Le parti Grec SYRIZA et le défi du chômage, par Maria Karamesini*

 maria
Traduction : Athina Vlahaki

Cet article résume la logique et les directives du «Plan d’Action de SYRIZA afin de lutter contre le chômage» qui a été récemment publié pour une consultation sociale.

Le triple défi – le pari politique – la triple réponse

Chaque réponse sérieuse à la question de ce qui doit et peut faire un gouvernement de gauche pour le chômage, devrait d’avance préciser le genre de défi que le gouvernement confrontrait s’il obtenait un mandat populaire. Le défi dans ce cas est triple et se compose de:

a) l’ampleur sans précédent du chômage,

b) la soudaine mutation qualitative de circulaire à structurelle, à cause de l’augmentation du chômage de longue durée,

c) les causes qui ne sont pas une récession temporaire mais l’affaiblissement du tissu productif du pays.

Le chômage en Grèce d’aujourd’hui a dépassé le niveau de celui qui existait aux États-Unis durant la Grande Dépression en 1930. Le pourcentage des chômeurs de longue durée est particulièrement élevé à 72% de personnes, dont 42% d’entre eux sont au chômage depuis plus de deux ans. Le nombre de ceux qui ne reprendront pas d’emploi est en expansion constante.

Le pari politique pour SYRIZA est de réaliser en peu de temps une décélération notable du chômage – celui de longue durée en particulier – accélérant ainsi l’emploi, et simultanément en améliorant les droits et les revenus des salariés, au milieu d’une crise qui est la plus structurelle et profonde dans l’histoire contemporaine du capitalisme grec.

Face au triple défi du chômage, la réponse est triple: une forte impulsion à la demande intérieure (le choc de demande), une création immédiate d’emplois (le choc d’emploi), et des investissements à grande échelle (choc d’investissement). La réponse nécessite la synergie de la politique économique et sociale avec la politique de l’emploi.

Impulsion de la demande et des mesures pour les petites et moyennes entreprises, l’économie sociale et les jeunes agriculteurs

Le début de la réponse de SYRIZA face au défi du chômage est l’arrêt de l’austérité et l’arrêt des licenciements dans le secteur public et privé, en annulant le mémorandum et en restaurant la législation protectrice de licenciement. Ensuite il y a la relance de la reprise économique avec:

  1. des mesures visant à redistribuer les revenus en faveur des classes et couches populaires (rétablir le SMIG et l’allocation de chômage, supprimer les taxes injustes et établir une fiscalité socialement juste, régler l’endettement immobilier des ménages, etc.), qui renforcent la consommation populaire et la demande de l’économie,
  2. des mesures visant à rétablir la possibilité des prêts pour les entreprises privées,
  3. des mesures spéciales afin de soutenir les Petites et Moyennes Entreprises qui sont la principale source de croissance de l’emploi dans tous les types d’économie.

La combinaison de croissance de la consommation populaire et la mise en œuvre de l’ensemble des mesures au soutien des PME, qui s’élève actuellement à 610. 000, devrait conduire à 200-300 mille nouveaux postes de travail. Parallèlement, la prise en charge complète de l’économie sociale et solidaire -avec des mesures institutionnelles et économiques –aussi bien que la réforme de la politique concernant les jeunes agriculteurs, créeront des emplois supplémentaires dans l’économie.

Impulsion de l’emploi par la création directe de nouveaux postes de travail

La reprise économique à elle seule ne pourrait réduire rapidement un chômage – pour la première fois si élevé – et très peu le chômage de longue durée. Ainsi, comme de coutume, les employeurs évitent d’embaucher les chômeurs de longue durée quand il y a un grand nombre de demandeurs d’emploi. Il y aura donc besoin d’un « choc d’emploi » dans les premières années de gouvernance, qui sera fondé sur deux pylônes. Le premier correspond à un nombre raisonnable de recrutement de personnel permanent dans le secteur public pour soutenir les domaines prioritaires de l’Etat (social), en conformité avec le plan de réforme administrative de l’Etat de SYRIZA et en fonction de la capacité financière du gouvernement. Le deuxième pylône comprend des programmes à grande échelle concernant l’emploi subventionné pour les chômeurs de longue durée, les chômeurs dont les foyers comportent des enfants mineurs et aucun salarié ainsi que les chômeurs avec une grande difficulté de recrutement au secteur privé, qui seront planifiés et mis en œuvre par les régions et les municipalités, en collaboration avec l’ Organisation Nationale pour l’Emploi (OAED).

En plus, dans les premières années de la gouvernance, le recrutement dans le secteur public et en particulier les programmes de l’emploi à grande échelle, réduiront d’une manière secondaire le chômage, en augmentant les revenus des ménages sans emploi, la demande dans l’économie et par conséquent la croissance et l’emploi.

