Tsipras et Schulz Par Theodoros Paraskevopoulos

 5 février 2014

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Jusqu’à présent, Alexis Tsipras est le seul candidat officiel à la présidence de la Commission européenne – le Parti de la gauche européenne a accepté lors de sa convention cette nomination pertinente. Il est presque certain que les socialistes et les démocrates d’Europe (il y a là une curieuse distinction, n’est-ce pas ?) désigneront leur propre candidat le 1er mars, à savoir l’actuel président allemand du Parlement européen et tête de liste SPD au scrutin européen.

D’autre part, les conservateurs, qui doivent également prendre une décision en mars, ne sont pas d’accord entre eux parce que Merkel ne supporte pas Juncker, alors que Barnier (l’autre candidat disponible) est un très mauvais candidat. On spécule que le nom de Schulz fait partie de l’accord entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates pour la formation d’un gouvernement de coalition en Allemagne ; si elle est confirmée, la probabilité de sa nomination en tant que président est forte, se présentant ainsi avec le soutien de la gouvernement allemand.

Les citoyens des Etats membres de l’Union auront cette année pour la première fois l’occasion, en plus de l’élection des membres du Parlement européen, d’exprimer leur opinion en ce qui concerne le président de la Commission en votant pour la liste des le parti soutenant chaque candidat. Ce sera un avis non contraignant, cependant, puisque la personne réelle sera choisie dans une négociation inter-étatique et inter-partis, même si l’expression de centaines de millions de citoyens n’est pas sans signification politique. En effet, les différents candidats représentent aussi différents points de vue et tendances politiques sur la question de l’évolution future de l’Europe.

Pour les électeurs grecs, ce qui pourrait avoir de l’importance, c’est que pour la première fois l’un d’eux, un homme grec, concourt pour ce poste clé de l’Union. Plus important encore cela va permettre de faire apparaître avec plus de justesse, ce que représente chaque candidat en ce qui concerne le cours de l’Union ainsi que sa politique à l’égard de notre pays. Ainsi, Martin Schulz est venu ici un certain nombre de fois et a exposé son avis sur la politique grecque de l’Union. La première fois que ses déclarations ont eu une large publicité, c’était au printemps 2012. Il avait à l’époque fait une apparition en tant qu’agent de la Troïka et du memorandum. Un de ses arguments alors, au cours d’une rencontre avec Alexis Tsipras, était qu’il avait personnellement vaincu les objections au sein de son parti au cours de la période du vote au Bundestag du « paquet d’aide » – la bouée de sauvetage en plomb, comme l’a qualifiée par un membre Die Linke du parlement.

En effet, dit-on en Allemagne, il a dépensé avec succès beaucoup d’énergie pour contenir les objections soulevées par les membres sociaux-démocrates du Parlement qui soutenaient, en phase avec la gauche européenne, que le paquet de sauvetage aboutissait à un accord de sauvetage pour les grands banquiers européens et pas pour les citoyens ordinaires de Grèce. À l’époque, ses déclarations, faites à l’entrée de la Maison du Parlement grec, ont traduit très clairement la position que toute résistance contre les politiques du memorandum était en veine – déclarations dont les partis pro- mémorandum font usage contre la gauche. Actuellement, quand même le président des socialistes européens, l’Autriche Swoboda, avec retard, comme l’a justement fait remarquer par Nikos Houndis, parle en termes d’annulation « progressive » (ce qui signifie quand, au juste? ) par la troïka au motif qu’elle est sous contrôle démocratique, Martin Schulz évite de soutenir cette demande. Il est, donc, un Merkeliste patenté, et la spéculation qu’il sera en définitive approuvé par la dame de fer de Berlin est tout sauf infondée.

Selon toute vraisemblance, aux élections européennes, il y aura, pour le président du bureau de la Commission, deux tours de scrutin. D’une part, le bulletin de vote Schulz, signifiant la poursuite de la même voie désastreuse pour la construction de l’Union européenne ainsi que pour la politique grecque de l’Union. En Grèce, ce vote sera représenté – qu’ils finissent par aller ensemble ou séparément – par le PASOK, DIMAR, et le camp démocratique progressiste nouvellement créé, avec l’éventualité d’être rejoints par la Nouvelle Démocratie si les sociaux-démocrates et les conservateurs forment effectivement un pacte en Europe. En face ce sera le vote Tsipras, représenté en Grèce par le vote pour Syriza, qui effectue un virage à 180 degrés : arrêt immédiat de l’austérité qui nourrit la crise, re – dynamisation harmonisée des économies de la zone euro, croissance combinée avec la transformation écologique de la production et rôle de premier plan donné aux travailleurs et non aux banquiers ; ce dernier objectif doit s’accompagner du plein emploi, stable et correctement rémunéré, de la démocratie et de l’égalité politique complète pour les Etats membres de l’Union, d’une politique européenne d’immigration basée sur un cadre de « double solidarité européenne », c’est à dire, vers l’extérieur, par une assistance accrue à la croissance endogène des pays d’origine, et, en même temps, vers l’intérieur, par une répartition équitable de tous les immigrants économiques et réfugiés dans l’Union européenne, et leur intégration en douceur dans les pays de destination, à commencer par une révision ou refonte du règlement Dublin II. Enfin, le bulletin de vote SYRIZA implique un nouveau système européen de sécurité, fondée sur la négociation, sur une diminution méthodique en matière d’armements, et sur une politique pacifique non- milititariste à l’égard des états tiers.

Telle est l’alternative. Et lorsque le secrétaire de DIMAR, revenant sur une déclaration précédente, annonce que son parti ne soutiendra pas la candidature de Tsipras parce qu’il a décidé de s’associer aux socialistes et démocrates européens, ce qui signifie au parti de Martin Schulz, il devrait prendre parti par rapport à cette alternative, au lieu d’entrer en concurrence avec Venizelos pour gagner les faveurs de Schultz.

Le texte a été publié en grec dans Avgi le 28 janvier.