La négociation grecque jusqu’à présent : Les mouvements et les limites

Tribune par G.Kiritsis

Source: Αυγή

 

maxresdefaultQu’est- ce qui s’est passé à la négociation grecque jusqu’à présent? Il est difficile de faire une évaluation complète, les détails et l’«ambiguïté constructive» sont nombreux, mais il est certain que les trois étapes successives de l’Eurogroupe et les dizaines contacts d’Alexis Tsipras formels, informels, étroits ou téléphoniques n’étaient pas une promenade de santé à la campagne.

Si nous voyons les deux camps en déduction et en grosso modo, le grec et l’allemand, nous pouvons dire que les Allemands voudraient tous et ils ont obtenu la moitié et le gouvernement grec voulait beaucoup et il a obtenu quelques- uns. Certainement ils n’ont pas commencé à partir du même point de départ. D’un coté il y avait un petit pays avec le récent mandat populaire et d’autre coté il y avait un bloc, même s’il n’était pas en béton solide, dont les principaux acteurs pourraient à tout moment menacer d’étrangler le système bancaire. Yanis Varoufakis qui est bon à faire des comparaisons, il a parlé de « fiscal waterboarding » (la simulation de noyade budgétaire). Les dirigeants précédents espéraient et attendaient que le gouvernement actuel soit forcé de se conformer pleinement, car leur piège  du temps incroyablement restreint  avait été mis en place par leur propre initiative. Mais ce n’était pas arrivé.

L’internationalisation du sujet

Le placement du sujet grec en base européenne et politique avait comme conséquence logique que l’autre côté a adopté une attitude équivalente. Pour des raisons de démonstration de force, mais aussi pour des raisons de conjoncture politique et économique. L’Allemagne, par le biais du PPE (parti populaire européen) gouvernait l’Espagne, le Portugal et la Grèce. « La Grèce a voté pour la Gauche, cela ne devrait pas se reproduire, par conséquent il faut que nous annulions politiquement le nouveau gouvernement, car il met en question nous et notre modèle», c’était une pensée réalisée raisonnablement  à Berlin. D’où l’attitude ouvertement hostile et  contraignante de Schäuble qui a exigé la soumission, mais aussi l’attitude hystérique des ministres des Finances d’ Espagne et du Portugal. À cet égard, la stratégie allemande n’a pas  prévalu, mais elle est autorisée à le soutenir. Devant cette nouvelle attaque, la défense grecque ne dispose pas de symbolismes suffisants pour encourager les gens et obtenir un succès net positif. Tout sera jugé sur le contenu de la politique, et par la volonté des partenaires de voir la Grèce se remettre sur pied.  Il faut qu’on soit naïf pour croire que l’Allemagne désire à éclaircir les cas de corruption politique en Grèce. Quant à la question de la dette, il est clair que la partie grecque a reculé, après avoir suscité un large débat sur ce sujet, qui se poursuit.

Une feuille de route pour «détricoter» l’austérité

En tout cas, le nouveau gouvernement grec indique une feuille de route pour des autres gouvernements qui peuvent s’affronter à l’orthodoxie des politiques d’austérité, même dans l’Europe actuelle, en faisant une négociation politique. Cela le rend dangereux pour les élites européennes. On pourrait dire que placer le sujet sur une base européenne et politique, en vue des élections en Espagne, au Portugal et en Irlande, n’était pas une bonne idée et il serait peut-être mieux d’adopter une approche plus discrète et plus «officielle» afin d’éviter des tensions et les frictions. Yanis Varoufakis a répondu en disant que dans l’Eurogroupe, la plupart des ministres sont les avocats qui détiennent des documents avec des termes et des signatures. La partie grecque était obligée de formuler les sujets à haute voix, poser des questions évidentes auxquelles la seule réponse pour les partenaires était la signature de M. Samaras. De plus la partie grecque avait besoin que son argumentation soit entrée dans l’agenda politique quotidien au niveau international. De là, des centaines concentrations et des déclarations de solidarité dans le monde entier, ont commencé ainsi qu’une large publicité du sujet grec.

La promesse de la rupture indéterminée et le front intérieur

Dans cette situation il est absolument raisonnable que nombreux partisans de la gauche se demandent si « on avait fait un coup d’épée dans l’eau » ou ils s’inquiètent comme Manolis Glezos qui connait bien l’importance du symbolisme et de la mobilisation populaire en politique. Il y a d’autres qu’ils disent, « nous sommes parvenus jusqu’ici, tout est terminé ». Dans les mois à venir nous verrons si nous avons réussi ou non, tant sur le front extérieur comme le montrait l’attitude des opposants, que sur le front intérieur, si par exemple, le gouvernement pourrait taxer les riches et démanteler la collusion des intérêts. S’il le tente le peuple va le soutenir. Si le gouvernement fait tout ce qu’il peut, mais les partenaires demanderaient le Samaras avec un autre nom, c’est la question de la rupture qui se pose dans ce cas et une clarification sera indispensable: il s’agit d’un choix, d’une menace ou d’une contrainte? La rupture consiste-t-elle de mettre en œuvre notre politique sans payer la dette jusqu’à ce que nous soyons parvenus à un accord? En plus, la rupture signifie-t-elle de bloquer toutes les décisions de l’UE ou de sortir de la zone euro? Que-ce que le peuple grec va répondre si on lui pose ces questions? Pour entamer la rupture, est-ce qu’Il faut faire des élections ou un référendum ou cela a été inclus dans le mandat du 25 Janvier? SYRIZA doit envisager tous les scénarios avec les avantages et les inconvénients, afin d’être convaincant face à la négociation et envers le monde. Parce que l’expérience de derniers jours a montré qu’en même temps que les places et les rues se sont remplies de gens qu’ils voulaient soutenir le gouvernement, les dépôts se sont retirés. Dans ce cadre il n’est pas facile pour le gouvernement de négocier, et d’autant plus d’entamer une rupture. Si les retraits de dépôts étaient un plan organisé par les gros déposants, il n’était pas quelque chose d’inattendu et ce problème pourrait être résolu. Mais si les retraits représentaient de faibles montants, cela montre qu’il y a une question de confiance. Le gouvernement actuel a besoin de la confiance des citoyens tel que de l’oxygène.

Dans les prochains mois ils seront jugés tous ceux que nous pouvons réaliser, ceux que nous n’en pouvons pas et ceux qui sont en notre pouvoir. Il nous faut donc de la détermination. Et ne pas oublier les élections prochaines en Espagne et au Portugal. Une victoire électorale de la gauche dans ces pays va modifier totalement le paysage.

Traduction du grec : Athina Vlachaki