Priorité: la lutte contre le chômage de longue durée – le rôle crucial des autorités locales  

Le premier pari des programmes d’emploi serait de fournir aux chômeurs un contrat de travail suffisamment long avec le droit d’une assurance à la sécurité sociale à temps plein et, après l’expiration du contrat, un accès aux prestations de chômage et aux perspectives d’insertion professionnelle dans le secteur privé, public ou social de l’économie. Le deuxième défi serait de combiner le besoin urgent des chômeurs d’un emploi immédiat avec les besoins de la reproduction sociale et la restructuration de la production au niveau local et régional, dans les secteurs et les activités qui n’entraînent pas à la substitution des travailleurs du secteur public et privé.

Ainsi tous les programmes d’emploi doivent être en pleine correspondance avec la planification des municipalités afin de mettre en œuvre les projets et fournir des services à leurs citoyens et avec la planification régionale des investissements publics. Une planification qui va se produire à travers des institutions de participation sociale et des processus démocratiques de mise en avant et d’hiérarchisation des besoins sociaux au niveau municipal, des institutions de la consultation sociale au niveau régional. Une planification qui présuppose l’amélioration de l’efficacité administrative des régions et des municipalités, à travers un encadrement suffisant avec un personnel qualifié.

Deuxième outil pour la lutte contre le chômage de longue durée sont les clauses de recrutement des chômeurs de longue durée avec des conventions du service public prévues avec les secteurs privés et sociaux, pour tous les projets d’intérêt national, régional et local. Lorsque les projets sont proclamés par les régions, le rôle des autorités régionales est essentiel.

Autres outils pour lutter contre le chômage de longue durée sont des motivations du recrutement des chômeurs par le secteur privé et de l’économie sociale et solidaire et la formation initiale et continue des personnes dont les compétences et les savoirs sont obsolètes qui seraient nécessaires dans les métiers et sur le marché du travail. Le pylône central du Plan d’Action est la réforme radicale du système de la formation initiale et continue, avec la certification de la compétence professionnelle des diplômés, le renforcement de l’orientation sectorielle et le financement conformément à la production du Plan de la Reconstruction Productive de SYRIZA.

L’intégration au travail et la protection sociale des chômeurs – le rôle clé de l’Organisation Nationale pour l’Emploi (OAED).

Si notre ultime objectif est la stabilization de l’emploi et la (ré) intégration professionnelle des chômeurs, ces programmes subventionnés d’emploi et de la formation sont les liens possibles dans le parcours individuel des chômeurs, au cours duquel le Plan d’Action prévoit le renforcement du soutien financier de l’Etat sous d’autres formes: indemnités de chômage, prestations sociales et support consultatif par les consultants de l’Organisation pour l’Emploi (OAED).

La réforme et la revalorisation de l’Agence Nationale pour l’Emploi sont des conditions nécessaires afin d’augmenter l’échelle et la portée des politiques pour lutter contre le chômage. Il s’agit d’une amélioration au niveau de l’adéquation décisionnelle de l’Organisation en ce qui concerne la planification et l’évaluation des politiques pour l’emploi, l’extension du réseau des Centres pour la promotion du travail et des services locaux, l’utilisation à bon escient des personnes déjà en place et le recrutement d’un nombre des consultants de travail avec les qualifications requises.

Donner une impulsion à l’investissement et la transformation de l’économie – lutter efficacement contre le chômage

Enfin, l’absorption efficace du chômage dépend de la rapidité avec laquelle l’économie passera sur une trajectoire croissante et viable en accord avec l’amélioration du niveau de vie de la classe populaire et des ses droits sociaux et salariaux. En résumé, le changement de la politique macro-économique et les mesures favorables pour la classe populaire, les PME, l’économie sociale et solidaire et la création directe des postes de travail, immédiatement après la formation d’un gouvernement progressiste/de gauche, pourraient en effet contribuer à réduire sensiblement le chômage.

Or, une réduction sur le long terme du chômage au même niveau qu’avant la crise ou inférieur, exige des changements radicaux dans le modèle productif, de consommation et du développement, afin que la production nationale puisse survivre et se développer dans un environnement international fortement compétitif. Cela dépendra de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre un programme d’investissements publics de grande échelle, avec une priorité sur le type d’investissements qui auront un grand effet sur l’emploi (forte main d’œuvre, de petits projets, aide aux PME, etc) et de son pouvoir de mobiliser un grand nombre d’investissements privés et qualitatifs selon le plan de la reconstruction productive de SYRIZA.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 *Maria Karamesini est à la tête du groupe de travail de la commission du programme de SYRIZA concernant ses positions concernant le chômage, professeur d’économie de l’économie du travail et de la politique sociale à l’Université Panteion d’Athènes                                                                                                                                                                                                      76ab08e65e175c7972cce966c255409d_XLhttp://www.avgi.gr/article/3982583/o-suriza-kai-i-proklisi-tis-anergias

http://left.gr/news/shedio-drasis-toy-syriza-gia-tin-katapolemisi-tis-anergias