Chaque jour s’ouvre un peu plus le front des ruptures, par Anne Sabourin

anne-sabourin-candidate-f-de-g-europeennes-2014Source L’ Humanité

Le 25 janvier dernier, un peuple, au sein de l’Union européenne, a relevé la tête et mis fin aux humiliations subies pendant plus de cinq ans. Les Grecs ont lourdement sanctionné les politiques d’austérité et ont porté Syriza au gouvernement avec un mandat clair : faire face à la crise humanitaire, reconstruire un État grec et des services publics efficaces, débarrassés du clientélisme et de la corruption, redresser l’économie du pays, rendre au Parlement et au peuple leur souveraineté. La Grèce a stoppé les privatisations et prend des mesures d’urgence sociale. Les citoyens grecs viennent de démontrer qu’une issue de progrès peut émerger de la grave crise qui traverse nos pays. Nous ne sommes pas condamnés à l’austérité et à la loi du Medef. Nous ne sommes pas condamnés à voir l’extrême droite grandir sur l’affaissement des forces du statut quo libéral. L’espoir qui se lève en Grèce et l’atmosphère de mobilisations en Espagne, en Italie, en Belgique et en Irlande contre la privatisation de l’eau et, d’une certaine façon, ce qui s’est exprimé le 11 janvier en France nous indiquent que les peuples européens peuvent choisir de sortir de la crise par la gauche.

Deuxième changement majeur depuis le 25 janvier : la brèche est ouverte dans l’UE. Après l’élection, les pressions et chantages de la Banque centrale européenne, de la troïka et des gouvernements les plus conservateurs ne se sont pas fait attendre. Mais le gouvernement de Syriza se fait respecter sur la scène européenne et peut s’appuyer sur le soutien massif du peuple grec (83 % satisfaits). La lutte contre l’austérité et l’idée d’une nouvelle Europe ont maintenant une voix au Conseil européen. La gauche européenne vient de passer un seuil de crédibilité crucial. Sur chaque sujet un discours différent va désormais exister au plus haut niveau : austérité, emploi, droits sociaux, environnement, lutte contre l’évasion fiscale, banques et BCE, migrations, mais aussi Ukraine, Palestine et grand marché transatlantique. En Europe, chaque jour s’ouvre un peu plus le front des ruptures et des solutions.

À l’heure où j’écris, l’Eurogroupe, la BCE et le Conseil européen pourraient concéder un rééchelonnement de la dette mais posent un ultimatum : un nouveau programme d’austérité doit prendre effet ce 28 février, sinon, la BCE pourrait couper les robinets financiers aux banques grecques. C’est à ce niveau que porte la confrontation immédiate avec le gouvernement de Syriza, qui veut renégocier cet accord signé par l’ancien premier ministre Antonis Samaras. Tsipras fait ce que Hollande aurait dû faire au lendemain de son élection.

Beaucoup se joue dans ce bras de fer pour l’avenir de la Grèce et de l’Europe entière. Alexis Tsipras disait à Pierre Laurent quelques jours avant son élection : « Nous avons besoin de vous pour la victoire, mais surtout après. » Dans la bataille européenne qui s’est engagée, les meilleurs alliés de Tsipras sont les peuples européens. La France est un pays clé, qui a déjà discuté les fondements de l’UE en 2005. Nous devons nous mobiliser pour la réussite du gouvernement de Syriza en argumentant sec et en informant les citoyens. Une pression populaire grandissante est indispensable pour exiger de l’exécutif français un soutien à la Grèce au niveau européen. À l’heure où la BCE débloque 1 140 milliards d’euros pour les banques, après LuxLeaks, 340 milliards pour les multinationales, et SwissLeaks, 180 milliards des plus riches qui échappent à l’impôt, nous ne pouvons pas accepter une nouvelle cure d’austérité, ni pour les Grecs, ni pour aucun Européen. C’est pourquoi l’aide la plus efficace que nous puissions apporter à Syriza est sans nul doute la construction d’une alternative à l’austérité en France, capable d’arracher des victoires sociales immédiates et de gouverner demain.

Anne Sabourin, parti communiste français, Parti de la gauche européenne