Les enfants des autres ,par Vassilis Moulopoulos

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Le dernier rapport de l’UNICEF sur la situation des enfants dans le monde n’a pas suscité l’émotion des médias grecs, à l’exception du journal de la gauche radicale Avgi.

Pas le moindre signalement à la première page. Parmi la troupe écrivassière, pas un éditorialiste, pas un commentateur, pas un penseur, pas un prêcheur ne s’est ému du fait que 40,5% des enfants grecs ont sombré sous le seuil de la pauvreté.

Ils étaient apparemment trop pris par la fabrication de «leur» actualité qui nous enseigne tous les jours que la politique de l’austérité commence à «produire ses fruits» et va propulser notre pays à la première place de la course de progression du taux de croissance – si évidemment notre peuple persévère dans «ses efforts».

De toute façon, leurs enfants ne font pas partie de ce 40,5%. Ce ne sont que «les enfants des autres».

Le rapport de l’UNICEF dérange car il explicite le sens des sacrifices demandés par les réalistes de l’unique voie afin que la Grèce devienne un «pays normal» qui sait se soumettre aux lois des marchés.

Le monde merveilleux des marchés, le monde de la compétitivité qui « favorise la richesse des nations» et le «bien-être des individus » peut maintenant se féliciter de l’exploit de l’existence de 76,5 millions d’enfants vivant dans la pauvreté au troisième millénaire. 76,5 millions d’enfants qui n’ont pas un repas complet tous les jours même dans les pays développés riches et bienheureux de l’ Europe et des États Unis et bien loin des tourments de la faim de l’Asie et de l’Afrique . 76,5 millions d’enfants qui se trouvent exclus du monde merveilleux des pays qui détiennent les deux tiers de la richesse mondiale. C’est un miracle qui a été accompli avec la généreuse contribution de l’état grec.

Car en Grèce les sacrifices ont été très «féconds», en augmentant le chiffre des enfants vivant dans le dénuement de façon exponentielle: 2,7 millions d’enfants de plus touchés par la pauvreté entre 2008 et 2012 ont triplé la proportion d’enfants pauvres et gravement défavorisés en quatre ans.

Les «enfants des autres» se trouvent exilés du «pays normal» préconisé par la ligue des perspicaces et des réalistes qui nous gouvernent et une grande majorité d’eux restera toujours hors les murs selon le rapport.

Et ceci est un problème que les marchés ne peuvent pas, ne veulent pas résoudre. Ce n’est pas leur problème. D’ailleurs leurs défenseurs considèrent tout à fait normal, voire essentiel, que la société se débarrasse des faibles qui ne peuvent pas s’adapter aux lois «saines» de la compétition économique. Et les enfants des autres sont les membres les plus faibles de cette société cannibale.

Source: avgi.gr

Traduction:Vassiliki Papadaki