Voici pourquoi les autres pays accepteraient la réduction de la dette grecque

 

Par Euclide Tsakalotos,

Professeur d’économie à l’université d’Athènes et député de SYRIZA

Le gouvernement grec prétend qu’il mène des négociations sérieuses concernant la dette du pays. Cependant, en suivant au fil du temps les déclarations de nos gouvernants on éprouve souvent un sentiment de perplexité, car ils nous parlent tantôt d’une dette déjà viable, tantôt d’une dette qui pourrait devenir viable avec un subtile mélange d’ allongement de la durée et de réduction des taux de son remboursement. En revanche, ils ne parlent jamais du besoin de l’effacement d’une partie de la dette. Probablement parce qu’ils estiment qu’ils n’arriveront jamais à aboutir à une telle solution. Et pour justifier leur renoncement ils ont recours à la même argumentation que les créanciers et feignant les esprits réalistes – comment serait il possible de faire accepter par les parlements des pays plus pauvres que nous, une décote de la dette grecque? – questionnent ils avec une fausse sincérité.

Cet argument avancé sous forme d’interrogation se base sur deux erreurs d’ appréciation, – aussi bien dans la recherche des causes de la dette que dans les solutions proposées pour y remédier – facilement démontrables.

Pour cela, commençons par répondre à une question essentielle: A qui ont profité les paquets de sauvetage attribués à la Grèce?

Et s’il y a des gens pour croire qu’il s’agissait d’une nécessité pour notre pays, se trouvera-t-il un analyste capable de soutenir que seule la Grèce en a tiré profit?

Qui soutiendrait que ces paquets de sauvetage n’ont pas permis aux banques du Nord à réduire leurs pertes – pourtant envisageables quand ils accordaient en Grèce, à la belle époque d’avant la crise des prêts si généreux, et surtout si fructueux?

Qui soutiendrait que n’en ont pas profité également les contribuables des pays riches qui ne se sont pas vu dans l’obligation de sauver leurs propres banques, sauvetage qui aurait été nécessaire dans le cas d’une faille de la Grèce. Je ne pense pas qu’il s’en trouve.

Par ailleurs, nous savons par des fuites ( Wall Street Journal) que lors des discussions du FMI concernant le premier paquet de sauvetage, plusieurs représentants ont exprimé l’avis que le paquet serait d’une utilité plus grande pour les banques du nord et bien moindre pour la Grèce.

La dette grecque, comme l’a affirmé SYRIZA dès la première heure, est le reflet d’un problème international qui requiert une solution internationale. Le coût de la réduction de la dette doit être partagé puisque la solution présentement choisie n’a aidé que les pays les plus riches. Que le gouvernement ne reconnaisse pas cette vérité montre assez avec quelle facilité il s’aligne sur les intérêts de nos créanciers.

Et passons maintenant à l’argument selon lequel la réduction de la dette créerait «un aléa moral » – si un pays n’assume pas la responsabilité du coût de son surendettement il n’ y aurait rien pour dissuader la répétition de la même faute dans l’avenir.

Cet argument, auquel accorde sa prédilection M. Schäuble, est lui aussi fragmentaire et incomplet.

Car le surendettement se crée non seulement quand quelqu’un emprunte plus ce qu’il lui faut, mais aussi quand quelqu’un lui prête plus ce qu’il lui faut. Et pour ne pas être agité par cet «aléa moral» on peut le maîtriser par une réglementation plus performante concernant les activités des banques.

Une politique fondée sur une surveillance accrue des activités bancaires, et qui s’attaque à l’ensemble des problèmes de la dette serait donc bien plus efficace que celle que nous voyons pratiquée depuis quelques années.

Une autre question hypocritement formulée porte sur la convenance d’impliquer à la décote de la dette grecque des pays plus pauvres et déjà assez tourmentés par leurs propres problèmes.

Précisons tout d’abord que la plus grande partie de la dette n’est pas détenue par des pays plus pauvres que nous. Ainsi, dans le cadre du premier mémorandum, par le biais des prêts bilatéraux d’une valeur de 53 milliards d’euros, nous avons reçus par les pays plus pauvres, ou à proximité de notre niveau de vie, 6,5 milliards. (Slovénie 250 millions, Chypre 110 millions, Malte 51 millions).

Globalement, le 70% de la dette officielle provient de l’Allemagne, de la France et de l’Italie. En outre, le coût de toute décote – quelle que soit la méthode technique appliquée – est étalé sur plusieurs années.

Cependant, cet élément n’est pas le plus essentiel. Intéressons nous plutôt à l’avantage procuré pour les pays les plus pauvres par l’adoption d’une solution globale. Et à cet égard l’histoire est en effet instructive.

Ainsi, peut-on prétendre que l’effacement d’une partie la dette allemande en 1953, ou celle – plus récente – du Sud dans le cadre du plan Brady, a causé un préjudice dans les intérêts des contribuables des USA?

Et, en prenant un contre-exemple, peut on soutenir que dans les années 20, les contribuables des USA, de la France et de la Grande Bretagne ont véritablement tiré profit par le non effacement des dettes et les demandes de réparation à l’Allemagne vaincue?

La réponse aux deux questions est naturellement négative. Ce n’est pas dans l’intérêt du créancier de mettre à genoux le débiteur. Quand on oblige un pays de s’adapter seul à une crise de dette par le biais des mesures d’austérité on l’enferme dans un piège asphyxiant et les suites de son mal se transmettent facilement aux pays voisins et fragiles – comme on le constate actuellement à l’euro-zone.

Les pays les plus pauvres ont donc plus à gagner qu’à perdre d’une zone euro qui réduit une dette insoutenable, qui procède à sa mutualisation et prévoit des transferts fiscaux entre ses membres.

Ces formes de solidarité sont nécessaires car les économies nationales n’évoluent pas de façon identique. Au même moment, certaines sont en période de croissance, d’autres en récession. D’autre part, le développement capitaliste entraîne toujours des disparités géographiques et les pays les plus pauvres ont besoin du secours des autres, non seulement pour éviter la stagnation mais aussi pour pouvoir acheter les exportations des plus riches.

Et en tout état de cause, soyez sûrs, que si le gouvernement grec évoque les intérêts des pays les plus pauvres de l’UE pour ne pas négocier une réduction de la dette de notre pays, ce n’est pas par compassion!

Source: efsyn.gr

Traduction: Vassiliki Papadaki