Prenons le gros risque du référendum et de la rupture, par Haris Golemis*

Dans  ce stade crucial des négociations, le quotidien « AVGI » du dimanche a demandé à trois économistes prestigieux de répondre à la question: Comment voyez-vous l’évolution des négociations et quel serait, selon vous, leur résultat? Que pensez-vous de l’attitude du gouvernement grec?

Kostas Vergopoulos, professeur d’économie à l’Université de Paris VIII, Haris Golemis, directeur de l’Institut « N. Poulantzas » et Kostas Melas professeur de l’Université Panteion  des sciences sociales et politiques, donnent leurs réponses.

(Αvgi.gr , 10-5-2015)

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Nous devons admettre que les cadres dirigeants de SYRIZA ont fait preuve à l’origine d’un optimiste excessif en ce qui concerne la capacité du gouvernement à délivrer le pays des obligations mémorandaires et à appliquer son programme au sein de la zone euro. Son (réel) pouvoir de négociation, en raison même du risque systémique d’un éventuel Grexit, a été surestimé. À l’inverse, on n’a pas donné l’importance qui convient au point de vue que la contestation réussie de l’exemple néo-libéral et de la domination allemande dans l’UE, venant d’un petit pays périphérique et surendetté, constituait pour le camp des créanciers, et en dépit des opposions entre eux, une menace aussi grande, si ce n’est plus, q’il fallait neutraliser coûte que coûte. La constatation en temps opportun de cette réalité que je viens de mentionner aurait contribué peut-être à une préparation un peu plus systématique à la lutte contre les chantages extrêmes exercés par les créanciers.
L’attitude agressive de la partie adverse a dépassé même mes peurs les plus extrêmes, en particulier après l’accord douloureux du 20 février, que j’ai soutenu, considérant que les concessions majeures au programme de SYRIZA (en particulier sur la question de la dette ou des privatisations) pourraient être réexaminées ou renversées, partiellement ou totalement, en juin.
Malgré mon embarras devant l’évolution des négociations jusqu’à aujourd’hui, je ne doute pas de l’importance stratégique, pour la gauche en Grèce et en Europe, de trouver une solution à l’intérieur de la zone euro, à travers un compromis douloureux, mais honorable. Cela signifie, cependant, que les quelques lignes rouges qui restent – sur les questions d’emploi (négociations collectives, interdiction des licenciements collectifs, augmentation du salaire minimum), de sécurité sociale (refus de réduire les retraites) – et, je suppose, du montant de l’excédent primaire – doivent être défendues bec et ongles. Le recul du gouvernement sur ces revendications serait un coup sérieux porté à la dignité et à la crédibilité de SYRIZA et sèmerait la déception dans la gauche de l’Europe entière pour de nombreuses années, une évolution que je considère comme particulièrement dangereuse même pour l’avenir du pays.

Je doute sérieusement que les créanciers respectent ces lignes rouges. Dans ce cas, je crains fort que le gouvernement n’ait d’autre solution que de recourir au référendum, en proposant au peuple de rejeter leurs propositions. La persistance des institutions et de certains gouvernements européens à humilier, à titre d’exemple le gouvernement Tsipras, nous oblige, selon moi, toutes celles et ceux qui appartenons à la gauche pro-européenne, rénovatrice et radicale, à proposer de prendre le gros risque de la rupture, en pleine connaissance des dangers que cela entraînera. Malheureusement ce n’est pas possible autrement.

*Haris Golemis is an economist, Director of the Nicos Poulantzas Institute (Greece), and member of the Central Committee of SYRIZA. 

Traduction: Frederique Bouvier