Intervention d’ Alexis Tsipras lors de la session du Comité exécutif du PGE à Athènes

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Chers camarades,

Chers amis,

Je suis heureux que nous nous retrouvions à Athènes.

Après une campagne difficile, mais passionnante et réussie, pour les élections européennes.

Et je veux vous remercier chaleureusement pour votre soutien dans la campagne pour la candidature de la Gauche européenne à la Présidence de la Commission européenne.

Vous remercier en tant que président de SYRIZA, mais aussi à titre personnel, pour votre contribution à cet effort commun et aussi pour la confiance dont vous m’avez honoré.

Toutes et tous ensemble nous avons mené une bataille politique rude, mais nous avons laissé derrière nous la marque politique indélébile de la Gauche en Europe.

Nous avons formulé avec clarté la revendication commune à de plus en plus de citoyens aux quatre coins de l’Europe, la nécessité d’une re-formation – et je dirais aussi d’une réunification – de l’Europe, sur une base démocratique, sociale et écologique.

Nous avons envoyé partout,

au nord et au sud

à l’est et à l’ouest

le message clair:

que l’Europe pour exister devra changer,

que l’Europe sera démocratique ou ne sera pas,

et que l’austérité est la plaie ouverte de l’Europe.

et que nous, nous sommes là ici pour refermer cette plaie.

et pas pour la raviver sans cesse, comme le fait l’establishment néo-libéral de l’Europe,

qui a enfermé un continent entier dans le piège de la récession, de la désinflation et du surendettement.

Pour eux la crise, mais la crise non seulement est présente dans notre quotidien, mais elle produit aussi continuellement des métastases.

Et ce qui est prouvé tous les jours c’est que la crise c’est l’austérité elle-même.

La crise c’est la politique de la droite européenne elle-même et de la sociale démocratie européenne modifiée.

Nous les avons avertis à temps.

Il ne nous ont pas écoutés.

Et nous offrent maintenant le verre amer de la justification.

Je vous rappelle que:

-Lorsque nous, les premiers, il y a deux ans, avons proposé des solutions européennes à la crise, on nous a répondu que nous étions en dehors de la réalité parce que la zone euro n’avait pas la possibilité institutionnelle d’avoir des mécanismes de gestion de la crise.

-Elle les a acquis en contournant les institutions. Mais malheureusement elle a liés ces mécanismes aux protocoles de dévaluation interne de ses États-membres.
C’était un choix politique. Un choix politique qui plonge l’Europe dans la récession et recycle la crise.

Voilà pourquoi cela peut et cela doit changer, comme résultat des mutations des rapports de forces politiques.

Lorsque nous, les premiers, avons proposé l’achat direct d’obligations d’État par la Banque centrale européenne et une politique financière publique expansionniste, nos adversaires politiques nous ont accusés de faire soi-disant des propositions anti-européennes et irréalisables.

Aujourd’hui, ces propositions sont à l’épicentre de l’intérêt même de la BCE.

Avec la seule différence que ce qui importe n’est pas seulement que faire mais quand le faire.

Ainsi les mutations de l’orthodoxie monétariste, entreprises par la BCE, sont peut-être très peu nombreuses et très tardives pour faire face à l’ampleur du problème.

Notre proposition pour mettre un terme immédiat à l’austérité et pour des actions coordonnées afin de renforcer la demande.

Nos propositions pour la mise en réciprocité de la dette et un courageux paquet d’investissement pour des investissements de développement, en insistant sur la périphérie de l’Europe, est la seule proposition réaliste pour une sortie viable de la crise et la recomposition démocratique de l’Europe.

Chers camarades,

Chers amis,

L’impasse de l’austérité est principalement visible en Grèce.

Et elle est perceptible dans toute l’Europe.

L’austérité, en plus d’être inefficace et sans issue dans la manière d’affronter la crise, s’avère maintenant dangereuse.

Parce qu’elle change la nature de la crise, une fois encore:

Au début, de financière en budgétaire, puis de budgétaire en crise de l’économie réelle, et maintenant en début de crise de la désinflation.
La désinflation est encore un effet secondaire prévisible de l’austérité, qui va aggraver les effets néfastes de toutes les phases précédentes de la crise et va jeter à nouveau l’Europe dans la récession.

Comme conséquence négative de sa persistance dogmatique dans l’austérité néolibérale, l’establishment politique européen est contraint aujourd’hui à des réajustements de survie, limites mais manifestes.

