La fière réponse du peuple grec : « Non à l’austérité. Oui à l’espoir »

Panos Trigazis

« L’austérité tue l’Europe », avait dit Alexis Tsipras l’année dernière en mai, alors qu’il parlait à Rome en tant que candidat de la Gauche européenne à la présidence de la Commission. Et pourtant les champions du « Oui » n’ont pas hésité à prétendre, lors du référendum de dimanche, que Tsipras n’est pas pro-européen, qu’il veut une Grèce en dehors de l’Europe, en dehors de l’Union européenne, en dehors de la zone euro. Le peuple a rejeté triomphalement leurs affirmations.

Ils ont parlé toute la semaine dernière de l’Europe, parant de toutes les vertus la construction européenne et passant sous silence les souffrances que la politique d’extrême austérité fait subir aux peuples de l’UE. Ils ont dit sur tous les tons qu’ils désirent une Europe unie, mais ont évité de dire au peuple grec ce qui unit et ce qui divise l’Europe.

Ils nous ont accusé de « marcher avec » Aube dorée, pour le référendum, mais ils n’ont pas dit au peuple quelles conditions sociales et quelles politiques ont favorisé l’entrée d’Aube dorée au Parlement. Les mémorandums qui ont désintégré la société ont ouvert la voie à cette organisation criminelle et lui ont offert le terrain pour donner libre cours à sa démagogie et prendre en otage avec ses proclamations les coeurs de beaucoup de jeunes gens. D’ailleurs le mot d’ordre de Samaras « Reprenons possession de nos villes » ne différait pas des mots d’ordre du même genre lancés par Aube dorée.

Les forces hétéroclites du « Oui » n’ont pas présenté de proposition convaincante sur la question : « Quelle Europe, et quelle Grèce en Europe ? ». Ils se sont présentés comme les vrais défenseurs de l’Europe, et ils n’ont pas trouvé un mot pour évoquer l’Europe Unie telle que la proposait il y a 200 ans le socialiste français et grand philhellène Saint-Simon, Jean Capodistria et, plus tard, Victor Hugo et Altiero Spinelli. Nous, au contraire, nous défendons l’Europe de la Révolution française, l’Europe de la victoire des peuples contre le fascisme lors de la Seconde guerre mondiale. Nous voulons une Grèce membre à part entière de la construction d’une Europe des peuples et des citoyens, une Europe de la démocratie et de la dignité.

Nous soutenons dans tous les forums internationaux que la Grèce n’est pas ce pays miséreux, sans ressources, qu’ont voulu les forces de la droite et de la soumission depuis les années de l’entre-deux-guerres. Un éminent économiste américain, Jérémy Rifkin, a déclaré il y a quelques années que « la Grèce est l’Arable Séoudite des énergies renouvelables ». Pourtant, Stockholm produit plus d’énergie solaire qu’Athènes ! Les champions du « Oui » ne se sont pas donné la peine d’expliquer cela et ils ne l’ont pas fait parce qu’il leur aurait fallu parler du modèle de croissance imposé à notre pays depuis des décennies. Le fait que tous les anciens premiers ministres se soient enrôlés dans la campagne pour le « Oui » ne pouvait que pousser le peuple à choisir le « Non ».

Le résultat du référendum ne laisse aucune place à de fausses interprétations. Le peuple grec veut recouvrer sa dignité, ouvrir de nouvelles voies vers l’avenir, en faisant honneur à son histoire et à ses combats passés, en revendiquant et non en abandonnant la réalisation de ses rêves.

Ils ont beau dire, ils ne convainquent pas, les champions du « Oui » quand ils soutiennent que le « Non » du référendum entravera les relations entre la Grèce et ses partenaires européens. C’est le contraire qui va se produire, puisque le gouvernement et le Premier ministre Alexis Tsipras sortent renforcés du résultat du référendum – qui a déjà des effets politiques : la démission de Samaras de la direction de Nouvelle Démocratie et surtout le renforcement de la position de la Grèce dans les négociations.

Le coup de tonnerre du « Non » du 5 juillet est une date lumineuse dans la longue histoire des combats du peuple grec. Il sera peut-être aussi un pas vers la fin des politiques d’austérité de l’Europe.

Je rappelle l’exemple de l’Irlande à tous ceux et celles qui continuent à parler et à écrire dans les termes d’avant le référendum. En 2008, quand les Irlandais dirent « Non » à l’accord de Lisbonne, Angela Merkel déclara : « Ce résultat ne nous plaît pas mais en bons Européens nous acceptons la situation telle qu’elle est. »

Dernière remarque. Le Premier ministre Alexis Tsipras n’a pas manqué, au soir du dimanche, de remercier les citoyens européens qui se sont mobilisés aux côtés du gouvernement et du peuple grec, participant ainsi au triomphe du « Non ». Le mouvement international de solidarité envers le peuple grec s’est étendu largement au-delà des forces de la gauche. Il s’agit d’un véritable philhellénisme international de notre temps, et nous continuerons à travailler pour le développer.

[Panos Trigazis est le coordinateur de la Section des Relations internationales et de la question de la paix de SYRIZA]