I. Dragasakis* « Le peuple grec avec son vote, apportera un gouvernement avec un mandat clair, propre et nouveau sur la base d’un programme spécifique. »

Le nouveau gouvernement va procéder à une véritable négociation

Ioannis Dragasakis député de SYRIZA et vice-président de l’Assemblée nationale, adresse un message très ferme concernant le type de négociation lancée par le nouveau gouvernement, issu de prochaines élections.  En se référant également au vote de demain et des scénarios autour de celui-ci, le vice-président de l’Assemblée nationale souligne «qu’il ne faut pas se reposer». John Stournaras le gouverneur de la Banque de Grèce, l’affaire du député Pavlos Haikalis, les prochaines élections, les alliances politiques et SYRIZA, comme un point de référence en Europe, sont les thèmes de l’interview qui suit.

Nous ne reconnaissons aucun «nouvel accord» et nous n’acceptons pas non plus des résultats d’une gouvernance par le biais d’email. Nous ne pouvons s’associer à une telle banalisation de la République.

Une interview donnée au Nikos Papadimitriou

dragasakis_2

Est-il possible pour le gouvernement d’atteindre la majorité présidentielle lors du vote de demain? La répétition des événements de l’année 1965 est traitée seulement comme une farce?

La procédure  jusqu‘à maintenant a confirmé qu’il n’y avait pas de majorité parlementaire de 180 députés, nécessaire pour l’élection du président de la République par cette Chambre et par conséquent la poursuite de la politique actuelle. Même les 168 députés qui ont voté au deuxième tour de scrutin sont un ensemble hétérogène au niveau politique. Bien sûr, il y a beaucoup de projets gérés par des intérêts économiques et qui servent aux fins politiques différents. Certaines d’entre eux dépassent même M. Samaras. Donc, il ne faut pas se reposer. Toutefois, dans les circonstances actuelles, il n’est même pas visible, si ou comment, on pourrait inverser la situation actuelle dans le troisième tour de scrutin.

Quoi qu’il en soit, le climat est caractérisé par les prochaines élections. Le pays progresse vers les élections législatives. Quels sont les dilemmes qui seraient posés au peuple grec?

Le processus est le même. Comme les mémorandums étaient imposés sous la menace de la force, ils veulent maintenant imposer leur poursuite. Cela étant, comme dans les élections de 2012, leur seule arme est la peur. Le domaine dans lequel on cultive la peur est principalement celui de la sécurité financière. Outre la campagne de la peur s’est déclenchée par M. Samaras. Toutefois, même dans ce domaine il y a des réactions et des résistances. Par les gens, qui jusqu’à présent ont réagi avec sang-froid, par une partie du système économique et par des forces à l’étranger qui s’inquiètent par le fait que des situations incontrôlables pourraient survenir. Mais la campagne de la peur se poursuivra et se intensifiera, car ils n’ont pas des arguments convaincants. Le véritable dilemme est bien sûr différent. C’est à dire si on va maintenir la même voie désastreuse et sans issue pour la société ou si on va créer des conditions politiques pour l’application d’un programme de réformes radicales et de modifications. Un programme de la reconstruction de la société et de la renégociation de la dette grecque et d’autres questions en suspens que nous avons avec l’UE.

Dans ce type d’alarmisme on peut intégrer les déclarations déjà connues de M. Stournaras?

Il reste à voir. Il le nie. Mais ses déclarations ont soulevé des questions, non seulement pour nous. Des problèmes de liquidités existaient et existent encore à cause de cette politique appliquée. Mais la question est de trouver des solutions afin de remédier à ces problèmes. En tous cas, le titre de banquier central «indépendant» n’est pas attribué. Il se conquise. Et pour des raisons que je ne voudrais pas répéter ici, puisque M. Stournaras se préoccupe de ce titre, il doit faire tout ce qu’il faut pour le gagner.

