=11462

Traduction: Vassiliki Papadaki