Alberto Garzón: Sans l’organisation de la société on ne pourrait pas changer les choses

 

Une interview avec le candidat aux élections des dirigeants de la gauche unie espagnole( IU) Alberto GarzónWebalberto-garzon

En Espagne et à la perspective d’élections politiques qui auront lieu dans un an, à la fin de la  législature, il a déjà commencé un compte à rebours. Au printemps, il y aura une répétition générale: on va voter dans de nombreuses villes et régions, y compris la Communauté de Madrid. La Gauche Unie choisira son candidat au poste du Premier ministre, à travers des élections internes qui seront ouvertes y compris les sympathisants: le secrétaire Cayo Lara  n’y participera pas, et sans doute Alberto Garzon sera le vainqueur (il est Jusqu’à présent le seul candidat). Il est économiste et député déjà bien connu malgré son jeune âge. Il est issu du mouvement des Indignés, il est un écrivain fructueux et très actif dans les médias sociaux. Il est chargé de trouver un accord avec Podemos, le nouveau parti de Pablo Iglesias qui est premier (27%) selon les sondages. Lors des élections du 25 mai, la gauche unie a atteint un bon résultat de 10%, mais les sondages d’opinion publique montrent qu’aujourd’hui elle a subi une baisse importante (de 4,5%): le premier objectif d’ Alberto Garzon est d’augmenter à nouveau son pouvoir.

Alberto Garzon a choisi l’Italie pour sa première « mission internationale » à partir du moment qu’il est devenu le candidat «fort» aux élections internes du parti de la Gauche Unie (IU) et le «Manifeste» discute avec lui en vue de sa décision de revendiquer la direction du parti, de Podemos et la possibilité d’une coopération avec eux.

Quelle est le principal sens politique de votre participation aux élections internes du parti pour désigner le candidat premier ministre de la gauche unie?

Dans un moment d’urgence sociale, comme celle que nous vivons, nous avons besoin d’un outil pour changer la société: celui d’une gauche organisée et robuste, même idéologiquement, comme la Gauche unie. Cependant, nous avons besoin d’un renouvellement qui va signifier plus de mouvement et moins de parti traditionnel, moins de bureaucratie: c’est pour ça que je pose ma candidature. Je voudrais dire que les élections internes sont importantes car elles favorisent la participation des jeunes, mais elles ne suffisent pas: tout cela nécessite avant tout, de définir une relation entre la base et les dirigeants, de telle manière que les derniers se sentent toujours engagés à représenter la volonté des membres. Pour cette raison, il est très important que les élections internes soient détenues dans des conditions qui peuvent le garantir. Pour que je me fasse mieux comprendre: nous ne voulons pas qu’un grand entrepreneur puisse investir de l’argent afin d’aider à élire un candidat qui est son ami…

Podemos et Gramsci *

Vous parlez d’une gauche «organisée et robuste, même idéologiquement»: est-ce que vous sous-entendez que Podemos n’est-ce pas quelque chose comme ça?

Dans un moment de crise comme l’actuel, le sol sous nos pieds se déplace à une grande vitesse. La désintégration sociale que nous vivons rend les gens à rechercher une protection sociale. La réponse pourrait provenir d’une gauche organisée ou volatile. À mon avis, Podemos est un excellent mécanisme électoral, mais il a une ambiguïté idéologique calculée et il ne dispose pas de présence structurée dans le territoire. Il pourrait avoir le pouvoir de parvenir à un bon résultat électoral, mais s’il manque l’organisation de la société et le programme de la clarté, il ne pourra pas changer les choses. C’est pourquoi je me bats pour une gauche forte et présente dans les villes et les lieux de travail, qui va lutter vraiment pour l’hégémonie.

Mais les dirigeants de Podemos disent qu’ils sont inspirés par Gramsci …

Leur groupe dirigeant  est composé de personnes hautement qualifiées, avec qui j’ai d’excellentes relations, et même de l’amitié personnelle. Mais le fait est qu’ils interprètent Gramsci via Ernesto Laclau, le théoricien du populisme gauche, et par conséquent, ils estiment qu’il n’y a plus de lutte des classes. J’ai un autre point de vue: il n’y a pas simplement de riches et de pauvres, mais des différentes classes sociales. Cette approche différente implique le suivant point essentiel : Je pense qu’il ne suffit pas de gagner les élections afin d’obtenir le pouvoir. Le gouvernement et le pouvoir ne sont pas la même chose. En tout cas, je ne veux pas nier qu’ils sont très bons à collecter l’indignation populaire: c’est un grand atout et il faut le reconnaître.

Votre candidature a été interprétée à maints égards comme le préambule d’une convergence avec Podemos, mais entre vous deux il y a des différences …

Permettez-moi d’être clair. Dans la gauche unie il y a ceux qui s’accommodent avec les petits pourcentages ou avec l’isolation  du parti communiste grec. Moi non. Je suis intéressé à changer la société, et par conséquent je ne partage pas des positions conservatrices, des positions de retraite, qui existent même dans mon mouvement. Je veux me battre pour gagner, je veux jouer à l’offensive, et par conséquent de discuter et de collaborer avec d’autres forces politiques: le but sera de construire une convergence autour d’un programme. Et les programmes de la gauche unie et Podemos sont très similaires. Cependant, pour l’instant je me rends compte que le Podemos a l’intention de se présenter tout seul aux élections de l’année prochaine, parce qu’il ne veut pas d’être «infecté» par les éléments classiques de la gauche: ils construisent un mécanisme électoral qu’il ne soit ni à droite ni à gauche. Et pour nous c’est une erreur: si on gagne les élections basées sur une plate-forme ambiguë délibérée, qu’est-ce qu’on va faire ensuite? Une autre erreur est d’entrer indistinctement en conflit avec la «caste»: la corruption est avant tout un phénomène économique et non seulement politique.

L’UE est le paradis des banques

Laissons les forces politiques individuelles, et imaginons que dans un an il y aura en Espagne un gouvernement de gauche: en tenant compte des dépendances de Berlin et de Bruxelles qu’est-ce qui pourrait être changé?

L’Union européenne est le paradis des banques, pas des gens: l’argent est plus libre que les gens. Il est donc évident que pour gagner dans un Etat il n’est pas suffisant pour transformer la réalité: il n’existe aucun doute. Mais il est essentiel de le faire, même au niveau local et municipal. Tout d’abord pour des raisons symboliques: les révolutions se nourrissent des éléments émotionnels, comme en témoigne l’ acampada en la Puerta del Sol du mouvement 15-M. La force symbolique de ce fait est apparu plus tard: il est apparu aux grandes et consécutives mobilisations des années prochaines, ce qui serait impossible sans ce symbole. Ce qui compte par ailleurs, sont des corrélations de forces: et nous les espagnols, comme tous les pays débiteurs, nous devons comprendre que, en face de l’UE, nous tenons le couteau du côté de la poignée. La raison est simple: notre dette est un problème des banques allemandes et françaises. Brecht disait: «Si on a une dette de dix mille dollars c’est son problème, mais si la dette est un million dollars c’est les banques qui ont le problème ». La chancelière Merkel cessera d’imposer une politique d’austérité à la demande des banques de son pays: et cela va arriver lorsque les gouvernements de la «périphérie » de l’UE vont changer leur comportement et charger aux banques le problème de la dette.

Interview à Iakompo Rozateli pour le «Manifeste»

*Antonio Gramsci, le fondateur du Parti communiste italien et théoricien de « l’hégémonie culturelle » laquelle se construit, à l’aide d’un certain nombre de « dispositifs culturels ».

Traduction du grec : Athina Vlachaki