Grèce : l’austérité détruit la santé publique

 par Raquel Garrido, candidate Front de Gauche aux élections européennes en Ile-de-France

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Grèce : l’austérité détruit la santé publique

Posté par  le 21/04/2014 dans A la UneActus | 0 commentaires

L’Hôpital communautaire d’Elliniko, en Grèce, a tiré la sonnette d’alarme la semaine dernière sur ce qui pourrait devenir un phénomène inquiétant au niveau européen : les coupes budgétaires nuisent gravement à la santé des citoyens européens. Chômeurs de longue durée, précaires, nombreux sont les européens qui ne sont pas assurés, font l’économie de leurs soins de santé et repoussent, au péril de leur vie, leur prise en charge. Vous croyez toujours en la Couverture Maladie Universelle ? Les Grecs n’ont pas cette chance, même pour des maladies contagieuses (hépatite B) et mortelles : le gouvernement grec en effet a décidé de plus fournir de traitements aux patients atteints d’hépatite B et C qui ne pouvaient pas faire face à cette dépense.

 

L’Hôpital d’Elliniko a fait le choix de dénoncer cette politique dangereuse qui pourrait relever pénalement de la  non assistance à personne en danger. La Grèce laisse mourir ses pauvres, les structures de santé sont démunies : « Malheureusement, notre hôpital ne peut plus fournir sans interruption à ces patients les traitements extrêmement coûteux dont ils ont besoin. Ces personnes sont donc confrontées à de graves complications et risquent aussi de transmettre leurs maladies à d’autres. Cette situation problématique affecte sérieusement la santé publique », indique l’hôpital dans le journal Enet

Pourtant, le droit à la santé est inscrit dans l’article 11 de la Charte Sociale Européenne, qui complète la  Convention européenne des droits de l’homme en matière de droits économiques et sociaux. Les Etats doivent garantir à leur population le meilleur état de santé possible compte tenu des connaissances actuelles. A cette fin, ils doivent assurer un dispositif sanitaire apte à réagir de manière appropriée aux risques sanitaires évitables, c’est-à-dire contrôlables par l’homme. Les traitements et vaccins contre l’hépatite B et C sont connus depuis la fin des années 80. Un nouveau traitement contre l’hépatite B, la Telbiduvine a même été breveté en 2005, puis commercialisé par Novartis, qui s’est ainsi accaparé une bonne parti du juteux marché des malades de l’hépatite B estimé pour 2014, selon la revue Challenges, à un volume d’un milliard de dollars. Le droit à la santé est proclamé dans les textes. Dans les faits, et au nom de la sacro-sainte austérité, on le laisse se faire piétiner par les laboratoires, la finance, et les gouvernements complices (à ce jour, l’hôpital d’Elliniko attend toujours une réponse des autorités grecques). En Grèce, le budget 2014 prévoit une nouvelle réduction de 12,5% des dépenses sociales et de 19,7% des dépenses publiques de santé. Le financement public de l’Office national des services de santé (EOPYY) est réduit de 30%, et, pour les hôpitaux, de 32%, c’est-à-dire 5 milliards en moins. La France n’est pas en reste : sur les 50 milliards d’austérité budgétaire annoncée, Manuel Valls compte bien faire 11 milliards d’économie sur les dépenses de Sécurité Sociale, mais n’a pas souhaité entrer dans les détails sur ce qu’il en coûtera à la santé des français. Toujour est-il que cette réduction brutale des dépenses de santé au moment où la démographie augmente et les pollutions sévères se multiplient est une grave atteinte à la santé publique.

La pandémie de grippe A (H1N1), l’apparition de foyers d’infection à E. coli, l’affaire Mediator, le vieillissement et la précarisation des populations dans l’UE ont rendu indispensable une coopération au niveau européen en matière de santé publique. Celle-ci n’est pas à l’ordre du jour, tant les intérêts privés et les impératifs économiques dictent les politiques européennes et nationales. Contre le libéralisme forcené qui détruit les services publics et la santé des citoyens européens les plus démunis, nous construiront la résistance au Parlement Européen. La santé est un bien commun, et en France, comme en Europe, les dépenses de santé doivent être 100% remboursées.