Lettre de Alexis Tsipras à Herman van Rompuy : Il faut changer de politique migratoire européenne.

Athènes, le 25 Janvier 2014

Au Président du Conseil Européen,

Herman van Rompuy

Monsieur le Président du Conseil Européen,

La disparition de centaines de migrants dans les mers de l’Europe du Sud continue de se produire à 1509823_725571797461105_998554816_nun rythme inquiétant. Après le drame de Lampedusa, neuf enfants et trois mères ont perdu de façon tragique la vie il y a quelques jours, au nord de la mer Égée.

Jusqu’à présent, les initiatives de l’Union Européenne destinées à la régulation du problème de la migration au niveau des pays de provenance n’ont eu aucune influence déterminante. Les projets de mise en application de la Déclaration de Barcelone ont été dans les faits abandonnés, sans atteindre aucun de leurs objectifs. A l’évidence, le dessein d’une aide aux pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient destinée à l’amélioration de leurs économies et à la réduction de leurs chiffres de chômage, n’a pas atteint sa cible. C’était pourtant un moyen qui aurait pu abaisser le nombre de leurs citoyens, ayant pour seul recours l’émigration légale ou illégale vers l’Union européenne.

De surcroît, les guerres, qui constituent des facteurs déterminants de déclenchement des mouvements migratoires, ont été intensifiées autour de la Méditerranée et du Moyen Orient, en augmentant les flux et en multipliant le nombre de morts tragiques dans la mer Méditerranée.

Je vous rappelle que depuis 1998 jusqu’en 2013, au moins 17000 personnes ont perdu la vie dans leur effort de rejoindre l’Union Européenne. D’après des rapports des Nations Unies il y a  actuellement, à l’échelle mondiale,  214 millions de migrants. Il s’agit donc, de 3% de la population mondiale. Par conséquent, il n’est pas raisonnable de croire qu’en construisant des murs de plus en plus hauts, nous pourrions arrêter les flux migratoires, en dissuadant ceux qui espèrent un avenir meilleur dans les pays de l’Union Européenne.

Aucune brigade de Frontex, aucune barrière ne pourra mettre fin à ce problème qui découle, en partie, de la crise des pays qui oblige leurs habitants à l’exode. L’adoption par les pays du Sud européen, pressés par ceux du Nord, des mesures politiques de plus en plus oppressives face aux migrants, n’est pas non plus la solution.

Il est nécessaire, pour faire face à cette situation, de réexaminer l’ensemble des mécanismes institutionnels européens pour la migration et l’asile politique, axés sur la préservation de la protection des droits humains fondamentaux. La situation actuelle impose la prise de mesures urgentes et efficaces pour le sauvetage en mer des migrants, pour la création des centres d’accueil aux points d’arrivée et l’adoption d’un plan législatif et juridique qui assurera leur prise en charge par tous les pays européens, avec des critères justes et proportionnels, respectant, dans la mesure du possible, leurs propres aspirations.

C’est l’hypocrisie et l’immoralité qui se cachent derrière les déclarations grandiloquentes prononcées par les dirigeants des organes institutionnels européens après chaque événement  tragique, déclarations vite oubliées quand ils s’éloignent des caméras posés sur les lieux du drame.Les déclarations enflées sont vides de sens quand elles ne sont pas accompagnées de mesures concrètes, quand elles n’aboutissent pas à des décisions politiques qui engagent les dépenses nécessaires à leur réalisation, et deviennent des entraves pour les pays du Sud européen qui se trouvent seuls face à ce terrible problème humanitaire.

Je crois qu’il incombe à l’Europe le devoir historique d’accomplir au plus vite un projet politique global pour la migration, en garantissant les droits humains et en respectant les valeurs européennes.

Monsieur le Président du Conseil Européen,

Après les événements tragiques de Lampedusa et de Pharmakonissi – événements qui plus est récents et répétitifs –  je vous demande de prendre dans les plus brefs délais l’initiative, en application de l’article 15 paragraphe 3 de la Convention de l’Union Européenne de convoquer le Conseil Européen en session extraordinaire avec comme objectif la révision du règlement no 343/2003 (Dublin II), et en accord avec l’article 80 de la Convention du fonctionnement de l’Union Européenne qui prévoit l’application du « principe de solidarité et de partage équitable de responsabilités entre les États membres, y compris sur le plan financier» dans le cadre de la politique migratoire européenne.

Je vous demande aussi que votre initiative englobe également la mise en œuvre opérationnelle de fonds européens nécessaires à la gestion de cette grande épreuve humanitaire en constante aggravation, dans le cadre des plans d’urgence prévus à cet effet.

Avec l’expression de ma haute considération

Alexis Tsipras

Président de SYRIZA

Candidat du Parti de la Gauche Européenne

pour la Présidence de la Commission Européenne