SURGIRENT vêtus en « amis» d’incalculables fois mes ennemis*…

L’ancien ministre français de l’Économie et actuel commissaire européen, Pierre Moscovici, a annoncé jeudi qu’il se rendrait en Grèce pour assurer les Grecs du «soutien» de l’Europe et de la nécessité de poursuivre les réformes.


L
e jour suivant, le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé les électeurs grecs à ne pas voter pour les « forces extrêmes » mais à garder au pouvoir « des visages familiers. »

En juin 2012, la veille des élections législatives, plusieurs «amis» de la Grèce avaient également senti le besoin d’exprimer leur amitié en donnant des consignes de vote au peuple grec au peuple grec pour faire barrage à SYRIZA.

En dénonçant avec Jean-Jacques Rousseau les «gens [qui] profanent le nom et l’usage de l’amitié» car «dans les uns, ce n’est que l’art du mensonge et de l’intérêt, dans les autres, un stratagème pour parvenir plus sûrement à leurs fins» nous leur dédions aussi les Psaumes VII et VIII de la Deuxième lecture d’ Axion Esti de O.Elytis

SURGIRENT
vêtus en « amis»
d’incalculables fois mes ennemis
leurs bottes foulant le sol ancestral.
Or ce sol n’eut jamais d’affinités avec leurs talons.
Apportant
l’Expert, le Colonisateur et le Géomètre,
des livres pleins de mots et de chiffres,
la Toute-Puissance et Toute-Obéissance,
ils ont domestiqué le feu ancestral.
Or ce feu n’eut jamais d’affinités pour leurs foyers.
Nulle abeille un seul instant ne s’est laissé prendre à l’or ayant inspiré son jeu
nul zéphyr un instant, aux blancheurs soulevant les tabliers.
Ils érigèrent et fondèrent
sur ces monts, dans ces vallées, dans ces ports
tours inébranlables et villas
navires et autres bois flottants,
les Lois, celles qui prescrivent l’exploitation et le profit,
fondant leur application sur l’aune ancestrale.
Or cette aune n’eut jamais d’affinités pour leur pensée.
Nul sillage de divinité dans leurs âmes n’a laissé le moindre amer
nul clin d’œil de néréide n’a tenté de leur dérober la parole.
Surgirent
vêtus en « amis »
d’incalculables fois mes ennemis,
nous faisant présent de cadeaux ancestraux.
Mais en substance leurs cadeaux n’étaient rien
d’autre finalement que fer et feu.
Entre les doigts écartés qui attendaient
rien que des armes et du fer et du feu.
Rien que des armes et du fer et du feu.

Surgirent

avec leurs galons dorés

les coqs du Septentrion et les fauves géants du

Levant!

Et voici qu’ayant partagé ma chair en deux

puis s’étant pour finir chamaillés au-dessus de mon

foi

ils ont fui.

«Pour eux, disaient ils, le fumet d’holocauste,

et pour moi la fumée de la gloire,

amen.»

Et cet écho résurgent des profondeurs du passé

tous nous l’entendîmes et le reconnûmes.

Nous le reconnûmes et derechef

d’une voix sèche nous avons chanté:

Pour nous l’acier, pour nous l’acier ensanglanté

et la trahison triplement machinée.

Pour nous l’aurore accrochant les cuivres

et puis les dents, les dents serrés jusqu’à l’instant,

l’instant dernier

de la ruse et de l’invisible filet.

Pour nous la reptation à terre

le serment crypté au fond des ténèbres

le regard impitoyable

sans aucune jamais, jamais aucune Contrepartie.

Frères ils nous ont bien joué!

«Pour eux, disaient ils, le fumet d’holocauste,

et pour nous la fumée de la gloire,

amen.»

Mais toi, entre nos mains avisant la lampe de l’astre

par ton verbe tu l’allumas, bouche de l’innocent

ô porte du Paradis!

L’effet de la fumée on le voit au futur

ce pur jeu de ton souffle

et tel pouvoir et tel règne qui sont siens!

*O. Elytis (Axion Esti)

Traduction de Xavier Bordes et Robert Longueville