Odessa appelle Bruxelles…à l’aide ,de Konstantina Kouneva *

 

Des militants comme Elena Ratzirovskaia tentent d’expliquer les crimes commis en Ukraine, par l’hystérie nationaliste avec soutien nazi et subvention européenne, mais à l’heure actuelle l’UE fait la sourde oreille.

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Cela va peut sembler étrange que je m’occupe de l’Ukraine. La crise, qui a commencé comme un soulèvement pro-européen, s’est transformée en guerre civile dans l’est du pays pour aboutir à la « guerre froide » Russie-Ouest que nous vivons, n’est pas, de fait,  »de ma compétence ». Mais, de la façon dont les choses se déroulent, très peu de gens désormais en Grèce et en Europe sont  »incompétents » au sujet de cette crise: les agriculteurs, les commerçants, les entreprises, les travailleurs, et dès l’automne probablement la plupart des Européens seront  »compétents », si la guerre des sanctions s’étend au gaz naturel. Tous auront toutes les raisons de s’inquiéter et de se mettre en colère à cause de la facilité avec laquelle les dirigeants européens ont laissé les choses atteindre de tels extrêmes en Ukraine et dans toute l’Europe. Qui, ne l’oublions pas, s’étend de l’Atlantique à l’Oural. Elle ne s’arrête pas au Dniepr.

Depuis trois mois, arrive dans ma boîte mail des messages provenant de militants des droits de l’homme en l’Ukraine, et en particulier d’Odessa. Ils décrivent la situation dramatique dans la région depuis que le nouveau régime ukrainien s’est imposé. Terrorisme, menaces et persécutions contre ceux qui osent contester le nouveau statu quo ou soutiennent la solution de la fédération.

Je pense en particulier à un témoignage, qui nous rappelle la tragédie du 2 mai à Odessa, où environ 40 personnes ont été brûlées vives le bâtiment des syndicats de la construction, où elles s’étaient réfugiées, poursuivies par une foule de fanatiques nationalistes et d’extrême droite. Elena Ratzirovskaia a été le témoin tragique de l’évènement. Elle y a perdu son fils de 26 ans, Andreï. Femme ayant une profonde culture européenne, historienne et chercheur spécialisée en Europe médiévale, elle a réussi à briser le mur du silence. Le 9 Juillet, elle s’est rendue à Bruxelles pour témoigner devant le Parlement européen des circonstances de la mort de son fils et de dizaines d’autres personnes à Odessa. L’audience a été suivie par très peu de députés européens, mais par beaucoup de nationalistes ukrainiens qui avaient avaient fait le voyage de Kiev à Bruxelles pour la saboter, et ils ont en partie réussi. A son retour à Odessa Ratzirovskaia a fait face à un climat hostile. Internet déborde de commentaires menaçants d’extrémistes nationalistes qui voient en elle « un traître ». Pendant ce temps, les autorités ukrainiennes ont relégué aux archives l’enquête sur la tragédie, adoptant des versions ridicules d’un « accident » ou d’une « négligence » de la part des victimes elles-mêmes. Ils n’ont vu ni les « Chemises noires » lancer des cocktails Molotov sur le bâtiment des syndicats, ni les francs-tireurs faire feu au hasard, ni les hommes masqués passer à tabac ceux qui tentaient de se sauver. Et la « communauté internationale » n’a pas pris la peine de demander des explications aux autorités ukrainiennes au sujet de ce massacre.

Presque quatre mois ont passé depuis la tragédie. L’Est de l’Ukraine a été abandonné à la guerre civile, tandis que dans les provinces de l’Ouest le régime ukrainien s’est affermi dans un climat d’hystérie nationaliste et d’actions terroristes commises par des organisations d’extrême-droite. La campagne « anti-terroriste », comme on l’appelle, du gouvernement de Kiev a des victimes civiles, mais aussi des milliers de citoyens qui contestent pacifiquement le nationalisme ukrainien extrémiste, sans s’identifier avec les séparatistes pro-russes armés ou avec la stratégie russe. Le comble de l’effort du régime pour étouffer toute voix de l’opposition est la tentative d’interdire légalement le Parti communiste Ukrainien. On peut avoir beaucoup d’objections à la politique de ce parti, mais son interdiction, à l’heure où les néo-nazis deviennent un État dans l’État, est une dérive fasciste. « C’est cette Ukraine que les dirigeants de l’UE veulent dans la famille européenne? » se demandent les amis ukrainiens qui envoient leurs messages anxieux. Et ils ajoutent une autre question: « Qu’est-ce qui va se passer dans l’Europe entière si les tirs échangés entre l’artillerie ukrainienne et les séparatistes frappent l’un des quatre centrales nucléaires situées à proximité des fronts de guerre?

Qu’est-ce que cela signifie pour nous? La crise en Ukraine, au début, a été considérée en Grèce comme un « spectacle » géopolitique qui, pensions-nous, ne nous concernait pas. Puis c’est devenu une crise internationale, un conflit Russie-Ouest qui « sent la poudre », en particulier après que l’avion malaisien ait été abattu. Mais encore une fois, en tant que petit pays, aussi en crise, nous avons pensé qu’il était impossible de l’influencer. Nous nous somme facilement identifiés, alors, aux choix des autres, des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la France. Maintenant, la crise affecte notre porte-monnaie, et nous découvrons que nous avons choisi notre camp de façon plutôt hâtive, sans prendre en compte les effets secondaires. Nous courons à la chasse aux indemnisations, dont il est impossible qu’elles couvrent les pertes réelles.

 

Sans principes ni valeurs

 

C’est, cependant, ce que l’on subit quand on ne suit pas une politique de principes et de valeurs. Valeurs humanistes, pacifiques, démocratiques, véritablement européennes.

Les amis d’Odessa me bombardent de messages. Ils demandent simplement que leur voix soit entendue sur ce qui se passe réellement en Ukraine. Et ils nous rappellent le brillant passé d’une Odessa prospère, où coexistaient Ukrainiens, Russes, Biélorusses, Juifs, Grecs, Tatares, Moldaves, Bulgares, Arméniens, Allemands, des personnes de langues, identités, convictions religieuses différentes. Cette histoire de coexistence, si utile et précieuse pour la vision de l’Europe unie, est en danger d’être étouffée par une campagne nationaliste avec soutien néo-nazi et, malheureusement, subvention européenne. Écoutons les amis d’Odessa. Faisons en sorte que leur voix soit entendue partout, aidons-les afin que ce cauchemar prenne fin.

 

* Députée européenne de SYRIZA

 

Traduction Frédérique Bouvier