La Grèce pauvre peut-elle aider les réfugiés syriens? De Vassiliki Katrivanou*

6d7GsTE5Depuis le mercredi 19 Novembre, des centaines d’hommes et de femmes ayant fui la guerre en Syrie, et parmi eux des enfants et des blessés, se trouvent sur la place Syntagma. La plupart d’entre eux ont été totalement dépouillés pendant le voyage. D’autres, avant d’arriver ici, se sont trouvés à FYROM (‘Ancienne République yougoslave de Macédoine ), où ils ont vu certains des leurs mourir à cause du froid et des privations. Lundi dernier, n’ayant pas d’autre moyen de se faire entendre, leur ultime recours fut d’entamer une grève de la faim.

Que demandent-ils? Certains demandent l’asile. D’autres, en possession d’un permis de séjour temporaire de six mois, savent que la demande d’asile les bloquera en Grèce – et c’est pourquoi ils demandent hébergement et nourriture. Dans un cas comme dans l’autre, ils revendiquent le droit de s’installer dans un pays européen pour y vivre; c’est-à-dire qu’ils demandent quelque chose de juste. Mais est-ce que la Grèce, un pays avec près de 4 millions de personnes sous le seuil de pauvreté (selon les données de l’Institut Grec de Statistique), peut les aider réellement?
Que peut-on faire?

Au début de la semaine, le responsable pour la Grèce du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a proposé un paquet de mesures réaliste: un hébergement provisoire pour tous ceux qui font face à un problème de logement, avec priorité aux familles avec enfants. Et, allant dans ce sens: accélération de la procédure de délivrance du permis de séjour attendu aux les réfugiés reconnus, signature immédiate d’un arrêté ministériel pour la délivrance des documents de voyage au réfugié, soutien de l’intégration des réfugiés dans la société grecque, en valorisant aussi des programmes de l’Union européenne. Et, aussi ce qui va de soi: la nécessité de répartir les responsabilités entre les États membres de l’UE, afin de ne pas surcharger démesurément les premiers pays d’arrivée comme la Grèce.

En dehors de cela:

  • Depuis au moins deux ans, SYRIZA soulève, par tous les moyens, la question des flux de réfugiés, qui, après la mise en place de la clôture à Evros, s’intensifient dans les îles du nord-est de la mer Égée. Cependant, depuis deux ans (et quand il n’assimile pas ces réfugiés à des « immigrés clandestins » ou ne se vante pas de les expulser illégalement…), le gouvernement persiste à considérer les flux de réfugiés comme un phénomène « occasionnel », s’abstenant ainsi de toute initiative. L’arrivée, hier, à Ierapetra, dans un vieux rafiot, de sept cents réfugiés ayant échappé à la noyade, nous rappelle non seulement le caractère tragique, mais aussi l’acuité du problème.B3M3PzDCYAAJ6_g
  • Le Réseau de soutien social aux réfugiés et aux immigrants a rappelé que les flux de réfugiés concernent l’ensemble de l’Union européenne, qui, avec son propre cadre juridique a pris l’engagement de soutenir l’accueil et l’hospitalité pour les réfugiés des conflits armés, qu’ils soient demandeurs d’asile ou non. Concrètement, le décret présidentiel 80/2006, en application d’une directive communautaire, prévoit l’assistance aux victimes des conflits armés, avec un financement communautaire à hauteur de 80%. Et pourtant, le gouvernement n’a pris absolument aucune initiative pour le mettre en œuvre. Il applique simplement une politique qui, en substance, remet en question le statut du réfugié: autant avant son arrivée dans le pays d’accueil (retours) qu’après: en l’y bloquant, en l’obligeant à des migrations irrégulières et dangereuses, en retardant la procédure d’intégration dans le système d’asile et en ne lui donnant aucune perspective d’installation et d’intégration sociale.
  • La Grèce doit immédiatement présenter une demande à l’organisme compétent de l’Union Européenne, afin qu’une décision soitprise au sujet de la procédure à caractère exceptionnel, qui assure (en cas d’afflux massif ou d’afflux massif imminent de personnes déplacées qui ne peuvent rentrer dans leur pays d’origine), leur protection immédiate et temporaire, ainsi que leur transfert, au titre de ce régime, aussi vers d’autres pays de l’Union européenne. De plus, la Grèce, dans ce contexte, peut demander une aide financière d’urgence à l’UE.* Le même gouvernement qui, quand il est question de l’intégration sociale de réfugiés et de migrants, invoque la pauvreté et « l’étroitesse budgétaire », alors qu’il se montre généreux dans d’autres cas. Ainsi, une question clé à l’ordre du jour de la visite de Kikilias¹ en Israël, mercredi, selon les reportages sur ce sujet, était l’acquisition par la police grecque de « aéronefs sans pilote » (UAV en anglais), connus sous le nom de drones, pour surveiller les frontières et faire face à l’immigration.

¹ Vassilis Kikilias, ministre de l’Ordre public et de la Protection du citoyen

  • La Grèce peut faire beaucoup pour les réfugiés: en fournissant toit et nourriture aux demandeurs d’asile ou pas, comme le définit la loi, en promouvant des décisions ministérielles sur leur séjour et en valorisant des fonds européens, en encadrant les services d’asile et en accélérant les procédures qui s’y rattachent. Et, bien sûr, en prenant des initiatives pour l’accueil des réfugiés au niveau européen: avec en perspective l’augmentation du flux des réfugiés, il faut exiger la mise en application de la directive européenne 2001/55, qui est l’outil de base pour fournir une protection provisoire en cas d’afflux massif de personnes déplacées, avec prise de responsabilité par tous les pays de l’UE.

Ce n’est donc pas (seulement) la faute de la pauvreté. D’ailleurs, dans les moments difficiles de ce pays, les pauvres sont souvent plus généreux que les riches.

PS. Au moment où je terminais cet article, j’ai appris que le ministère de l’Intérieur a fait circuler un document exhortant les réfugiés Syriens à déposer des demandes l’asile, comme seul moyen efficace de résoudre leurs problèmes. La démarche est problématique à plusieurs titres. Comme le fait remarquer l’Union grecque pour les droits de l’homme, dans un communiqué, conformément à l’article 1A de la Convention de Genève de 1951, un réfugié c’est celui qui fait face au risque d’être persécuté s’il rentre dans son pays d’origine, indépendamment du fait d’avoir ou non déposé une demande d’asile. Ainsi, sur la base de cet accord, la Grèce est tenue de protéger les réfugiés, indépendamment du fait qu’ils ont été reconnus ou non comme tels. De même, indépendamment du fait qu’ile demandent ou non l’asile, elle doit leur garantir, au moins, les conditions minimum de vie décente et d’hébergement provisoire – comme d’ailleurs le prévoit la loi (articles 29 et 37 paragraphe 5, loi 3907/2011).

Aujourd’hui, le vendredi 28 Novembre à midi, l’Assemblée de solidarité aux réfugiés syriens organise une conférence de presse, à Syntagma.

Par Vassiliki Katrivanou  Députée de SYRIZA, responsable des questions de droits de l’homme

Source: tvxs 

28/11/2014.

traduction Frederique Bouvier