Discours de Stathis Trahanatzis*, syndicaliste grec (META) au congrès de l’UD CGT du Val de Marne

photoChers collègues

Je voudrais tout d’abord vous saluer au nom des travailleurs grecs. Au nom des travailleurs d’un pays que le gouvernement et la Troïka (UE, BCE et FMI) ont transformé en cobayes et sur lesquels ils testent de nouvelles recettes néolibérales en plus d’appliquer leurs anciennes méthodes.

En Grèce, par le biais des politiques néolibérales appliquées ces 5 dernières années, s’est opérée la redistribution des richesses et des revenus la plus importante jamais enregistrée dans aucun autre pays. Leurs mesures ont été prises au nom de la croissance. Mais nous n’avons pas vu la croissance. Nous avons vu en revanche le chômage atteindre des niveaux avoisinant les 30%. Quant au chômage des jeunes, celui-ci a dépassé le 50%.

Nous avons subi des mesures politiques qui ont drastiquement réduit les salaires et le pouvoir d’achat des salariés, et également le droit du travail. Leurs politiques ont aussi réduit amplement l’accès de millions de grecs aux biens sociaux, à la santé, à l’éducation et à toute une série de services sociaux.

La «success story» de la coalition gouvernementale du parti de la Nouvelle Démocratie et du PASOK a baissé le salaire moyen à 750 / 800 € (brut) alors que celui ci en 2009 était de 1267,51.

La politique gouvernementale de ces 4 dernières années a été un réel cauchemar pour les revenus des travailleurs. Avec une chute des salaires de 18% dans le secteur privé pour la période de 2010-2013, les revenus moyens des salariés tendent à devenir plus bas que les allocations retraites. Ce fait n’est naturellement pas sans conséquences pour l’Institut d’assurances sociales grec (IKA) et pour les autres caisses d’assurance qui subissent les conséquences désastreuses non seulement du chômage mais aussi de la décote des obligations qu’elles détenaient. Et si on compare les salaires depuis 2009 leur diminution est supérieure à 23%.

Quant aux salaires des jeunes de moins de 25 ans, ceux-ci ont subi une diminution supérieure à 32%.

Le pouvoir d’achat des salariés est descendu au niveau qui était le sien en 1980, selon le rapport annuel de l’Institut du Travail de GSEE-ADEDY (Confédération générale des travailleurs grecs-Confédération des syndicats des fonctionnaires publics). 39,3% des travailleurs du secteur privé – soit 629.895 salariés – ont des salaires inférieurs à 750€. En 2012, ce niveau de salaire ne concernait que 31,1% d’entre eux (440.423 salariés), et en 2011: 20,5% (306.861 salariés).

Précisons que les montants dont on parle sont des revenus bruts. Après déduction des retenues des différentes taxes et contributions, quatre salariés sur dix avaient comme revenu net à la fin de l’année 2013 moins de 630 €.

Il faut souligner que ces chiffres ne concernent pas le secteur de la construction, qui est caractérisé par des salaires mensuels encore plus bas et dont naturellement l’évolution a subi des effets analogues.

Il faut également souligner qu’avec l’ «arsenal» des pouvoirs fournis aux entreprises par toute une série de lois votées ces dernières années – sur les relations de travail et qui aboutissent essentiellement à la suppression des conventions collectives – les employeurs disposent de tous les outils tant institutionnels que juridiques pour procéder à de nouvelles réductions des indemnités journalières ou mensuelles du travail. Et rappelons que tous ces nouveaux moyens sont systématiquement utilisés par les entreprises qui prennent la crise pour alibi même si elles n’ont aucun problème financier réel.

Plus de 40 grèves générales qui ont eu lieu en Grèce ces 5 dernières années n’ont pas pu arrêter cette évolution catastrophique dont porte la responsabilité une grande partie des dirigeants du mouvement syndicaliste en Grèce.

Chers collègues

Nous avons pris connaissance des intentions du gouvernement de votre pays qui souhaite des travailleurs sans droits, «dégagés» de leurs acquis sociaux, qui souhaite une «thérapie- choc» pour l’économie et la société. Et ces souhaits ont été exprimés par votre gouvernement un jour de septembre après la rencontre de M. Valls avec ses «homologues» allemands à qui il a confirmé son «amour» pour les entreprises et l’esprit de l’entreprise.

Chers amis ne consentez pas à l’exhortation du Medef qui soutient que la diminution du chômage et le retour à la croissance supposent la suppression de la semaine de 35 heures, l’augmentation de l’âge légal de départ à la retraite et la réduction du salaire minimum.

Nous vous disons que nous sommes surs que les positions du Medef qui a invité indirectement le gouvernement de F. Hollande à adopter ses «propositions» ne vont pas aider la deuxième puissance économique de l’Europe à créer un million de postes dans le prochain quinquennat.

En revanche, nous attestons par notre propre expérience que non seulement le chômage mais encore la précarité des travailleurs vont sûrement augmenter.

De même, la flexibilité du travail n’aidera pas à la réduction du chômage mais elle contribuera à la détérioration de la qualité de vie des travailleurs français et à la réduction de leurs revenus.

La suppression des 35 heures, les détours des employeurs concernant le salaire minimum de 1145€, la suppression de deux des 11 jours fériés, la révision du système des indemnisations de chômage ne fortifieront pas l’économie nationale française. Ces mesures ne feront que fortifier les gains des entreprises, au détriment des travailleurs français qui en ressortiront plus pauvres.

On vous vante aussi l’exploitation du gaz de schiste comme une chance pour l’économie française mais pensez chers collègues aux problèmes environnementaux.

Chers collègues

Nous devons modifier l’agenda politique dans tous les pays européens. Nous devons ramener au centre de la politique européenne le travail, la solidarité, la démocratie.

Nos batailles doivent dépasser les frontières nationales. Nous devons construire un mouvement européen des travailleurs puissant afin de changer la politique européenne. Nous devons revendiquer le changement du rôle de Banque Centrale Européenne qui ne doit pas se limiter à dominer la déflation mais aussi à soutenir l’économie et l’emploi. Nous devons revendiquer la relance des investissements dans tous les pays. Nous devons donc livrer un combat uni à l’échelle européenne.

En vous livrant ces réflexions, je voudrais souhaiter une bonne réussite à votre congrès et surtout à vos combats, aux luttes engagées actuellement dans plusieurs pays de l’Union Européenne. Nous livrons tous le même combat porteur d’une victoire pour tous les travailleurs.

Villejuif 15 Oct 2014

 

*Stathis Trahanatzis

Secrétaire Général de EKA (Organisation régionale des syndicats d’Athènes)

Responsable des Relations Internationales de ΜΕΤΑ (Regroupement de la Gauche Syndicale)

Traduction: Vassiliki Papadaki