Vous pleuriez et je pleurais avec vous ,par Eugenia Loupaki

10 LOYPAKI_high03/10/2015

 »C’est maintenant que les difficultés commencent », avait dit Tsipras, mais on ne l’a pas cru. Je ne sais même pas si lui même était pleinement conscient à quel point cela allait être difficile. Nous suivons donc, en retenant notre souffle, les avancées, les reculs et les faux pas, en espérant que le gouvernement réussisse à tenir debout, pour réussir à aller de l’avant. Et dans le tumulte des événements et de la propagande autour de ceux-ci, la mémoire devient courte et s’affaiblit.

Revenons, donc, un peu en arrière, il y a un an exactement, et jetons un coup d’oeil:

6 mars 2014: le président allemand Joachim Gauck se rend à Athènes en visite oficielle. Et le gouvernement de coalition Samaras-Venizelos interdit les rassemblements et ce pour la seconde fois (il le refera à deux reprises). Les gardiens des écoles* et les syndicats, qui avaient prévu des rassemblements hors zone interdite, manifestent, bloqués par les fourgons des CRS qui attaquent avec des matraques tenues à l’envers et des gaz chimiques. Au nombre des blessés figure Babis Aggourakis, alors député européen du KKE. Le président allemand demande pardon au peuple grec pour les souffrances causées par le nazisme…

Lundi 10 mars: le « Journal des rédacteurs » titre « Dynamite sur l’emploi » et écrit en une: « Le thème de l’emploi dans son ensemble a été remis en question par la troïka et en particulier par le représentant du FMI Paul Thomsen. Ils ont complètement chamboulé la procédure des licenciements collectifs mais aussi le salaire minimum, par le biais de la suppression de toutes les allocations (pour trois ans d’ancienneté, pour enfant à charge, pour travail insalubre, pour les études).

Le même jour « Naftemporiki » titre, plus explicite: « Les salaires, les relations du travail et indirectement les retraites seront renégociées avec la troïka, tandis que l’évaluation du Mémorandum grec arrive bon train à son 7ème mois sans qu’aucun accord n’ait été conclu »

Mardi 11 mars 2014, « Ta Nea(Les Nouvelles) » écrit dans son éditorial que les dettes échues envers le fisc, qui augmentent de façon exponentielle (2,6 millions de débiteurs en 2013) montrent que le monde ne peut pas répondre à la sur-imposition. Il invite le gouvernement à ré-examiner la question, tandis que sur la même une (et dans beaucoup d’autres) figure une photo de Stournaras « à genoux » à côté de Schäuble qui ordonne « Vous avez jusqu’à dimanche pour trouver la solution. » (Et ils « l’ont trouvée », comme on le sait tous, et en particulier M. Hardouvelis, sur lequel on apprend aujourd’hui quelquechose d’intéressant que nous ignorions).

En une à la même date la vente de la DEI (Compagnie d’électricité), annoncée avec joie en thème central du journal « Nation ».

Et des grèves, des grèves, des grèves. Les pharmacies, les comptables, les camionneurs, et le Syndicat des fonctionnaires, pour les  »mis en disponibilité » qui ont été licenciés et pour la nouvelle attaque qu’ils reçoivent.

Cette petite information aussi le cri d’angoisse de l’Hôpital Universitaire d’Attique, désormais en incapacité d‘effectuer 27 examens de base en raison d’un manque de produits réactifs …

Un coup d’œil en tout et pour tout. Il ya tout juste un an. Rappelez-vous. Maintenant que les Hérodiades deviennent furieuses et réclament la tête du nouveau gouvernement sur un plateau. Vous pleuriez et je pleurais avec vous. Arrangez-vous pour qu’on pleure et à l’année prochaine.

*tous licenciés à l’automne 2013