Ils sont contraints eux-mêmes de provoquer des fissures dans la muraille qu’ils ont érigée, en s’efforçant d’éviter le pire.

Voilà pourquoi nous, nous insistons pour que maintenant vienne l’heure de changements politiques clairs en Europe.
Parce que l’Europe prend un virage à droite serré et dangereux.

Un virage qui menace de la jeter dans le précipice de la droite, extrême et populiste, qui est à l’affût.

Une menace qui a déjà fait une apparition significative en Grèce, en France, mais aussi dans le pays autrefois « modèle » en Europe, la Suède.

Fait qui démontre l’échec politique du projet néolibéral.

Le risque que l’Europe s’enfonce à nouveau dans la récession et exporte sa propre crise dans l’économie mondiale rend nécessaire un tournant politique radical en Europe.

Un tournant politique radical qui probablement commencera à partir de la Grèce et de la victoire électorale à venir de SYRIZA.

Parce qu’en Grèce il s’avère que, plus grand est l’échec des sorciers néolibéraux de l’austérité, plus grande est leur persistance dans une austérité plus grande encore.

Ils ne veulent pas admettre l’échec de leur expérience de laboratoire et s’attaquent avec plus de fureur au cobaye épuisé.

Et même avec des persistances néolibérales pour plus de déréglementation dans les relations du travail aussi dans le cadre des droits du travail.

Changements qui n’ont rien à voir avec l’équilibrage budgétaire.

Qui n’est appliqué nulle part ailleurs en Europe.

Changements relatifs à l’obsession néolibérale de base des technocrates de la troïka qui ont échoué.

Sauf que ce peuple ne peut supporter d’autres expériences sur ses épaules.

Il ne supporte plus la « success story » de la pauvreté d’un étrange tiers-monde et des exclusions engendrées par la politique des mémorandums en Grèce.

Avec un enfant sur quatre qui vit dans des conditions de pauvreté.

Un Grec sur trois qui est au chômage.

Et un Grecs sur trois qui vit avec moins de 470 € par mois.

Ce dont le pays a besoin pour se redresser c’est de certitude et de stabilité.

C’est d’une revendication avec sécurité.

Le gouvernement Samaras garantit la non revendication et l’insécurité.

L’incertitude et l’instabilité.

Il a fait de sa propre instabilité intrinsèque, due à la politique qu’il exerce, une instabilité globale, sociale, économique et politique pour le pays.

Tant que continuera l’austérité elle alimentera l’incertitude et l’instabilité sociale.

Et comme il n’y a pas de stabilité sociale, il ne peut y avoir de stabilité politique.

Il est clair, par conséquent, qu’une condition préalable au rétablissement du calme et de la stabilité dans le pays est le rétablissement immédiat de la démocratie, de la souveraineté populaire.

Aucune solution, aucun nouvel accord sans l’approbation, sans la ratification du peuple.

Et connaissant les difficultés d’une âpre négociation au niveau européen, nous demandons un mandat fort pour négocier, un cheminement social commun et un soutien encore plus fort pour revendiquer le meilleur accord possible dans l’intérêt de notre peuple, en Europe.

Nous demandons le recours immédiat au verdict populaire et un mandat fort pour négocier, avec pour but:

-l’effacement de la plus grande part de la valeur nominale de la dette, afin qu’elle devienne viable. Cela s’est fait pour l’Allemagne en 1953. Que cela se fasse aussi pour la Grèce en 2014.

-une « clause de croissance » dans le remboursement du restant, pour qu’elle soit servie ainsi par le développement et non par l’excédent budgétaire.

-une période de grâce, c’est à dire un « moratoire », à son service pour des économies immédiates de ressources pour la croissance.

-exclure le programme d’investissements publics des contraintes du Pacte de Stabilité et de Croissance.

-un accord sur un « New Deal européen », avec des investissements publics pour la croissance et le financement par la Banque Européenne d’Investissement.

-un assouplissement quantitatif de la part de la Banque Centrale Européenne avec l’achat direct d’obligations d’État.

Nous demandons un mandat populaire fort pour faire de la revendication du remboursement de l’emprunt forcé, contracté du temps de l’occupation, une position officielle du pays.

Pour nous ce n’est pas seulement un différend bilatéral, mais une question européenne qui reste en suspens. Parce qu’elle est liée à la clôture définitive du plus douloureux chapitre de l’histoire européenne.

Et cela nous l’avons exposé clairement à nos partenaires.

