Le chantage de Schäuble, le referendum, l’alternative


Panos Kosmas  02.08.2015

Intervention au Comité Central de SYRIZA, le 30 juillet 2015

Source : http://rproject.gr/article/o-ekviasmos-soimple-dimopsifisma-kai-i-enallaktiki-protasi

Dans un temps disponible très limité je vais focaliser sur quatre questions :

1. Le gouvernement, par l’accord du 13 juillet, a-t-il repoussé le chantage de Schäuble? La réponse est non. Le 10 juillet, trois jours avant l’accord, Wolfgang Schäuble a publiquement communiqué une déclaration de clarification. Selon ce communiqué la Grèce avait deux choix : Le premier choix était un accord sur la base du bien connu plan Juncker (qui a été récuse au référendum conformément aux incitations du gouvernement) mais avec le rajout de trois nouvelles conditions : a) La mise en place d’un Fonds indépendant pour la mise aux enchères du patrimoine public, à hauteur de 50 milliards d’euros, b) L’intégration au plan d’une clause de restriction automatique des dépenses publiques au cas où le plan n’atteint pas ses objectifs budgétaires, c) l’imposition au gouvernement, mais aussi à l’administration publique, d’un régime de curatelle renforcée par le « quadrige » des créanciers afin de garantir la réalisation des termes de l’accord. Le deuxième choix était la « pause » quinquennale de la participation de la Grèce à la zone euro.

Le chantage de Schäuble était donc double, sous la forme de « ou bien, ou bien » entre deux choix alternatifs équivalents. Le gouvernement n’a pas récusé le chantage ; il a accepté unedes deux propositions de Schäuble.

Selon Schäuble, les deux propositions offertes au gouvernement grec étaient non seulement équivalentes mais posées en alternatives exclusives l’une de l’autre. Déjà le FMI estime que la clause de « correction automatique » du programme va rendre celui-ci non gérable politiquement, alors que les grands médias internationaux abondent en analyses et estimations que ce programme est non viable, en conséquence de quoi l’échec de l’une des deux propositions de Schäuble va ramener sur scène la deuxième, la « pause » d’un GREXIT temporaire. Cependant entre temps le patrimoine public sera bradé, les salaires, les retraites et l’état social auront subi un nouveau coup de massue, une grande partie du patrimoine et des dépôts des classes populaires seront confisqués.

2. La directrice du FMI Christine Lagarde a déclaré hier que le Fonds ne participera pas à un nouveau programme grec si le gouvernement Tsipras n’assumait pas pleinement « les droits d’auteur du programme ». Par ceci elle entendait qu’une des conditions pour que l’accord global soit signé serait que le gouvernement ait non seulement la volonté mais aussi qu’il soit « libéré de toute entrave » pour la mise en application de l’accord. On voit revenir comme condition des créanciers la « liquidation » de l’aile gauche du parti. Si telle est la volonté des créanciers, si une telle option facilite leurs plans, alors le vote NON ou PRESENT par des députés du parti n’est-il pas davantage justifié ? Et inversement, n’est-il pas évident que les menaces de la direction du gouvernement pour des mesures disciplinaires ne satisfont-ils pas les exigences des créanciers pour des « droits d’auteur du gouvernement sur le programme » ?

3. Le Premier Ministre et la direction du gouvernement prétendent avoir signé un nouveau mémorandum parce que, en date du 12 juillet, ils n’avaient pas de solution alternative au chantage de Schäuble. Cependant des interrogations naissent sur ce point.

Premièrement, qui avait le devoir de disposer d’une proposition alternative sinon le Premier Ministre et la direction du gouvernement ? Pourquoi n’ont-ils pas élaboré une telle proposition ?

Deuxièmement, depuis quand le gouvernement connaissait sur les chantages et la stratégie, de coup d’Etat, envisagée par les créanciers ? Lors du Congrès fondateur du parti, en juillet 2013, n’avait-il pas été explicitement énoncé que, au cas où nous devrions faire face aux chantages des créanciers, nous serions prêts et que, dans tous les cas, nous placerions au dessus de toute priorité les intérêts populaires ? Le gouvernement ne connaissait-il sur les chantages, tout au moins depuis février, lorsqu’il a justifié la signature du 20 février par justement l’argument que « nous avons été face à un chantage cru », selon les déclarations d’Euclide Tsakalotos ? Qu’a-t-il fait de février à juin pour se préparer à faire face au chantage ?

Troisièmement, le gouvernement était-il en connaissance du chantage soit au moins au moment de la proclamation du référendum, deux semaines avant la signature de l’accord ? Si il était en connaissance (ainsi que doit le supposer toute personne logique) de ce chantage et qu’en même temps il croyait qu’il n’y a pas d’alternative, alors pourquoi a-t-il proclamé le référendum ? Si la raison d’avoir proclamé le référendum était de puiser du NON la force politique pour faire face aux chantages des créanciers, pourquoi a-t-il acté en « Oui sur toute la ligne » le ras de marée de ce NON fier ? Pour quelle raison a-t-il effectué le référendum ?

Quatrièmement, comment se fait-il que des cadres du gouvernement allèguent des estimations sur les « conséquences terrifiantes » du GREXIT mais qu’aucun parmi eux ne nous dit combien coûtera le mémorandum, économiquement et socialement ? De quelle étude découle-t-il qu’il sera « viable » ? Quelles en seront les conséquences sur la croissance, le chômage, les revenus, les salaires et retraites, les dépôts bancaires ?

4. Le soir même du premier vote au Parlement Yannis Préténdéris [Ndlr : journaliste engagé en faveur des mémorandums et de l’oligarchie grecque] a fait une observation intéressante : la ligne de démarcation « pour ou contre le mémorandum » quitte la scène politique et le débat dans la société pour être transposée à l’intérieur de SYRIZA. Est-ce possible que le gouvernement ne conçoive pas qu’en signant le troisième mémorandum, plus dur même et plus colonial des précédents, il tend une main secourable au système pour que soit effacée la ligne de démarcation politique entre classes « pour ou contre le mémorandum, pour ou contre l’austérité » ? Est-ce possible qu’il ne conçoive pas les conséquences terrifiantes de ce choix ? Et donc qu’elle proposition offre-t-il au parti ? La mise en application d’un tel mémorandum avec mesures correctives rajoutées afin que soient soulagées ses victimes ? Mais telle n’était-elle la ligne politique de DIMAR [Ndlr : parti de centre gauche, issu d’une ancienne scission de SYRIZA, dont certains anciens membres participent à la coalition gouvernementale actuelle] sur la base de laquelle il participait au gouvernement de Samaras-Vénizélos ?

Proposez-vous donc que SYRIZA se transforme en apologète du mémorandum, qu’il abandonne sa bannière des luttes de classes contre le mémorandum, qu’il devienne un nouveau DIMAR ?

Tout cela signifie une mutation de SYRIZA en force politique favorable au mémorandum et sa dégénérescence accélérée. La proposition pour un Congrès extraordinaire en automne, c’est-à-dire après les faits, après la ratification du nouveau mémorandum et son installation, ouvre la porte grande ouverte à cette mutation, à cette dégénérescence.