Quand l’hypocrisie prend la parole ,par Manolis Glézos

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Lors de la dernière session plénière du Parlement européen à Strasbourg, au cours d’une séance de six heures, ont été abordés les questions suivantes: (a) La réaction de l’UE à la recrudescence de l’épidémie d’Ebola, (b) La situation en Irak et de la Syrie et l’attaque menée par l’organisation Isis, y compris aussi la persécution des minorités, (c) La situation en Libye et (d) en Israël-Palestine après le conflit de Gaza et le rôle de l’UE.


Dépourvu de pouvoirs substantiels, le Parlement des représentants des peuples d’Europe se limite à des discussions où, sous prétexte de défense du pluralisme, on entend des choses exaspérantes. Par exemple, dans le débat sur les questions b et c (Irak-Syrie et Libye), les représentants autant des partis conservateurs que des partis socio-démocrates d’Europe, qui ont pris successivement la parole, ont soutenu fermement, bien qu’avec des arguments faibles, l’engagement de l’Europe, allant même jusqu’à dire que … une nouvelle intervention est nécessaire pour contrôler la situation.

Et dans les deux cas, je me suis senti obligé d’intervenir. Concrètement, par rapport à l’Irak et à la Syrie, j’ai déclaré: « Vous décrivez la situation véritablement effroyable dans ces régions, mais vous prouvez votre ignorance du motif qui a causé cette situation. Vous oubliez que ce motif c’est l’intervention armée des Etats-Unis et de l’OTAN, mais aussi, malheureusement, de l’Union européenne elle-même. Et ces interventions empêchent précisément les peuples opprimés de devenir libres et étranglent les droits de l’homme et aussi les minorités ».


Intervenant sur la question de la Libye, après avoir posé la question «Pourquoi appliquons nous la politique de l’autruche? », j’ai ajouté: « Il est évident que la cible des interventions extérieures dans le pays n’était pas le régime antidémocratique et odieux, mais le pétrole libyen. Et si quelqu’un en doute, il lui suffit de réfléchir à qui profite aujourd’hui ce pétrole ».

Prêcher dans le désert …

Personne au cœur de l’Europe ne semble se souvenir des manifestations de joie après la capture de Saddam Hussein en décembre 2003 ni des images horribles de sa pendaison retransmises par les télévisions, trois ans plus tard presque jour pour jour. On a fait d’un sinistre dictateur l’enfant chéri de l’Occident pour affronter le régime obscurantiste établi en Iran par l’ayatollah Khomeiny à la fin des années 70, pour en faire dix ans plus tard un « chiffon rouge », alors qu’il croyait que l’Occident fermerait toujours les yeux sur les crimes qu’il commettait, en particulier contre les minorités vivant sur le territoire irakien.

Aujourd’hui, cependant, alors que la guerre civile fait rage dans le pays, avec l’organisation Etat islamique et les groupes armés liés à elle pour commettre une série de crimes, avec les chiites qui appellent à la mobilisation générale et les Kurdes qui combattent pour exister en tant qu’État, personne ne semble se souvenir de qui a armé les djihadistes, qui les a encouragés et, jusqu’à récemment, qui les a financés.


Aujourd’hui les Occidentaux, avec en tête le président américain, déclarent que … la solution appartient aux Irakiens eux-mêmes et que les Américains vont se limiter, soi-disant, à des frappes aériennes, comme d’ailleurs les Français. Pour ce qui est du Conseil de sécurité, celui-ci « condamne avec force les attaques lancées par les organisations terroristes, y compris celle qui agit sous le nom de « État islamique » et souligne que cette attaque de grande envergure représente une menace considérable pour la région. Au même moment, des dizaines de milliers de Kurdes de Syrie passent la frontière turque pour échapper aux atrocités.


Les fameuses armes de destruction massive que Saddam, prétendait-on, développait, n’ont jamais été trouvées, mais la « guerre contre le terrorisme », déclarée par Bush en 2002, avec pour prétexte l’attaque du 11 Septembre, dure malgré tout depuis douze ans, sans rendre plus sages non pas les Américains, qui d’ailleurs l’ont lancée, mais les Européens qui se traînent sans volonté à leurs pieds.

De plus le cas de la Libye et de Mouammar Kadhafi est similaire. Les images horribles de son humiliation publique et de sa torture, lorsqu’il est tombé aux mains des « opposants au régime », et grâce une fois de plus à l’aide des frappes aériennes de l’OTAN et des Etats-Unis lancées depuis les bases de l’OTAN en Grèce, et, pour finir, de son cadavre couvert de sang, ces images n’ont pas aidé le peuple libyen à devenir libre, comme il avait été promis. Le pays, de fait sans gouvernement, s’enfonce lui aussi dans la guerre civile, avec les milices islamistes qui ne cessent de renforcer leurs positions.

Mais qui est responsable de cette situation chaotique, si ce n’est ceux qui l’ont créée? Et

qui, finalement, en tire avantage? Mais le chaos va continuer et s’étendre, aussi longtemps que certains centres étrangers décideront de l’avenir des peuples et non les citoyens eux-mêmes. Et ce jour tardera à venir, aussi longtemps que les Européens ne,formuleront pas leur propre politique, mais continueront à se laisser entraîner par l’OTAN et les intérêts germano-américains.

Traduction Frédérique Bouvier