Nous demandons un mandat de majorité parlementaire et de cheminement commun pour mettre un terme immédiatement à l’austérité.
Pour que le citoyen moyen sache comment le jour se lèvera le lendemain.

Pour que le calme, la certitude et et la stabilité reviennent dans la société.

Parce qu’aujourd’hui, avec le gouvernement Samaras, le citoyen travailleur moyen vit dans la crainte de savoir si le lendemain il continuera à avoir du travail.

De voir d’autres impôts injustes engloutir ses revenus.

Et de savoir si le salaire mille fois amputé ou la misérable retraite qu’il a aujourd’hui ne vont pas encore être amputés demain.
Chers camarades,

Chers amis,

Seul SYRIZA est garant de la stabilité sociale, économique et politique en Grèce.

Parce que nous mettrons un terme immédiatement à l’austérité et nous mettrons la Grèce à travailler.

Parce que nous seuls sommes en mesure de garantir l’emploi, le salaire et la retraite du Grec moyen.

Il y a deux mois, nous avons développé le « programme de Thessalonique » détaillé et chiffré.

Le programme du passage de la pauvreté à l’espoir.

Qui garantit la sécurité sociale et la stabilité économique.

Le « Plan national de reconstruction » non-négociable et immédiatement applicable pour endiguer la crise humanitaire, pour le redémarrage de l’économie, la reconquête de l’emploi et la réforme institutionnelle et démocratique du système politique.

Après le programme de Thessalonique, le peuple grec sait.

Il n’y a pas d’incertitude politique pour le lendemain en Grèce.

C’est une certitude politique universelle que le prochain gouvernement du pays sera un gouvernement SYRIZA.

Ce sera un gouvernement de salut et de stabilité politique.

Ce sera un gouvernement de toutes les forces politiques progressistes.

Ce sera le gouvernement de tous les Grecs.

Une incertitude politique et institutionnelle existe aujourd’hui.

Tant que demeureront au pouvoir deux partis qui n’ont plus aucune crédibilité dans la société grecque.

Et tant qu’ils affirmeront – en dépit du fait que lors du récent débat au Parlement sur le vote de confiance ils ont recueilli à peine 150 voix – qu’ils en trouveront 180 en février pour continuer leur œuvre destructrice.

Incertitude politique il y aura tant qu’insisteront pour gouverner le pays, sans plan et avec pour seule boussole leur propre survie, deux partis qui ont perdu la confiance du peuple.

Et qui, dans les sondages, chutent de plus en plus.

Les partis et le personnel politique qui avec leurs choix ont plongé la Grèce dans la crise et qui plus tard, non seulement ont échoué à la gérer, mais ont achevé le pays.

Chers amis,

Chers camarades,

La victoire de SYRIZA en Grèce sera une victoire pour tous les peuples en Europe.

La victoire de SYRIZA en Grèce sera la victoire de l’espoir dans toute l’Europe. En commençant par le Sud.
Ce sera la défaite de la stratégie de la peur.

Ce sera la fin de l’austérité.

Parce que cela nous l’avons bien spécifié dans toute l’Europe avant les élections: l’austérité est incompatible et avec la Gauche et avec l’Europe.

C’est pourquoi le succès du gouvernement SYRIZA ne concerne pas que le peuple grec.

C’est l’affaire de chaque citoyen, où qu’il habite en Europe.

C’est l’affaire de chaque homme libre, qui croit en la démocratie, en la justice sociale, en un État de droit, mais aussi en un État garant de conditions de vie dignes pour ses citoyens.

C’est pourquoi nous nous ne demandons pas seulement le soutien actif et quotidien du peuple grec au gouvernement SYRIZA.

Nous demandons l’appui actif des forces sociales et politiques de l’Europe du Sud, mais aussi de toute l’Europe.

De tous ceux qui s’opposent à l’austérité et veulent que nous donnions tous ensemble, collectivement et solidairement, un nouveau départ à la croissance.

Chers amis,

Chers camarades,

Nous qui sommes ici aujourd’hui dans cette salle, représentons les forces qui savent, qui peuvent et qui veulent donner un nouveau départ à l’Europe.

Et nous le ferons.

L’espoir vaincra la peur.

Et bientôt, grâce à nos combats quotidiens, petits et grands, se lèveront des jours meilleurs pour nos peuples.

En Grèce.

En Europe.

Je vous remercie.

 

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Traduction :Frederique Bouvier