Un Samaras, un Stournaras et 397 Femmes , par Vasiliki Papadaki. Plus (photos et Video de leurs luttes)

 par Vasiliki Papadaki 


Le 15 mai, le Tribunal de Première Instance d’Athènes a annulé les licenciements de 397 femmes
de ménage employées par le Ministère des Finances grec, les jugeant illicites.

La lecture de cette décision a été accueillie avec des cris de joie et des transports d’allégresse sur le
parvis du Ministère, endroit où campaient depuis quelques jours pour protester contre leur
licenciement, toutes ces sangsues collées aux fonds vaseux de l’économie grecque, gorgées du sang
des contribuables grecs.
Heureusement la Troïka est arrivée en Grèce et M. Stournaras aussi.
Et là, il me faut ouvrir une parenthèse: Stournaras est le nom du Ministre des «Phynances», du fort
ubuesque gouvernement qui exerce actuellement le pouvoir politique en Grèce comme chacun sait,
mais ce que tout le monde ne sait pas est que ce nom renvoie – hasard ou déterminisme? – au mot
«stournari» qui désigne au sens propre la pierre et au sens figuré l’antonyme d’intelligent. Alfred
Jarry avait inventé pour sa pièce des personnages aux noms évocateurs pour lesquels il avait sans
doute longtemps réfléchi. Notre Premier Ministre, M. Samaras, a construit sa « Machine à
décerveler» très rapidement et son «cheval à phynances» – ô miracle – s’appelait déjà Stournaras.
D’ailleurs, Samaras signifie fabricant et vendeur de selles pour chevaux, ânes et mulets! Fin de la
parenthèse.

Nous disions donc que le Tribunal de Première Instance d’Athènes a tranché que leur licenciement
ne s’accorde pas avec l’intérêt des finances publiques du pays, en prenant soin de mentionner dans
sa motivation que le Ministère, immédiatement après les licenciements, a signé des conventions
avec des sociétés privées d’entretien de nettoyage, dont le coût était supérieur à celui des salaires
des personnes licenciées. Et là, je tiens à signaler que le gouvernement grec n’a pas encore ordonné
que les magistrats ne seront plus payés et vivront des amendes et des biens des condamnés, comme
l’avait justement décrété le Père Ubu.

Et après huit mois de protestations dans la rue à respirer les gaz lacrymogènes et à être régulièrement tabassées par les forces spéciales de la police, ces femmes, heureuses parce que
leurs prétentions et leurs moyens ont été sérieusement et équitablement examinés, heureuses aussi
de pouvoir continuer de vivre avec leurs salaires mirifiques de 325,88 € (!) ont déclaré avec
soulagement: «Nous ne demandons qu’une chose, que l’on nous rende nos balais et nos
serpillières!»

Mais quand on s’appelle Stournaras, on ne désarme pas si facilement face à la rigueur du
raisonnement et à la pertinence des motifs d’une décision de justice.

Sans perdre de temps, le valeureux homme de confiance de Mme Merkel, a refusé l’application de
la décision qui ordonnait le retour immédiat des licenciées à leurs postes de travail, en tirant de sa
mallette une loi obscure de 1951, qui autorise unilatéralement et abusivement le Ministre des
Finances à suspendre l’exécution d’une décision de justice avec le dépôt d’une simple demande
d’annulation. Cette loi porte manifestement atteinte au principe fondamental de l’égalité des
justiciables devant la loi et devant la justice, mais porter atteinte aux principes généraux du droit et
à ceux de la Constitution est un hobby pour le gouvernement de M. Samaras.

Le Père Ubu parti en guerre sur son «cheval à phynances» – disent les manuels scolaires français –
incarne la cruauté, la bêtise, l’immoralisme et l’arbitraire. Qu’est-ce qu’écriront dans le futur les
manuels grecs à propos de M. Samaras et de M. Stournaras?

Vassiliki Papadaki

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