Extraits du discours d’A. Tsipras devant le groupe parlementaire de SYRIZA

Extraits du discours d’A. Tsipras devant le groupe parlementaire de SYRIZA
Athènes 16/06/2015

Camarades,

L’attachement obstiné des institutions à un programme de coupes qui a visiblement échoué et leur insistance à proposer des mesures qu’elles savent inacceptables ne peuvent pas relever d’une simple erreur ou d’un zèle excessif.
Le plus probable est qu’elles servent des desseins politiques avec pour projet d’humilier non seulement le gouvernement grec mais aussi tout un peuple qui a trop souffert ces quatre-cinq dernières années alors même qu’il n’était pas responsable.

Ils veulent apparemment envoyer un message clair tant au peuple grec qu’aux autres peuples européens, à savoir que la volonté populaire ne peut pas changer les choses, et que la loi et la valeur dominante dans l’Europe actuelle n’est pas la démocratie, mais un économisme néolibéral cruel et socialement injuste.

[…]

Il s’agit plutôt d’une démonstration de force, destinée à tuer dans l’œuf toute tentative de mettre fin à l’austérité, toute tentative de construire un modèle économique et social qui donne la priorité aux intérêts et aux besoins de la majorité sociale.

Et cela ne concerne pas seulement la Grèce, mais l’Europe, l’avenir de l’Europe, et de tous les peuples européens.
La tactique de l’étranglement financier choisie par la BCE depuis début février contre la Grèce en est une preuve supplémentaire.

Parce que, malgré le fait que, depuis le 20 février, l’économie grecque se trouve dans le cadre d’un programme et que par conséquent les conditions formelles et juridiques sont remplies pour suspendre les limitations concernant la participation des banques grecques aux marchés des bons du Trésor, nous voyons que la banque centrale insiste sur une ligne d’étranglement économique.

Est-ce une tactique logique et démocratique dans le cadre d’une négociation entre partenaires au sein de l’Union européenne et de la zone euro?
Est ce une tactique qui peut rendre fiers l’Europe et les citoyens de l’Europe qui ont cru aux valeurs et aux idéaux de l’intégration européenne, aux idéaux de la solidarité, de la démocratie?

Camarades,
Je crois fermement que, malgré le fracas des déclarations agressives de ces derniers jours, il y a encore des forces en Europe qui n’approuvent pas cette tactique, qui reconnaissent les erreurs et qui comprennent la gravité de la situation.
Il y a des forces qui travaillent en vue de trouver une solution équitable.

Ce sont ces forces qui devraient l’emporter sur ceux qui choisissent la stratégie de la tension, les menaces et l’installation d’un climat de guerre froide.
Mais pour cela il faut que les institutions adoptent une position concrète qui ne consiste pas à la   simple synthèse des positions les plus extrêmes.

Parce que la proposition actuelle des institutions n’est qu’un abrégé des mesures sévères du FMI et du refus européen de tout débat sur la viabilité de la dette grecque.
Et c’est ainsi que nous aboutissons à des propositions qui manquent de logique avec des mesures qui conduisent au retour de la récession et à l’ aggravation des inégalités, tandis que la cécité délibérée face au problème de l’insoutenabilité de la dette conduit à la prolongation de l’incertitude pour l’avenir non seulement de la Grèce mais aussi de la zone euro.

Finalement ce que l’on nous demande c’est d’accepter un accord qui non seulement ne résoudra pas le problème mais replongera une économie prête à reprendre son cours normal, après cinq ans d’austérité et de récession, dans cette même spirale d’incertitude en dissuadant toute volonté d’investissement dans notre pays.

Si donc l’objectif est la poursuite d’un programme conçu par le FMI, alors même que tout le monde reconnaît qu’il a échoué, et qui plus est sans aucun ajustement de la dette, dans ce cas ni le Parlement ni le gouvernement n’ont plus aucune marge de décision.

Et nous, nous sommes tout simplement obligés de faire notre devoir, de ne pas succomber aux pressions et aux chantages, de refuser des mesures qui ne présagent aucun résultat, aucune solution visible.

A ce stade, il faut que nos partenaires parlent clairement. Veulent-ils une solution au problème grec ou veulent-ils sa perpétuation? S’ils veulent que le FMI fasse partie de l’accord avec ses recettes qui ont prouvé leur insuccès, ils doivent dans ce cas accepter toutes ses propositions. Non seulement les mesures sévères mais aussi la réduction de la dette exigée par lui.

