La capacité d’apprécier les événements en cours, par Stavros Kapakos

Bien que le rôle du journalisme soit de contrôler et non d’encenser la gouvernance, qui n’en a d’ailleurs pas besoin puisque même les critiques d’hier tentent aujourd’hui de l’enlacer, nul ne peut rester sans émotion face aux événements en cours. Un gouvernement nouveau qui annonce l’émergence d’une éthique nouvelle en politique, sans dépendances aux intérêts particuliers, sans engagements coupables en coulisses, crée déjà un climat politique nouveau. Notre peuple le ressent et s’en réjouit. Ça se voit sur les visages des gens dans la rue, ça se perçoit dans les premières discussions avec les simples gens. La plupart d’entre eux sont appréhendent les difficultés futures mais espèrent le meilleur et exigent une conception différente de la politique.

Les citoyens ne demandent pas à SYRIZA le ciel et ses étoiles. Ils ont conscience des difficultés et demandent que SYRIZA reste ferme dans ses engagements. Ils demandent que les cadres du parti soient convaincants, non seulement par leur travail acharné mais aussi par leur exemple personnel. Ils demandent une conception humaine de la politique, une éthique nouvelle. Ils demandent des ruptures avec les intérêts établis, mais aussi la capacité de gérer les grands problèmes du pays, loin de comportements arrogants, du dilettantisme et de la recherche du bénéfice personnel.

Suite à la décision du peuple grec rien n’est plus comme avant. Plus vite les forces politiques, SYRIZA lui-même compris, feront la lecture de la césure opérée de la chose politique le mieux il sera. Ceci est vrai pour SYRIZA qui doit passer de « l’inexpérience enthousiaste » aux décisions concrètes de gouvernance du pays, qui ne seront pas toujours faciles. Mais telle est sa dette historique. Se confronter aux problèmes réels pour changer le pays dans une Europe qui elle aussi change. D’autres forces, telles POTAMI et KKE se comportent comme si le changement politique aux dimensions historiques n’a pas eu lieu. Alors qu’elles se réclament de la nouveauté, de la rupture, du non-conformisme, elles font lecture de la chose politique de manière statique, en restant dans l’incapacité d’apprécier le cours complexe des événements et l’évolution des variantes politiques qui a lieu devant leurs yeux.

D’une part POTAMI se manifeste comme une pendule politique, figé dans la stratégie du joker, dans une attitude de petit mégalomane, qui l’empêche de comprendre la dynamique des choses. D’autre part la direction du KKE insiste dans les combats d’arrière-gardes, dans un anachronisme historique, aliéné des forces de la Gauche en Europe.

La critique et le contrôle apportent de l’aide à ceux qui ont la volonté d’entendre vraiment. Le système politique du pays est toujours en état de plasticité et la réponse à apporter à la crise de légitimation une question ouverte. La réussite de SYRIZA est le premier pas. Dans tous les cas l’avenir appartient à ceux qui se lancent dans la bataille de sa construction. Ceux qui assistent l’Histoire en qualité de spectateurs encourent le risque d’être livrés à son mépris…

Traduction: Emmanuel Kosadinos