Passons à l’offensive pour « un nouveau Premier Mai des travailleurs » par Nasos Iliopoulos*

 

Il ne tient qu’à nous de faire en sorte que le débat sur les relations du travail ne se limite pas aux quatre murs du Parlement. Ne laissons pas les médias définir le cadre du dialogue.

Au cours de la semaine qui vient de s’écouler, deux informations, caractéristiques de la situation actuelle, ont circulé. La première a trait au fait  que près d’un million de travailleurs du secteur privé sont payés avec un retard allant jusqu’à cinq mois. La seconde est que l’ OPAP (ndlt: équivalent de La Française des Jeux) a augmenté ses bénéfices nets de 38% et augmentera ses dividendes pour 2014 de 180%. Le rapprochement entre ces deux images n’a rien de paradoxal. Au contraire le lien entre elles constitue la réalité de la crise. C’est à dire un processus d’accumulation de richesse, dont la base a été la dévalorisation violente du travail.

La crise humanitaire n’est pas apparue lors d’une catastrophe naturelle. L’offensive contre le travail fut un élément organique de cette réalité. Aujourd’hui le salaire dont disposent 45% des salariés est inférieur à 751€. Jusqu’à 2012 ce pourcentage n’était que de 17%. La dissolution des conventions collectives a conduit à des réductions de salaire allant jusqu’à 40%. Près d’un travailleur sur trois du secteur privé, est payé 300 euros net (jusqu’à 440 euros brut), puisqu’il est employé avec des formes flexibles de travail (horaires réduits, temps partiel, intérim, travail en alternance, etc.). Parallèlement, d’après certains calculs, le nombre des travailleurs « au noir »/sans assurances semble dépasser désormais les 800 000, ce qui coûte au moins 2 milliards d’euros par an à la sécurité sociale.

Tous ces éléments, plus le cauchemar du chômage, constituent quelques-uns des aspects de la réalité du monde du travail aujourd’hui. Aspects qui sont concrétisés dans le terme « précarité ». Se référant à l’effort de transformation des relations sociales qu’a apporté le fordisme, Gramsci a écrit que  « l’hégémonie prend sa source à l’usine ». La précarité constitue aujourd’hui un nouveau mécanisme hégémonique de soumission à la discipline et de répression face au monde du travail. Un mécanisme qui créé une nouvelle perception du monde. Il reproduit la dévalorisation du travail, même au niveau de la culture, en apprenant aux travailleurs non seulement à vivre avec moins, mais aussi à avoir plus globalement moins d’exigences.

Pour ce qui est de la dégradation des conditions de travail le Mémorandum a réussi. C’est cette réussite précisément que les néolibéraux s’efforcent aujourd’hui de maintenir par tous les moyens, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les questions d’emploi sont un des points fondamentaux du désaccord actuel dans la négociation. Parallèlement des organisations patronales et les grands médias bourgeois sesont déjà lancés dans une offensive méthodique contre le projet de loi visant à rétablir les conventions collectives.

Il ne tient qu’à nous de faire en sorte que le débat sur les relations du travail ne se limite pas aux quatre murs du Parlement. Ne laissons pas les médias définir le cadre du dialogue. Prenons nous mêmes les initiatives qui ouvriront le débat sur les lieux de travail, dans les quartiers. Créons un cadre de consultation et de participation populaires à cette lutte. Transformons le processus de débat et de vote de cette loi en une contre-attaque dynamique du monde du travail. Un gouvernement de gauche ne peut pas tenir sans les luttes sociales et la participation populaire, sans un vivant mouvement ouvrier. Le rétablissement des conventions collectives renforcera les petits et grands combats ouvriers de chaque jour. Il créera un bouclier contre le terrorisme patronal.

Dans cette optique, nous n’avons devant nous un simple autre Premier Mai. Nous avons l’occasion, après des années de pillage, de créer les conditions d’une grande victoire. Pour parler d’un « nouveau Premier Mai ». Pour contester les limites du possible et du « ça va de soi » que le néolibéralisme nous a imposées. Ne commençons pas simplement par détruire l’ancien, mais par bâtir le nouveau.

*Nasos Iliopoulos est membre du Secrétariat Politique de SYRIZA
Traduction Frédérique Bouvier

Source avgi.gr