Au demeurant, n’oublions pas que le FMI n’est pas tout juste arrivé en Grèce: après cinq ans de ses mesures, il a une responsabilité criminelle par rapport à l’état actuel du pays. C’était le FMI qui a fait une erreur, qu’il a lui-même reconnue, sur les multiplicateurs du calcul de la récession. Il a présenté ses excuses, mais ses excuses n’ont pas aidé les gens qui ont perdu leur emploi à retrouver une vie normale, ni à nourrir les milliers de pauvres et d’exclus sociaux. Ses excuses n’ont ni augmenté les pensions ni rouvert les milliers de petites entreprises qui ont fermé. C’était un simple aveu cynique de technocrates, sans aucune incidence dans la pratique.

Mais le temps est venu de juger les interventions du FMI. Et il doit être jugé publiquement. Non pas par nous, mais par l’Europe elle-même, par les forces qui continuent à parler de solidarité et de démocratie. Le temps est venu pour l’Europe de discuter sérieusement non pas pour l’avenir de la Grèce, mais pour l’avenir de la zone euro elle-même.

Elle doit décider si elle préfère soumettre un pays et un peuple à l’humiliation et à l’appauvrissement ou trouver les mesures appropriées en consolidant la démocratie et la solidarité. Ceci est maintenant le grand dilemme de l’Europe. Telle est la question cruciale qui cherche sa réponse.

Je suis certain que l’historien du futur reconnaîtra que la petite Grèce avec ses petites forces, donne aujourd’hui une bataille sublime qui dépasse ses forces non seulement en son propre nom mais au nom de tous les peuples européens  pour une nouvelle direction du projet européen.

Camarades,

Comme nous l’avons dit et prouvé activement et à plusieurs reprises, nous continuerons jusqu’à la fin à travailler calmement, sereinement, mais aussi avec beaucoup de détermination pour trouver une solution, et pas seulement un accord. Le plus facile pour nous serait de faire la même chose que nos prédécesseurs. Nous aurions pu signer ce qui nous a été demandé. Nous serions alors parvenu à un accord très rapidement. Mais nous n’aurions pas résolu le problème. Nous allons donc continuer à travailler en vue d’une solution.

Le mandat que nous avons reçu du peuple grec est clair sans aucune ambiguïté. C’est un ordre: mettre fin à la politique d’austérité qui,appliquée pendant cinq ans, a augmenté les inégalités sociales.

Pour y parvenir, nous devons rechercher un accord qui redistribue les charges équitablement, qui ne porte pas préjudice aux salariés et aux retraités et qui oblige ceux qui n’ont pas payé leur part de la sortie de la crise, à le faire.

Cet accord devra aussi mettre fin à l’incertitude, en mettant un terme définitif au débat sur le Grexit, avec des clauses concrètes et contraignantes pour régler les problèmes économiques du pays qui se sont aggravés pendant les cinq ans des mémorandums imposés par les institutions.

Camarades,

Nos décisions finales seront prises sur la base de ces critères.
Parce que je le répète nous restons sereins et nous ne cédons pas à la pression du moment. Et les  dilemmes exorbitants nous laissent insensibles.

Nous avons un mandat de quatre ans. Nous examinons tous les scénarios alternatifs à la perspective de l’évolution du pays pendant les quatre ans qui vont suivre. Nous avons hérité un pays qui, malheureusement, s’était transformé en colonie de la dette.

Nous nous sommes fixés l’objectif de réduire les inégalités sociales, d’éradiquer l’évasion fiscale et de débarrasser l’administration grecque des réseaux de la corruption et de l’illégalité qui s’y sont installés.

Bâtir une société qui respecte les principes de l’égalité et du partage équitable des charges. Une économie prospère qui garantit le bien être de l’ensemble de la population. Un nouveau modèle social et économique favorable et stimulant pour les travailleurs et les jeunes.

Ceci est notre pari. Un pari dont la réussite dépendra du soutien du peuple grec. Soutien que nous avons, et que nous continuerons à avoir tant que nous défendrons énergiquement ses propres intérêts.

Camarades,

Nous entrons dans la dernière ligne droite. C’est maintenant que commence véritablement la négociation. Tout se joue sur notre attachement inébranlable à nos objectifs et sur la capacité de l’Europe à se ressaisir en mettant en avant les valeurs de la solidarité et de la démocratie et en évitant de se tirer une balle dans les pieds. Je suis confiant dans le fait qu’elle s’en montrera capable.

Car il ne s’agit pas seulement d’un défi pour la Grèce mais aussi pour les peuples européens, pour construire une Europe démocratique et solidaire et non rancunière et punitive.

Nous y arriverons grâce à notre détermination de respecter le mandat populaire, avec les luttes de notre peuple et des peuples d’Europe.

Traduction:Vassiliki Papadaki