Après M. Stournaras, M. Hardouvelis ministre des finances a parlé d’un déficit de trésorerie qui pourrait être créé si on ne signait pas de «nouvel accord» à temps …

Quel est ce «nouvel accord»? Qui, quand et où est-il fait? Qui parmi des députés actuels le soutiennent? S’ils s’inquiètent, comme ils disent, pourquoi ils ne l’ont pas soumis au vote à la Chambre avant l’élection du Président de la République? Nous ne reconnaissons aucun «nouvel accord» et nous n’acceptons pas non plus des résultats d’une gouvernance par le biais d’email. Nous ne pouvons s’associer à une telle banalisation de la République. Le peuple grec avec son vote, apportera un gouvernement avec un mandat clair, propre et nouveau sur la base d’un programme spécifique. Ce gouvernement, au nom de toute la société, progressera dans une négociation principalement sincère et véritable sur la base des faits réels et du cadre institutionnel de l’UE, qui s’est dévasté par les mémorandums et leur application.

Le contexte politique a été brusquement chargé après les dénonciations sur la tentative de corruption du député du parti des Grecs Indépendants. Quel est votre commentaire?

Nous sommes opposés à tout ce qui exacerbe le déclin et démoralise notre vie politique. Mais nous ne sommes ni neutres ni indifférents aux événements que la société a le droit de connaitre et les autorités sont destinés à éclairer. Que cette affaire, comme nous avons entendu, « ait été fermée» sans aucune réponse, ne rend pas inconsistantes les questions imposées. Au contraire, elle les multiplie.

Ces derniers temps, nous constatons une multiplication des appels pour obtenir un «consensus national», même pour la mise en place d’un gouvernement d’objectif national, pour que la négociation devienne plus efficace. Pourquoi vous n’êtes pas y consentants?

Parce que, entre autres facteurs, nous vivons une double crise de confiance. D’une part, la grande majorité de la société ne fait pas confiance au système actuel et en particulier aux partis qui ont gouverné le pays dans le passé. D’autre part, l’allégation principale, parfois honnête et parfois prétendue, des créanciers et des agents à l’étranger, c’est que le système de parti grec n’est pas fiable. Et que les élites nationales sont les principales responsables de la crise. La question est donc simple: Comment nous pourrions renforcer la crédibilité de la politique à l’intérieur et notre pouvoir de négociation à l’étranger si nous collaborions et devenions les mêmes avec ces élites et leurs représentants politiques? C’ est pourquoi nous insistons que notre démocratie a besoin d’une régénération, notre vie politique a besoin d’un renouvellement radical et SYRIZA veut y contribuer. Pour la même raison, la responsabilité de la négociation doit être obtenue par un gouvernement qui a gagné un mandat nouveau et propre, représentant une large majorité sociale et politique. Certainement un tel gouvernement devrait chercher une coalition la plus large possible avec des forces sociales, scientifiques, culturelles et politiques. Et nous devons le mettre activement en œuvre dès maintenant.  Il est faux si nous ne pouvons pas utiliser la formation des listes de vote pour faire un pas vers cette direction. Les forces qui seront précieux demain, nous devrons les faires des interlocuteurs dès aujourd’hui.

SYRIZA devient un point de référence pour les forces européennes plus étendues. Comment expliquez-vous cela et quelle est la signification d’une victoire de SYRIZA pour l’avenir de l’Europe?

Les deux grandes familles politiques de l’Europe, le Parti populaire européen (PPE), soit les forces de la droite, et les forces des sociaux-démocrates – socialistes ont conduit l’Europe à un bourbier politique et économique. Les frontières politiques et idéologiques de ces deux courants se font de plus en plus floues. Et dans de nombreux pays, comme la France, ce «consensus social-libérale » est contesté par l’extrême droite de Marie Le Pen, qui menace la sortie de la France de l’Union européenne. L’Europe est donc confrontée à un véritable dilemme. La poursuite de bourbier conduit à la désintégration. Mais la revitalisation  de l’œuvre d’unification européenne peut être rompu avec les oligarchies de l’argent et de l’hégémonie néolibérale, et peut être établie seulement sur de nouvelles valeurs et de larges bases sociales, représentées par la gauche radicale. SYRIZA devient donc un point de référence, parce que c’est la seule alternative contre  la façon dont Angela Merkel et Marine Le Pen  gèrent la crise, contre le bourbier de l’austérité et de la menace de désintégration. Une victoire de SYRIZA est l’espoir pour tous ceux qui veulent mettre une fin à l’austérité et pour les forces qui luttent pour obtenir un nouveau projet européen sur la base de la solidarité, la justice et l’égalité.

 *Ioannis Dragasakis est député de SYRIZA et vice-président du parlement grec

Source : avgi.gr

Traduction du grec : Athina Vlachaki