Tempête sous le crâne de M. Samaras,

 

 

10354597_10202070409760735_3061988351208767414_nIl a tout essayé. Il a d’abord essayé de convaincre les députés avec flamme, verve, pathos, et promesses. Mais il n’a pas réussi. C’est pourquoi, deux jours avant le troisième tour de l’élection présidentielle le Premier Ministre, M. Samaras, a pensé à une petite allocution télévisée adressée au peuple. Certes, le Président de la République n’est pas élu par le peuple, mais M. Samaras est un homme prudent en ce qui concerne son avenir politique et il pense déjà au jour d’après.

En costume sombre et en cravate rouge rayée, il a renoncé au dernier moment à la mise en scène d’une allocution et il s’est servi finalement de deux journalistes très serviables de sa nouvelle chaîne «publique» qui lui ont gentiment posé quelques questions, histoire de rendre plus vivantes ses divagations alarmistes et déguiser son soliloque en interview.

Et nous avons vu et écouté encore une fois M. Samaras parler de la nécessité de l’élection de son candidat, Stavros Dimas, pour éviter à notre pays «l’entrée dans une nouvelle aventure».

Son argument principal fut comme d’habitude le danger d’ une victoire SYRIZA en cas d’élections législatives. En qualifiant de « bravades insensées» et de «projets dangereux » qui « nous mettront en conflit avec nos partenaires  » la revendication d’une nouvelle négociation pour la dette publique, M. Samaras a apporté comme preuve de ses dires le soutien politique qui lui a été offert par F. Hollande et P. Moscovici, «hommes de gauche», comme tout le monde le sait.

Dans la foulée, il a aussi réitéré ses promesses d’élargir l’équipe gouvernementale avec la présence des personnes «bien pensantes» et d’organiser des élections législatives à la fin de 2015.

Le sourire consentant des deux journalistes le mettant en verve, M. Samaras n’a pas hésité à qualifier d’ «anticonstitutionnelle » (!) l’attitude de ceux qui ne voteront pas en faveur de M. Dimas.

Fort embarrassé depuis quelques jours par les déclarations de S. Dimas sur son intention de ne pas «accepter d’être élu avec les voix de l’Aube dorée» et de quelques députés qui ont manifesté leur projet de s’abstenir en cas de vote positif des membres du parti de l’extrême droite, M. Samaras habile en subterfuges a trouvé finalement que tout cela … n’était qu’une raison supplémentaire pour élire un nouveau Président.

Sans pudeur et en comptant sur l’aphasie de ses deux journalistes il a même osé de qualifier la tentative d’achat du vote d’un député de cabale montée par SYRIZA.

Et « si des élections [législatives] ont lieu, nous les remporterons, je le sens » a-t-il dit aussi en esquissant un geste théâtral.

Bon! M. Samaras a fait beaucoup d’efforts mais il n’a pas réussi pour autant de cacher la tempête qui reste confinée sous son crâne depuis le jour où il a eu la mauvaise idée d’accélérer le calendrier électoral. Les mimiques de son visage, les jeux de sa voix démontrent qu’il était quand même mieux dans son rôle de dénonciateur des mémorandums avant les élections de 2012. Il suffit de regarder la vidéo de son discours du 28/06/2014 . Antonis Samaras dénonçait ce jour là le faux dilemme: mémorandum ou faillite, avancé par le gouvernement socialiste de l’époque, en soulignant que le mémorandum avait amené la Grèce plus près de la faillite. «Il s’agit d’une propagande de la peur qui ne convainc personne» disait il, en ajoutant que «cette propagande contribue simplement à la crispation des marchés et déstabilise l’économie. Et chaque fois que de telles bêtises sont prononcées, elles aboutissent seulement à la fuite des capitaux et la responsabilité du gouvernement à cet égard est énorme. Mais le peuple grec ne se laisse pas intimider».

M.Samaras se contredit et se déjuge en permanence et les députés savent très bien que lundi ne votent pas pour l’élection d’un nouveau Président. Ils votent pour les nouvelles mesures d’austérité – licenciements, baisse des pensions de retraite, suppression des pensions complémentaires, privatisations, saisies des logements, augmentation de la TVA et un certain nombre de nouvelles mesures mémorandaires qui prolongeront le programme actuel d’austérité – promises déjà à la troïka et confirmées récemment par mail (!) du Ministre des Finances, G. Hardouvelis.

Vassiliki Papadaki