Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent..vingt et trois étrangers et nos frères pourtant..*

Dernière Lettre de Missak Manouchian à sa femme (une heure avant d’être exécuté..)

 


 Manouchian et ses camarades sont enterrés au cimetière d’Ivry sur Seine.
 

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.

Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous… J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.

http://pcf.evry.pagesperso-orange.fr

Léo Ferré chante l’affiche rouge:

 

 *Poème de Louis Aragon
Les 23 membres du groupe Manouchian

Celestino Alfonso, Espagnol de 27 ans

Olga Bancic, Roumaine de 32 ans

Joseph Boczov (Boczor József), Hongrois de 38 ans – ingénieur chimiste

Georges Cloarec, Français de 20 ans

Rino Della Negra, Italien de 19 ans

Thomas Elek (Elek Tamás), Hongrois de 18 ans – étudiant

Maurice Fingercwejg, Polonais de 19 ans

Spartaco Fontanot, Italien de 22 ans

Emeric Glasz (Békés (Glass) Imre), Hongrois de 42 ans – métallurgiste

Jonas Geduldig, Polonais de 26 ans

Léon Goldberg, Polonais de 19 ans

Szlama Grzywacz, Polonais de 34 ans

Stanislas Kubacki, Polonais de 36 ans

Arpen Tavitian, Arménien de 44 ans

Césare Luccarini, Italien de 22 ans

Missak Manouchian, Arménien de 37 ans

Marcel Rayman, Polonais de 21 ans

Roger Rouxel, Français de 18 ans

Antoine Salvadori, Italien de 43 ans

Willy Szapiro, Polonais de 29 ans

Amédéo Usseglio, Italien de 32 ans

Wolf Wajsbrot, Polonais de 18 ans

Robert Witchitz, Français de 19 ans

 

/manoulettre.htm

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

L’un des derniers témoins de l’Affiche rouge: