Les négociations grecques et la propagande de la peur

 

Éditorial du journal Avgi:19 avril 2015

 

Au moment où les négociations grecques avec ses partenaires-créanciers arrivent à un stade critique à l’approche de la réunion de l’Eurogroupe du 24 Avril, la guerre des fuites diplomatiques fait rage : comme d’habitude, le ministre allemand des Finances, W. Schäuble, y tient le premier rôle.

Le nombre des moyens mis en œuvre pour propager la peur est cette fois-ci aussi bien vaste. Grexit, émission d’ une monnaie parallèle, voir même l’éventualité d’ un défaut au sein de l’euro, tout a été prévu et relayé à profusion par les médias.

Les déclarations qui abondent et les « fuites » diplomatiques n’ont bien sûr qu’un objectif. Obliger le nouveau gouvernement grec à céder aux pressions de ses partenaires et à appliquer les mesures prévues par leurs mémorandums : de nouvelles coupes dans les retraites, des licenciements massifs, l’augmentation des taux de la TVA, la liquidation des biens publics.

Les forces politiques de la droite européenne, internes et externes, réclament au nouveau gouvernement grec de suivre la ligne du gouvernement précédent et de se soumettre aux politiques mémorandaires.

Et voilà que les médias grecs qui soutiennent depuis des années l’interdépendance des intérêts privés et politiques, après une courte période de retenue face à la nouvelle situation politique, ont repris leurs tons alarmistes en reprochant la position du nouveau gouvernement. « Sans mémorandums il n’y aura pas d’aide financière » disent ils, alors qu’il il y a un mois ils prévoyaient des concessions de la part des créanciers.

Le statu quo de l’ oligarchie politico-médiatique tente ainsi de se reconstruire. Il mise sur le durcissement de l’attitude des créanciers, au mépris des conséquences désastreuses pour leur propre pays. Leurs porte-parole n’hésitent pas à inventer des «actions unilatérales» du nouveau gouvernement qui pourraient compromettre les négociations, en fournissant des arguments aux créanciers. Ils lui reprochent aussi sa fermeté et son refus de poursuivre la politique d’austérité et de la dévaluation interne, malgré les terribles séquelles laissées au pays et au peuple.

Toutefois, leur insistance à voir A. Tsipras se transformer en Samaras est vaine. Le Premier Ministre dans son interview à l’agence Reuters a précisé que Athènes ne fera aucune concession sur les quatre points de désaccord avec les créanciers qui concernent : l’emploi, la réforme des retraites, la hausse de la TVA, l’utilisation de biens publics.

Le compromis recherché par le nouveau gouvernement grec ne peut que respecter obligatoirement le mandat clair du peuple grec, exprimé lors des élections de janvier. Que l’establishment mémorandaire ne nourrisse plus aucune illusion. Le nouveau gouvernement grec s’efforce de parvenir à un compromis équitable, mais il ne se soumettra pas aux diktats mémorandaires.

L’équipe gouvernementale qui participe aux négociations, a une stratégie claire afin d’aboutir à un accord intermédiaire qui mettra fin à l’asphyxie financière du pays, condition par ailleurs préalable pour pouvoir honorer ses obligations au niveau international.

Et malgré les «cris de guerre» insidieux et les « fuites » hétéroclites, le gouvernement reste optimiste quant à l’ obtention d’ un accord d’ici la fin du mois. L’Europe a appris à vivre à travers ses désaccords, en synthétisant, en évoluant. Athènes a fait les premiers pas décisifs. Maintenant c’est aux partenaires-créanciers de couvrir la distance restante.

Traduction: Vassiliki Papadaki