La comédie de la colère de A. Samaras prévue et commentée par A. Tsipras

par Vassiliki Papadaki

Et tout à coup, le jour béni du 3 décembre 2014, le Premier Ministre grec, M. Samaras s’est rappelé qu’il était le «le gardien de la dignité nationale» grecque et il a demandé à ses partenaires à «respecter sincèrement cette dignité».

Dans un accès de colère soigneusement mis en scène, il a même annoncé avoir refusé les dernières conditions des créanciers, qui réclament de nouveaux efforts au pays. Profondément déçu, car il espérait que son obéissance exemplaire jusqu’à hier à toutes leurs exigences serait récompensée. Qu’ils l’auraient laissé enfin annoncer officiellement la sortie anticipée du pays des mémorandums afin d’empêcher les élections législatives anticipées qu’il prévoit comme la fin de son règne.

Aussi déçu mais plus tempéré dans sa réaction, son coéquipier et vice-Premier ministre grec, Evangelos Venizelos avait déclaré la veille qu’une prolongation « pour des raisons techniques » du mémorandum serait envisageable, tandis que le ministre des Finances Ghikas Hardouvelis précisait

que la prolongation ne s’étendrait pas au-delà d’une « toute petite durée ».

Il y a quelques semaines, les gouvernants grecs se réjouissaient d’une nouvelle trouvaille linguistique qui soutiendrait – espéraient ils – leur mythe du retour à la normalité. Ils avaient annoncé la fin de la période mémorandaire et l’arrivée d’une nouvelle étape marquée par le mystérieux nom de «ligne de précaution» ou de «ligne de crédit», «car par le temps qu’il fait il est des pauvres gens qui ne [peuvent] chercher dans les dictionnaires». Hélas, nous avons appris plus tard par Reuters que les bailleurs de fonds internationaux sont peu susceptibles de s’accorder sur une nouvelle ligne de crédit à la Grèce, et qu’un haut fonctionnaire européen aurait même ajouté le même jour que M. Samaras «s’indignait»:« Est-ce que je m’attends à des accords lundi [à l’Eurogroupe] ? Non, pas le moins du monde ».

La mise en scène de la colère de M. Samaras et de la cruelle détermination des créanciers, dont la promotion est assurée gracieusement par tous les médias – grecs et européens – a été pourtant prévue et dénoncée par le Président de SYRIZA, A. Tsipras, quatre jours auparavant.

S’adressant aux habitants de Lamia, il a prévu « l’éternelle saynète de la négociation entre Samaras et la troïka», saynète «qu’à force de voir et de revoir nous connaissons maintenant par cœur: Au début, le gouvernement assure qu’il n’y aura pas de nouvelles mesures. Ensuite, il commence à céder, en parlant de nouvelles mesures anodines. Tout de suite après, il déclare sa surprise face à la cruauté des créanciers. Et après une petite interruption des négociations il agite des spectres. La fin est également connue. C’est le recul, la capitulation, la bouffonnerie qui sera baptisée responsabilité et sacrifice suprême pour le salut du pays».

Car la seule chose dont il est capable le gouvernement actuel est de «rendre plus difficile l’action du futur gouvernement. Mais cette capacité arrange bien les projets de la troïka qui pousse méthodiquement le gouvernement actuel vers cette direction».

C’est pour cela que le Président de SYRIZA a répété encore une fois que «SYRIZA n’acceptera pas les nouvelles mesures qu’ils sont prêts à signer et à mettre en application aux dépens du peuple grec», sans cacher que le chemin de la gauche sera difficile. Toutefois, a-t-il ajouté, les propositions de SYRIZA s’inspirent «du réalisme de la rupture, de la résistance, de la subversion, du changement, du réalisme des mobilisations et des milliers de grévistes des jours précédents». Et c’est cette alternative qui convainc et amène vers SYRIZA des milliers de citoyens».

Alexis Tsipras a réitéré sa demande d’un recours au verdict populaire dans l’immédiat, « afin de mettre en harmonie le Parlement et la volonté populaire. Pour élire un président qui révélera la véritable majorité populaire et le consensus national. Pour donner un mandat de négociation fort au nouveau gouvernement pour pouvoir conduire le pays vers une autre voie que celle de la destruction et du désespoir actuel».

Et si parfois, comme le disait si bien un autre Alexis*, «une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose, et l’histoire nous apprend qu’il suffit alors pour la contenter de ramasser dans tout le pays un certain nombre d’hommes obscurs ou dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle d’une assemblée politique, moyennant salaire» cette même nation peut aussi mettre fin à cette comédie. Surtout quand elle est mauvaise…

Vassiliki Papadaki

*Alexis de Tocqueville – L’Ancien Régime et la Révolution