Splendeurs et misères de la presse pro-gouvernementale grecque

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par Dimitris TRIMIS

Les médias pro-gouvernementaux grecs entament la deuxième phase de leur mission de soutien aux «programmes de sauvetage». Forts du savoir technique qu’ils ont acquis en gérant la première phase de la communication gouvernementale – ciblée sur les défauts de la société grecque qui rendaient nécessaires les «réformes» imposées – ils préparent actuellement le terrain pour une nouvelle campagne, dirigée cette fois contre les «privilèges des syndicalistes».

Car le gouvernement grec sous les ordres de la troïka doit s’attaquer maintenant aux assurances, au droit de grève et au droit syndical. Et pendant que M. Samaras et M. Venizelos annoncent la fin des mémorandums et ils battent leurs ailes sur les marchés en inventant des nouveaux «excédents primaires», il faut aussi finir le sale boulot.

Il faut que la cobaye, le peuple grec, soit dépossédé de tous ses droits. Ainsi, mis à genoux, il travaillera dur et sans se plaindre, au moindre coût possible bien sûr, afin d’ augmenter la productivité d’une économie délabrée.

Ainsi donc, et pendant qu’on se dirige vers une quasi privatisation de la sécurité sociale et l’institutionnalisation d’une nouvelle série d’obstacles au droit de grève dans le dessein de faire disparaître bientôt les syndicats et avec eux tout mouvement de grève, les médias pro-gouvernementaux grecs ont pris sur eux la préparation du terrain, en s’attaquant aux «privilèges des syndicalistes».

«Fin des privilèges pour les syndicalistes. Après 32 ans, la loi syndicale 1264 change enfin» était le titre du journal «Ethnos», le 26/10/14. Le message de ce journal pro-mémorandaire, diffusé à profusion avec l’aide d’autres médias numériques bien serviables, était clair, musclé et aussi subtilement élaboré. En lisant le texte dans son intégralité, on s’aperçoit qu’entre la réduction qui va jusqu’à la suppression des jours de congé des représentants syndicalistes et la nouvelle possibilité accordée à l’employeur de déplacer selon sa propre volonté ses employés élus, d’autres nouvelles apparaissent, plus discrètement annoncées : Un préavis devra être déposé désormais, au moins 48 heures avant l’utilisation du droit de grève. Le nombre des délégués syndicaux qui pourront bénéficier du régime de la protection syndicale sera réduit à sept par comité et avec l’accord préalable de l’employeur. Toute infraction commise par un syndicaliste (par exemple arrestation dans le cadre d’une protestation de travail) pourra entraîner son licenciement.

Et pour mieux éclaircir les intentions justes et démocratiques des concepteurs des nouvelles mesures nous pouvons citer également la suppression du droit des syndicats de mener des réunions et des séances d’information dans les lieux de travail, dictée également, selon le journal Ethnos, par l’unique souci de l’accomplissement du bien commun …

La conception orwellienne du journalisme de la presse de M. Bobolas [ propriétaire du plus grand groupe des travaux publics et de l’un des quatre groupes de presse les plus puissants du pays] se résume à l’éditorial du journal, dont l’auteur saisi par la fièvre de sa création journalistique atteint des sommets poétiques: «L’amendement de cette loi s’impose non seulement par la longévité de sa vigueur, mais aussi par le fait que pendant cette période a été constaté l’exercice abusif des droits et l’exploitation impitoyable des privilèges […]. Par ailleurs, c’est essentiellement pour cette raison que le statut du syndicaliste a perdu la valeur qu’il avait à d’autres périodes … « 

En d’autres termes, Monsieur Bobolas salue tout d’abord l’initiative mémorandaire des M. Samaras, Venizelos et Vroutsis qui éprouvent la même détresse que lui en constatant l’honneur perdu des syndicalistes, et d’autre part, il annonce que l’abolition par la loi du «privilège» de la grève constitue une condition préalable afin « d’éviter de revivre des situations qui nous ont coûté et continuent de nous coûter cher … ». Comme s’il disait, nous avons assez joué la lutte de classe, maintenant vous devez assumer seuls le coût de la croissance…

Sources: efsyn.gr, left.gr (http://left.gr/news/katargoyntai-ennoies-kai-dikaiomata#sthash)

Traduction: Vassiliki Papadaki