Les institutions l’ont bien décidé, Par Andréas Karitzis

Andréas Karitzis, membre du Comité Central de SYRIZA

ΑΝΔΡΕΑΣ ΚΑΡΙΤΖΗΣSource: Quotidien « Avgi » http://www.avgi.gr/article/5596522/oi-thesmoi-apofasisan

Les « institutions » l’ont bien décidé : la destruction économique de la Grèce doit devenir la voie à sens unique. Que les habitants du pays le veuillent ou pas, la Grèce doit être démantelée. Que la barbarie et l’indignité devienne la nouvelle normalité.

Les « institutions » l’ont bien décidé : tolérance zéro à la Démocratie. Elles sont passées outre les négociations de plusieurs mois et elles ont présenté à minuit moins cinq un projet bien pire que celui que le précédent gouvernement de Samaras peinait d’appliquer, pire que celui que le peuple grec a rejeté aux élections. Pour lesdites « institutions » le verdict démocratique d’un peuple n’est pas raison suffisante pour les engager dans une négociation substantielle. Elles n’ont même pas pris la peine de présenter une proposition qui ne méprise de manière aussi ostensible le Groupe de Bruxelles1.

Puisque donc les « institutions » ont invalidé le GdB et des négociations de plusieurs mois et qu’elles ont remis à l’ordre du jour l’exigence d’appliquer le Mémorandum, la partie grecque doit appeler en application le programme de Thessalonique. Soyons clairs. En ce qui concerne l’étape actuelle des négociations, il ne s’agit pas de deux propositions à composer, d’un côté la grecque et de l’autre celle des « institutions ». La partie grecque c’est chargée de donner forme de texte aux conclusions du GdB. Les exigences des créanciers qui sont intégrées dans ce texte ne sont pas des propositions de la partie grecque. Les conclusions du GdB sont susceptibles d’être adoptées par la partie grecque, seulement à titre exploratif, à titre de base commune d’un accord incluant le règlement de la question de la dette, un plan pour le développement, etc.

Lors du dernier Comité Central il a été dit que la discussion sur des aspects partiels de la négociation en cours était dépourvue de sens, compte tenu que rien n’avait été accepté et que tous les éléments doivent être jaugés en tant que parties d’un futur accord final. Dans ce cadre, et uniquement, il serait possible d’examiner si certains aspects douloureux, imposés par les créanciers, seraient acceptables en guise de concession ultime, permettant la sortie de l’étau des mémorandums et de l’austérité. Par conséquent, ce n’est pas les positions de la partie grecque qui figurent dans le texte présenté par le gouvernement grec.

Nous devons être très attentifs sur ce point car les « institutions » tentent de déplacer l’axe de la discussion vers une synthèse entre les conclusions du GdB qui intègrent déjà leurs positions et les exigences nouvelles mises sur la table mercredi dernier (le 03-06). Et elles refusent même d’intégrer le règlement de la question de la dette dans l’accord ; selon leur point de vue, cet accord concernerait uniquement le versement de fonds pour que les prochaines échéances de la dette puissent être payées. Sans la perspective d’un règlement de la question de la dette il ne peut même pas y avoir de discussion sur un accord chèrement payé.

Les « institutions » l’ont bien décidé : leur objectif politique est l’humiliation publique de Tsipras, de SYRIZA et du peuple grec. Le soir de mercredi dernier, elles ont publiquement affiché leur mépris pour le résultat des élections et leur irrévérence à l’égard des efforts laborieux du gouvernement grec et de l’acceptation de sa part de coups durs ultimes dont la contrepartie serait un accord mettant fin à l’époque des mémorandums. Le traitement humiliant réservé au gouvernement grec, œuvrant pour un accord au bénéfice d’un peuple déterminé de récupérer l’espoir et le droit de penser son avenir, ne peut être accepté.

La défense de notre dignité n’est pas un luxe. Plus personne dans ce pays n’aurait de respect pour rien si s’installait la perception que de tels comportements puissent être tolérés. Le rebond du pays, au-delà de toutes difficultés économiques, présuppose que la société ait un minimum d’auto-estime. Nous devons sauvegarder cette auto-estime comme la prunelle de l’œil. Dans le cas contraire, l’effet sur l’inconscient collectif sera traumatique, et son exploitation par le fascisme embusqué une funeste éventualité.

Les « institutions » l’ont bien décidé : la question ne porte plus sur les actions et gestes de la partie grecque. Le gouvernement et SYRIZA doivent prendre des décisions et s’adresser ouvertement à la société grecque. Dans  le cas, prévisible d’après les derniers rebondissements, d’une continuation de la part des « institutions » de leur tactique cynique et humiliante, y a-t-il  parmi les éventualités celle de la non conclusion d’un accord ? Si une telle option était par avance exclue, nous avons le droit de connaître les raisons, et SYRIZA le devoir d’éclaircir sa position. Si elle n’était pas exclue, alors nous ne devons pas avancer comme si un éventuel échec serait à inscrire à notre passif, ni laisser planer l’idée que la non conclusion d’un accord serait équivalente d’une sans combat abdication du pouvoir.

Croyons-nous qu’un mauvais accord pourrait être appliqué ? SYRIZA aurait-elle la possibilité d’appliquer les exigences des créanciers, sans la contrepartie d’une sortie de la Grèce de l’étau de la dette, et ne pas assister à l’éclatement de l’alliance des forces sociales qui lui sert d’appui ? Y-aurait-il espoir pour le pays si, au cours de l’entreprise d’application des exigences des créanciers, SYRIZA  en tant que force politique se disloquait progressivement ? Ne faisons pas l’erreur que les créanciers attendent de nous : l’imposition par la force de leurs exigences écrasera davantage cette société grecque déjà ruinée et porterait un coup fatal à l’unique source d’espoir que constitue aujourd’hui SYRIZA.

1Groupe de Bruxelles (GdB) : groupe de technocrates qui réunit d’une part les émissaires de la Commission européenne, de la BCE, du FMI et du Mécanisme européen de Stabilité, d’autres part les émissaires du gouvernement grec. Le travail du Groupe de Bruxelles consiste à élaborer sur le plan technique, et à confronter, les propositions des deux côtés de la négociation, afin de conclure un projet d’accord qui, par la suite, serait soumis aux instances dirigeantes des institutions qui y sont représentées. Le Groupe de Bruxelles, institué après l’accord du 20-02-2015, se substitue partiellement à l’ancienne Troïka. Comme son nom l’indique, il siège à Bruxelles. Par ce montage institutionnel il y a l’effort de préserver un semblant de symétrie entre les deux parties négociantes. Contrairement à l’ancienne Troïka, le GdB, n’a pas accès directement aux sources de l’administration grecque mais peut les utiliser dès qu’elles lui sont fournies. Il apparaît ainsi que le montage actuel est beaucoup moins « commode » pour les créanciers et on peut douter que certains voudraient voir l’ancien dispositif revenir en vigueur.

Traduction: Emmanuel Kosadinos